La situation humanitaire et sécuritaire dans la province de l’Ituri demeure préoccupante et continue de se détériorer, au grand désarroi des populations civiles. Selon l’aperçu du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), couvrant le mois de décembre 2025 et rendu public samedi 17 janvier 2026, les violences armées se sont poursuivies dans le territoire d’Irumu au cours de la même période.
D’après ce rapport, au moins cinq personnes ont été tuées et trois autres blessées lors d’incursions d’éléments armés survenues entre le 6 et le 13 décembre dans l’aire de santé d’Idohu, selon des sources locales. Ces attaques ont également entraîné le déplacement de plus de 1 200 personnes, d’après la société civile locale. Plusieurs activités humanitaires, dont une campagne de vaccination des enfants, ont par ailleurs été suspendues.
"Une opération des forces de sécurité congolaises menée le 7 décembre 2025 sur le site de déplacés de Kigonze a conduit à l’arrestation de 35 personnes déplacées. L’intervention a été suivie de tensions et d’affrontements entre les forces armées et des manifestants. Lors d’une opération similaire en novembre 2025, 43 personnes déplacées avaient été interpellées, dont 24 étaient toujours en détention à la fin du mois de décembre, selon les mêmes sources. Au total, 59 personnes déplacées seraient détenues par les services de sécurité depuis novembre 2025", précise le rapport de OCHA.
Dans le même registre, depuis le 2 décembre, le territoire de Djugu connaît une escalade de violences, marquée par des affrontements continus dans les zones de santé de Fataki, Damas, Mangala, Bambu et Kilo. Ces violences ont fortement affecté les civils, y compris les personnes déplacées. Selon les autorités locales, plus de 39 civils ont été tués depuis le début du mois, dont au moins 15 dans les aires de santé de Bule et Salama, situées dans la zone de santé de Fataki. On y recense également une quarantaine de blessés.
Selon OCHA/RDC, de nombreuses victimes peinent à accéder à des soins appropriés en raison des capacités très limitées des structures sanitaires locales, actuellement débordées. Dans l’aire de santé de Salama, la structure reçoit jusqu’à 100 patients par jour. Les affrontements persistants ont par ailleurs contraint plus de 100 000 personnes à fuir leurs foyers.
"Beaucoup se sont réfugiées dans le site de déplacés “Plaine Savo” situé dans la ZS de Fataki ou dans d’autres zones relativement calmes, notamment Linga, Nizi et Rethy. La volatilité du contexte sécuritaire dans cette zone rend difficile l’accès humanitaire à ce site, laissant ces familles déplacées sans assistance vitale. Selon des sources locales, les besoins urgents portent notamment sur les vivres, les abris, les biens essentiels dans les ménages ainsi que l’eau, l’hygiène et l’assainissement", ajoute OCHA.
La situation humanitaire en Ituri demeure préoccupante, marquée par une insécurité persistante, des déplacements massifs de populations et une crise aiguë en matière d’alimentation et de santé. Les attaques des groupes armés ont déjà provoqué la fuite de milliers de personnes dans les territoires de Djugu et d’Irumu, aggravant les besoins en vivres, soins médicaux, abris, eau et protection. À ces défis s’ajoutent des épidémies, notamment de rougeole et de Mpox, ainsi que les dégâts causés par des catastrophes naturelles.
Tout comme dans le Grand Nord, l’Ituri reste confrontée aux attaques répétées des ADF, un groupe armé à l’origine essentiellement ougandais. Actifs depuis près de trois décennies dans l’est de la RDC, les ADF ont prêté allégeance en 2019 au groupe État islamique, qui les présente désormais comme sa branche en Afrique centrale. Malgré les opérations militaires conjointes menées par les armées congolaise et ougandaise, la menace persiste.
Outre l’activisme des ADF, la province est également minée par des tensions intercommunautaires déjà explosives. La pénurie de financements humanitaires au niveau international a considérablement affecté la réponse sur le terrain. De nombreuses voix s’élèvent pour appeler le gouvernement à combler ce déficit budgétaire, à rétablir la paix et à assumer pleinement sa responsabilité dans la prise en charge des déplacés. Ces appels insistent également sur la nécessité de renforcer la présence militaire afin de restaurer l’autorité de l’État et de faciliter le retour des populations dans leurs villages.
Clément MUAMBA