Dans son rapport publié le 12 janvier, Human Rights Watch alerte sur l’ampleur et la systématicité des violences sexuelles dans l’Est de la République démocratique du Congo. L’organisation souligne que les femmes déplacées internes constituent aujourd’hui la majorité des survivantes. Chassées de leurs villages par les combats, elles se retrouvent piégées dans un cycle de déplacements forcés, de précarité extrême et d’insécurité permanente.
Installées dans des camps surpeuplés ou dans des zones qu’elles ne connaissent pas, ces femmes sont exposées à des risques constants. Chaque sortie pour chercher de la nourriture, de l’eau, du bois ou un petit travail devient une menace.
Dans les champs, le long des routes, aux abords mêmes des sites de déplacés, elles sont attaquées par des groupes armés, des milices alliées aux forces armées, ou encore par des soldats réguliers, comme le documente Human Rights Watch.
Après l’agression, beaucoup n’osent plus retourner cultiver leurs terres ou emprunter les routes menant aux marchés. La violence sexuelle entraîne alors une spirale de vulnérabilité: perte de moyens de subsistance, dépendance économique accrue, exposition répétée aux abus.
Survivre au viol, puis à la stigmatisation
Au traumatisme du viol s’ajoute une seconde violence, souvent silencieuse mais tout aussi destructrice : le rejet social. Human Rights Watch rapporte que de nombreuses survivantes sont stigmatisées, isolées, parfois abandonnées par leurs conjoints, leurs familles ou leurs communautés, en particulier lorsqu’elles sont enceintes ou vivent avec le VIH.
Les enfants nés de ces violences portent eux aussi un fardeau injuste. Dans certaines zones, ils sont qualifiés de « bébés ADF » ou assimilés aux groupes armés responsables des exactions. Les mères vivent dans l’angoisse permanente : comment expliquer l’origine de ces enfants ? Comment les protéger du rejet, de la haine, de la marginalisation ?
Bien que la législation congolaise ait évolué pour autoriser l’avortement dans certains cas, l’accès reste extrêmement limité, dangereux et fortement stigmatisé, surtout dans les zones rurales et en contexte de déplacement. Pour beaucoup de femmes, comme le souligne le rapport, le choix n’existe tout simplement pas.
Le document insiste sur cette réalité : pour de nombreuses femmes, la présence d’acteurs armés, quels qu’ils soient, est devenue synonyme de danger.
Pour les femmes, la guerre dans l’Est redéfinit l’espace, il n’existe plus de lieu sûr et la violence sexuelle ne s’arrête pas seulement à l’acte. Elle se prolonge dans la pauvreté, dans le regard des autres, dans le silence imposé aux survivantes.
Nancy Clémence Tshimueneka