Nord-Kivu/Masisi: plusieurs écoles détruites par des bombes, les enfants étudient à même le sol

Une salle de classe atypique de l'école Ngora dans le territoire de Lubero
Une salle de classe atypique de l'école Ngora dans le territoire de Lubero

L’éducation, à l’instar d’autres secteurs, n’est pas épargnée des conséquences néfastes de la guerre d’agression de la RDC, par son voisin, le Rwanda, à travers le tandem AFC-M23. C’est le cas, dans le territoire de Masisi (Nord-Kivu), entièrement contrôlé par la rébellion. Depuis le retour forcé des déplacés dans leurs milieux respectifs, en février 2025, bon nombre d’infrastructures scolaires ont été trouvées dans de très mauvais état. Certaines étaient détruites par des bombes alors que d’autres ont été pillées et saccagées par les belligérants. 

À ce jour, des milliers d’élèves étudient à même le sol, sous des arbres et sont exposés à toute sorte d’intempéries.

« Notre école a été victime des bombardements. Nous n'avons plus des bâtiments. Lors du retour de nos lieux de déplacement, nous avons trouvé que toute l'école était incendiée. Donc, les enfants sont là. Ils apprennent la matière dans de mauvaises conditions, parce qu'il n'y a pas de bancs, pas de bâtiments. Quand il pleut, tous les enfants et les enseignants sont obligés de rentrer à la maison parce qu'il n'y a pas moyen d'apprendre de la matière ou de dispenser les cours pendant la pluie. Il n'y a pas de pupitres, pas de bancs », témoigne Abraham Bandu, directeur de l’école primaire 2 Mutunza, à Kimoka-Sake. 

À l’échelle de la province du Nord-Kivu, plus de 431 000 enfants sont hors système scolaire et 1 142 écoles sont fermées. À Masisi, 52% des filles âgées de 10 à 17 ans ne sont pas scolarisées, et une fille sur trois est exposée au risque de mariage précoce ou d’exploitation sexuelle.

C’est dans ce contexte que ActionAid RD Congo et son partenaire de mise en œuvre Action des Volontaires pour la Solidarité et le Développement (AVSD)  ont  lancé un nouveau projet d'éducation en situation d’urgence et de protection dans la zone de santé de Kirotshe, territoire de Masisi (Nord-Kivu). 

Il vise à améliorer l’accès à une éducation sure, inclusive et de qualité ainsi qu'aux services de protection pour les enfants et les femmes affectés par les conflits dans la Province du Nord-Kivu en RDC.  

« Les enfants et les femmes de Masisi ont besoin d’espaces sûrs pour apprendre, se reconstruire et espérer un avenir meilleur. Ce projet est une réponse concrète à leurs besoins et s’appuie sur la force des communautés locales pour créer des changements durables », a souligné Yakubu Mohammed Saani, Chef de mission d’ActionAid RDC.

Financé par l’Agence italienne de Coopération au Développement (AICS), pour une durée de 18 mois, ce projet sera mis en œuvre dès ce mois de février 2026 jusqu' en juillet 2027. 

« Le projet en question porte sur l'éducation en situation d'urgence où nous sommes en train de prévoir d'assister 6 000 élèves dans l'amélioration de l'environnement d'apprentissage afin qu'il soit sûr et protecteur. Plusieurs activités sont prévues, donc, dans le cadre de ce projet. C’est par exemple, dans le domaine de l’éducation, la réhabilitation des salles de classe, la  distribution des kits scolaires à 6 000 enfants vulnérables, ainsi qu’à 150 enseignants, la formation et le renforcement des capacités de 150 enseignants et autorités éducatives, le renforcement des capacités des comités de parents, et autres », a précisé Eustache Ndasima, coordonnateur humanitaire chez ActionAid en RDC. 

Et d’ajouter :

« Le projet touche au niveau de la communauté afin de renforcer l'environnement de protection communautaire. Nous allons identifier et former 20 observateurs communautaires de protection afin de renforcer la prévention des risques, la cartographie des zones à haut risque et la mise en œuvre de plans de protection, orienter et accompagner 2 500 survivantes et survivants de violences sexuelles et sexistes vers des services médicaux et de soutien psychosocial adaptés, fournir des transferts monétaires inconditionnels à 450 ménages vulnérables pour couvrir leurs besoins essentiels et réduire les risques de protection, avec suivi post-distribution et mécanismes de redevabilité communautaire, etc. »  

Tout en saluant la mise en œuvre de ce projet dans son entité, le Sous Proved de la sous division éducationnelle et nouvelle citoyenneté de Bweremana, dans le territoire de Masisi, Faustin Kibanja, appelle les humanitaires à venir à la rescousse des élèves de cette partie de la République. 

« En tout cas, les besoins sont énormes. Les écoles sont détruites, les enfants sans uniforme, les enseignants ne sont pas à niveau. Ils doivent apprendre beaucoup de choses, notamment sur comment gérer des classes pléthoriques, par exemple. Nous avons besoin de tous ces éléments-là. Et comme la belle femme ne peut donner que ce qu'elle a, nous disons d'abord merci à ActionAid mais aussi nous prions la même organisation de taper sur toutes les portes possibles pour que demain ou après demain, les autres écoles qui souffrent encore, puissent être aussi bénéficiaires », a plaidé  M. Kibanja. 

Depuis plus d’une décennie, le territoire de Masisi est marqué par des conflits armés récurrents et des violences basées sur le genre qui ont gravement affecté les droits, la sécurité et l’avenir des enfants et des femmes.

Jonathan Kombi