Djugu : l’accès humanitaire fortement limité à Bule et ses environs où plus de 78 500 déplacés, ainsi que les communautés hôtes, font face à des besoins multisectoriels (OCHA)

Les déplacés de Djugu

Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) a dévoilé un aperçu de la situation humanitaire du mois de janvier de l’année en cours. Abordant la situation dans le territoire de Djugu, le rapport révèle qu’en janvier, la localité de Bule ainsi que les villages environnants ont continué d’être le théâtre d’affrontements répétés, malgré une relative accalmie observée en fin de mois.

Ces violences ont entraîné des déplacements de populations vers des villages jugés relativement stables, ainsi que vers le site de déplacés de Plaine Savo. Selon OCHA, certaines personnes ont également trouvé refuge dans les territoires voisins de Mahagi et d’Irumu.

"L’accès humanitaire reste fortement limité à Bule et dans les localités environnantes (sites  Savo, Mbudjona, Mblemble, Buju, etc.), où plus de 78 500 personnes déplacées ainsi que les communautés hôtes, font face à des besoins multisectoriels. Selon les résultats d’une évaluation rapide multisectorielle menée en janvier par NRC1, les besoins les plus critiques concernent l’assistance alimentaire, l’éducation, l’eau, l’hygiène et l’assainissement, ainsi que les abris" précise l'aperçu de OCHA du mois de janvier rendu public mardi 17 février 2026.

Selon la note de OCHA, l’utilisation d’infrastructures scolaires comme des abris d’urgence continue de compromettre l’accès à l’éducation. Plus de 60 établissements demeurent non fonctionnels depuis décembre 2025, privant plus de 24 000 enfants d’enseignement.

S’agissant des territoires de Mahagi et d’Aru, l’Agence onusienne précise qu’en janvier 2026, une accalmie relative a été observée dans ces deux territoires. Toutefois, l’instabilité persistante dans le territoire de Djugu, notamment les violences enregistrées à Bule, continue d’avoir des répercussions sur Mahagi.

Depuis décembre 2025, environ 37 000 personnes déplacées en provenance de Djugu ont été accueillies dans les zones de santé de Logo, Rimba et Kambala, dans le territoire de Mahagi, principalement au sein de familles d’accueil. Cette situation exerce une pression accrue sur des services sociaux déjà limités.

Par ailleurs, plusieurs incidents de protection, notamment des arrestations arbitraires, des amendes illégales, des vols et des enlèvements, ont été signalés dans les zones de santé de Logo et de Kambala. Le 21 janvier, au moins dix enfants auraient été enlevés par des éléments d’un groupe armé dans l’aire de santé de Rabu.

La situation humanitaire en Ituri demeure marquée par une insécurité persistante, des déplacements massifs de populations ainsi qu’une crise aiguë dans les secteurs de l’alimentation et de la santé. Les attaques des groupes armés ont déjà provoqué la fuite de milliers de personnes dans les territoires de Djugu et d’Irumu, aggravant les besoins en vivres, en soins médicaux, en abris, en eau potable et en protection. À ces difficultés s’ajoutent des épidémies, notamment la rougeole et le Mpox, ainsi que les dégâts causés par des catastrophes naturelles.

À l’instar du Grand Nord, l’Ituri reste confrontée aux attaques répétées des ADF, un groupe armé d’origine essentiellement ougandaise. Actifs depuis près de trois décennies dans l’est de la République démocratique du Congo, les ADF ont prêté allégeance en 2019 au groupe État islamique, qui les présente désormais comme sa branche en Afrique centrale. Malgré les opérations militaires conjointes menées par les armées congolaise et ougandaise, la menace demeure persistante.

Outre l’activisme des ADF, la province reste également minée par des tensions intercommunautaires déjà explosives, ainsi que par l’activisme de la rébellion de la Convention pour la révolution populaire (CRP), dirigée par Thomas Lubanga, ancien seigneur de guerre de la région. Ce dernier a été condamné par la Cour pénale internationale (CPI) à une peine de 14 ans de prison, avant d’être libéré en 2020.

Clément MUAMBA