La situation sécuritaire dans la région des Grands Lacs, et particulièrement dans l’Est de la République démocratique du Congo, sera au menu de la réunion de haut niveau sur la cohérence et la consolidation des processus de paix en République démocratique du Congo, prévue ce samedi 17 janvier 2026 à Lome (Togo). Ces processus demeurent dominés par celui de Washington, qui prend en charge le conflit entre Kinshasa et Kigali, ainsi que par celui de Doha, consacré à la crise opposant Kinshasa à la rébellion de l’AFC/M23.
Initiée par Faure Essozimna Gnassingbé, président du Conseil des ministres de la République togolaise et médiateur principal désigné par l’Union africaine (UA) pour l’Est de la RDC, cette réunion de haut niveau vise à renforcer la confiance, à faire progresser le dialogue et à veiller au respect des engagements pris par les différentes parties prenantes. Cette initiative, qui réunit autour d’une même table un panel de facilitateurs composé d’anciens chefs d’État, du ministre des Affaires étrangères du Togo Robert Dussey, des dirigeants de la Communauté d’Afrique de l’Est et de la Communauté de développement de l’Afrique australe, ainsi que d’autres partenaires, s’inscrit dans le prolongement des efforts internationaux récents.
Cette session de travail a été précédée d’une réunion préparatoire qui a permis d’examiner et de valider les projets de documents à soumettre par le Médiateur, afin d’éclairer les délibérations de la réunion de haut niveau prévue ce samedi 17 janvier 2026. Plus spécifiquement, la session s’est concentrée sur la consolidation de l’architecture du processus africain unifié de paix sous la direction de la médiation de l’Union africaine, sur la clarification du rôle et des modalités de fonctionnement du Secrétariat conjoint indépendant en tant que mécanisme d’appui aux facilitateurs, ainsi que sur l’examen et la validation de la feuille de route de la médiation.
Vers l'adoption d'une feuille de route pour l'initiative portée par l'UA
"Cette réunion revêt une importance capitale pour la médiation de l’Union africaine, conduite par votre frère, le Président de notre Assemblée, conformément au mandat conféré par l’Assemblée des Chefs d’État et de Gouvernement de l’Union africaine. Elle nous permettra d’examiner et de convenir des projets de documents à soumettre par le Médiateur, ainsi que d’éclairer les délibérations de la réunion de haut niveau prévue demain (NDLR:Samedi)" a déclaré Robert Dussey, chef de la diplomatie Togolaise
Et de poursuivre :
"Plus précisément, cette session devrait se concentrer sur la consolidation de l’architecture du processus africain unifié de paix, sous la direction de la médiation de l’Union africaine, sur la clarification du rôle et des modalités de fonctionnement du Secrétariat conjoint indépendant en tant que mécanisme d’appui aux facilitateurs, ainsi que sur l’examen et la validation du projet de feuille de route de la médiation pour les douze prochains mois".
Problèmes africains, solutions africaines
Pour le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, la crise actuelle a trop duré. Les dégâts matériels et humains sont considérables et continuent de s’alourdir. Quant aux personnes déplacées, elles se comptent par milliers. D’où l’urgence d’intensifier les actions de l’Union africaine afin d’apaiser les tensions entre la RDC et le Rwanda, ainsi que dans l’ensemble de la sous-région.
"Au nom de la Commission de l’Union africaine, je voudrais également saluer le leadership du Président Faure, dont l’engagement en faveur de la paix et de la stabilité régionale et continentale nous inspire et nous réconforte. Il témoigne de son attachement aux valeurs panafricaines. Il nous appartient d’être proactifs, de bâtir un cadre consensuel de dialogue et d’action concertée entre le Rwanda et la RDC, tout en associant les pays voisins dans la recherche de solutions : l’Ouganda, le Burundi, l’Angola. Tous ces pays doivent être associés pour que cette crise, qui a trop duré, trouve enfin une solution durable" a fait savoir le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf.
Et de poursuivre :
"Il faudra s’attaquer sans détour aux racines du problème : préserver d’abord la souveraineté de la RDC, répondre aux préoccupations sécuritaires du Rwanda et de l’Ouganda, rassurer le Burundi qui supporte le lourd fardeau des réfugiés et des personnes déplacées. En définitive, la solution à la crise à l’est de la RDC ne sera possible que lorsque ces questions obtiendront des réponses adéquates".
Un rapport attendu au sommet des chefs d’État
Alors que le 39ᵉ Sommet de l’Union africaine (UA) se tiendra du 11 au 15 février 2026 à Addis-Abeba (Éthiopie), avec un accent majeur mis sur la sécurité continentale et la gestion des ressources en eau, ce rendez-vous diplomatique annuel sera l’occasion pour Faure Essozimna Gnassingbé de présenter le rapport qu’il prépare en sa qualité de médiateur. Il attend par ailleurs du groupe de facilitateurs des propositions de mesures urgentes visant à désamorcer la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC, conformément aux décisions prises lors de la récente réunion du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine consacrée à cette crise.
L’UA gagnera-t-elle ce pari ?
Nombre d’observateurs s’interrogent sur la capacité réelle de l’Union africaine à peser, enfin, sur ce conflit vieux de plus de trois décennies. La question mérite d’être posée au regard de la complexité de la crise actuelle. Plusieurs analystes avertis demeurent dubitatifs, malgré la volonté affichée par les organisateurs, d’autant plus que l’Union africaine ne dispose pas encore de leviers suffisamment contraignants pour influencer efficacement la crise sécuritaire persistante dans l’Est de la RDC.
L’implication directe des États-Unis, avec l’entrée en jeu du président Donald Trump, qui a supervisé la signature des accords de Washington entre Félix Tshisekedi, président de la RDC, et Paul Kagame, président du Rwanda, est perçue dans les milieux sociopolitiques congolais et diplomatiques comme un gage de pression accrue sur les parties concernées. À titre illustratif, sous l’effet des pressions de Washington, l’offensive de la rébellion de l’AFC/M23 a été stoppée au lendemain de l’occupation de la ville d’Uvira, ses dirigeants affirmant désormais vouloir donner une chance aux processus de paix en cours.
Activation des leviers des pressions par Washington et Doha
Cette dynamique intervient toutefois dans un contexte où, malgré l’implication du président américain et l’accélération apparente du processus de Washington matérialisée par l’entérinement des accords par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame la situation sur le terrain peine à s’améliorer. Il en va de même pour les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’Émir du Qatar, entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, qui tardent également à produire des résultats concrets sur le terrain.
Cette inertie diplomatique ne fait que favoriser la poursuite de violents affrontements entre l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, et les forces gouvernementales congolaises. Face à cette situation, de nombreux observateurs estiment qu’il revient désormais aux garants des initiatives en cours à savoir Washington et Doha de redoubler d’efforts en activant l’ensemble de leurs leviers diplomatiques, avec l’accompagnement de l’Union africaine, afin de contraindre les parties à honorer leurs engagements.
Clément MUAMBA