Alors que l’année 2025 s’est achevée sur un bilan contrasté pour les femmes en RDC, pour 2026, Chantal Faida, actrice de la société civile, insiste sur la nécessité de passer des engagements aux actes, dans un contexte national marqué par l’insécurité persistante, les inégalités de genre et une application encore fragile des politiques publiques en faveur des femmes. Elle le dit dans un entretien accordé à ACTUALITE.CD.
“ L’année 2025 a révélé un dynamisme accru du leadership féminin, notamment dans les plaidoyers pour la paix et la sécurité, tant à l’intérieur du pays qu’au niveau international. Je salue la mobilisation des femmes leaders, leur participation à des initiatives diplomatiques, ainsi que certaines avancées symboliques, comme la reconnaissance du rôle des femmes dans les processus de paix”, avance-t-elle.
Cependant, estime Chantal Faida, ces efforts se sont heurtés à une réalité plus préoccupante : le statu quo dans la représentation des femmes au sein des instances de décision. « Malgré les plaidoyers, les nominations dans les établissements publics et institutions de l’État n’ont pas reflété une hausse significative de la représentativité féminine », regrette-t-elle, citant notamment l’absence totale de femmes dans certaines équipes gouvernementales provinciales.
Parité : un cadre légal fort, mais sans mécanismes effectifs
Pour 2026, Chantal Faida identifie comme priorité majeure l’instauration effective des mécanismes de suivi de la parité, car plus de dix ans après la promulgation de la loi y relative en 2015. « Sans Conseil national de la parité ni comité interministériel, les réponses aux défis des femmes restent ponctuelles et non durables. Il faudrait que la participation des femmes devienne une exigence légale et opérationnelle dans tous les secteurs de la vie nationale, et non une simple option politique », souligne-t-elle.
Au cœur des perspectives qu’elle défend, le retour de la paix s’impose comme une priorité absolue. Pour Chantal Faida, aucune politique ambitieuse en faveur des femmes ne peut aboutir sans une stabilisation durable de l’Est du pays et des zones touchées par les conflits.
« Il n’y a pas de développement sans paix », rappelle-t-elle, citant le pape Jean-Paul II. Elle appelle à une mobilisation nationale pour restaurer la sécurité, condition indispensable à l’autonomisation économique des femmes, à l’accès à l’éducation, à la santé et à la participation citoyenne.
Vers un agenda national Femmes, Paix et Sécurité en 2026
Parmi les pistes concrètes proposées, Chantal Faida plaide pour l’organisation d’un symposium national sur l’agenda Femmes, Paix et Sécurité, afin d’évaluer les engagements pris, notamment le Plan national 1325, et de préparer une mise à jour des Objectifs de développement durable à l’horizon 2030, avec un accent particulier sur l’ODD 5 relatif à l’égalité de genre.
Elle insiste enfin sur l’urgence de repenser les pesanteurs socioculturelles, les obstacles économiques et le manque de volonté politique qui continuent de freiner l’épanouissement des femmes congolaises.
En conclusion, Chantal Faida espère que 2026 sera l’année de la cohérence entre discours et actions. « La RDC dispose d’un arsenal juridique impressionnant. Ce qui manque, c’est la volonté politique de l’appliquer pleinement », conclut-elle.
Un message clair adressé aux décideurs, à l’heure où les femmes congolaises attendent que leurs droits cessent d’être une promesse pour devenir une réalité tangible.
Prisca Lokale