Le gouvernement de la République démocratique du Congo a fait le point sur les récentes tensions observées dans certains camps de réfugiés congolais au Burundi, composés de personnes ayant fui les offensives de l’AFC/M23 précédant l’occupation de la ville stratégique d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu, à l’Est du pays. Plusieurs vidéos liées à cette situation sont devenues virales sur les réseaux sociaux.
Intervenant samedi 17 janvier 2026, lors d’un briefing de presse à la suite de la mission humanitaire du gouvernement au Burundi et en Tanzanie, Ève Bazaiba Masudi, ministre d’État, ministre des Affaires sociales et Actions humanitaires, a accusé la rébellion de l’AFC/M23 appuyée par le Rwanda d’avoir infiltré les camps de réfugiés au Burundi dans le but de stimuler la révolte et d’exiger le retour à Uvira, sous prétexte d’une amélioration des conditions sécuritaires.
"Il faut aussi souligner que la plupart des compatriotes qui sont là sont effectivement des responsables, des médecins, des enseignants, des hommes et des femmes d’affaires, des défenseurs des droits de l’homme, des responsables dans différents domaines, qui se sont retrouvés du jour au lendemain déstabilisés, déracinés de leur milieu de vie. Leur souci est donc de rentrer alors, le M23 a profité de cette situation pour manipuler la population. Lorsque j’avais parlé d’infiltration, il ne s’agissait pas d’infiltration de militaires ou de qui que ce soit. Ils ont justement pris des liens avec des compatriotes qui sont là-bas pour les manipuler, afin qu’ils aillent, nuitamment, vers deux heures du matin, dans les compartiments, les quartiers subdivisés soixante-dix-huit quartiers du camp de Bussouma à Ruhigi et leur dire, en langue locale, langue nationale de chez nous : « Voilà, à Uvira, il y a la paix, nous devons y aller. »" a relaté Ève Bazaiba Masudi, Ministre d'État au sein du gouvernement Suminwa.
Et de poursuivre :
"C’est donc là la stratégie éhontée du M23, qui écrit même au gouvernement, au chef de l’État burundais, qui écrit au secrétaire général des Nations Unies, comme pour dire que les compatriotes peuvent rentrer à Uvira, qu’il y a la paix. Mais ils sont venus comment ? Est-ce que les Burundais sont allés les prendre ou le HCR ? Ils sont allés là-bas parce qu’ils voulaient sauver leur peau, parce que vous êtes des terroristes.Voilà ce qui s’est réellement passé. C’est cela, la manipulation de la population, d’autant plus que celle-ci exprime aussi le besoin de rentrer. Et heureusement pour nous, nous remercions encore le gouvernement burundais ainsi que le HCR, qui ont pu contenir la population et l’aider".
Selon Ève Bazaiba Masudi, la mission de la République démocratique du Congo a permis de faire bouger les lignes, de mettre en lumière cette tragédie humaine et de souligner la responsabilité engagée du Rwanda et de son supplétif, le M23.
"Les Congolais, comme je l’ai dit tantôt, n’ont pas fui la misère, n’ont pas fui la faim, n’ont pas fui des problèmes climatiques, mais plutôt ces conflits armés. Du coup, comme le monde entier en a parlé, en tout cas ces quarante-huit dernières heures ici, les médias du monde : ils ont martelé pour montrer comment la population souffre des effets des comportements bellicistes du Rwanda et de son supplétif. Et surtout, la dernière vague est intervenue pendant que l’accord de Washington était en train d’être signé, au moment où la population se sentait dans des conditions d’espoir de paix et pensait pouvoir rentrer. C’est à ce moment-là qu’il y a eu des bombardements. Beaucoup ont d’ailleurs succombé à leurs blessures", a déploré Ève Bazaiba Masudi.
Pour Ève Bazaiba Masudi, le gouvernement de la République tient au retour de ses populations, mais celui-ci ne peut se faire que lorsque les conditions sécuritaires seront réunies. Selon elle, laisser les populations retourner dans les conditions actuelles reviendrait à les livrer à un danger.
"Nous sommes prêts, le gouvernement burundais est prêt. D’ailleurs, c’est de cela que nous parlons à plusieurs reprises. Je l’ai dit tantôt : le vice-Premier ministre de l’Intérieur, à qui revient la responsabilité de la gestion des réfugiés, a déjà participé plusieurs fois à des réunions tripartites. Nous avons un plan chronométré pour assurer le retour des compatriotes. Mais, préalablement, il faut qu’il y ait la paix et la sécurité. On ne peut pas faire revenir les Congolais pour les replonger encore dans des situations difficiles. Non, ça, on ne peut pas. Ce serait une non-assistance à personne en danger. Ce serait sacrifier nos compatriotes", a souligné la Ministre d'État Ève Bazaiba Masudi.
Cette dégradation humanitaire intervient dans un contexte marqué par l’annonce, jugée controversée par Kinshasa, du retrait de l’AFC/M23 de la ville d’Uvira. Les autorités congolaises estiment que cette déclaration vise essentiellement à détourner l’attention et à réduire la pression internationale, notamment celle exercée par les États-Unis, sur Kigali, considéré par les Nations unies comme le principal soutien de cette rébellion. Sur le terrain, l’AFC/M23 poursuit ses conquêtes territoriales et met en place une administration parallèle échappant au contrôle des autorités de Kinshasa.
Ville stratégique dans le dispositif sécuritaire du gouvernement congolais au Sud-Kivu, Uvira était passée sous le contrôle de l’AFC/M23, renforçant ainsi l’emprise de la rébellion dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ce verrou sécuritaire est perçu comme un point clé susceptible de faciliter une avancée vers l’espace du Grand Katanga, considéré comme le poumon économique de la RDC.
Clément MUAMBA