Il est 10h30 à Belém, ville brésilienne où sont réunis des experts du climat venus des quatre coins de la planète pour débattre des enjeux du changement climatique. Les discussions se déroulent sous une chaleur humide qui rappelle la proximité immédiate de la plus grande forêt tropicale du monde. Dans le pavillon principal de la COP30, les discussions s’étirent, s’enlisent, puis s’interrompent brutalement. « Pas de consensus »!
Pour beaucoup, c’est le signe d’une COP qui s’achemine vers une conclusion fragile. Mais pour la délégation congolaise, c’est plutôt le signal pour passer à la vitesse de croisière.
Sur place, la journée touche à sa fin. Il est 20h30 lorsque les discussions de la COP30 sont brusquement suspendues, faute de consensus. L’atmosphère est lourde, tendue, imprévisible. Pour beaucoup, la fatigue commence à peser. Mais pour la délégation congolaise, le travail ne fait que commencer. Aux premières loges de cette bataille diplomatique se trouve la Ministre Déléguée en charge de la Nouvelle Économie du Climat, Arlette Bahati Tito, visiblement déterminée à arracher une victoire cruciale : l’inscription des forêts tropicales dans le texte final du Sommet.
À 22h30, un deuxième round est annoncé. Les délégations reviennent, les visages fermes. À 23h30, toujours pas d'avancée. Le constat est inquiétant : les principales préoccupations des pays forestiers, notamment africains, ne figurent pas dans le projet du texte final. Le mot “forêts”, lui, a même disparu des discussions depuis plusieurs jours. Une provocation inacceptable pour la RDC, pays-solution et gardienne du deuxième plus grand massif tropical du monde.
À 1h00 du matin, la tension est à son comble. Les délégations ne parviennent à aucun accord. Le texte final devant sanctionner la COP30 avant l’aube risque d’être adopté sans aucune mention des forêts tropicales, sans engagements spécifiques pour les communautés locales, sans justice climatique réelle.
C’est à ce moment de blocage total qu’Arlette Bahati Tito décide de passer à l’offensive.
Profitant d’une nouvelle suspension pour désaccord profond, elle multiplie les contacts directs. Elle rencontre d’abord André Corrêa do Lago, diplomate brésilien, Président de la COP30. Face à lui, elle ne ménage ni ses mots ni ses arguments et avertit : "si les pays africains sortent de Belém sans reconnaissance de leur rôle forestier et sans mécanisme clair de financement, alors cette COP perdra toute crédibilité". Elle rappelle aussi les engagements pris par le Président Lula da Silva dans le cadre du Tropical Forests Forever Facility (TFFF), ainsi que sa promesse solennelle de faire de cette COP “la COP des forêts”.
Dans la foulée, elle engage d’autres pourparlers plus ciblés. Elle rencontre, tour à tour, le Groupe des Négociateurs Africains (AGN), mobilisés et fermes sur leurs positions ; Coalition pour les Forêts Tropicales (Rainforest Coalition), engagée sur la défense du marché carbone ; l’Union Européenne, qui cherche une formulation commune acceptable ; et même le Groupe des États Arabes, dont l’appui peut faire basculer le rapport de forces.
La Ministre Déléguée de la RDC consulte également les représentants des peuples autochtones et des communautés locales, tout en rappelant que les forêts ne peuvent être défendues sans les populations qui y vivent.
Les heures passent. Il est 4h37 lorsque la délégation congolaise, toujours à son poste, refuse de quitter la salle. À 5h32, les dernières discussions reprennent. Fatigue, migraines, voix éraillées… mais aucune faiblesse. Arlette Bahati Tito et son équipe savent qu’ils jouent l’avenir d’un combat porté depuis des années : celui du financement structurel des forêts tropicales.
Au lever du jour, le résultat tombe. Contre toute attente, et après une nuit entière de tension diplomatique, les forêts tropicales réapparaissent dans le texte final de la COP30. Mieux encore : elles sont accompagnées d’un mécanisme de financement spécifique, d’une reconnaissance du rôle des communautés locales et des peuples autochtones, d’une consolidation du marché carbone africain et d’une inclusion du volet pertes et dommages pour les pays vulnérables.
Une victoire historique, arrachée au prix d’un combat acharné.
Derrière cette réussite, un objectif majeur : faire valoir la position de la République Démocratique du Congo comme véritable Pays-Solution. Avec en ligne de mire, entre autres, le projet stratégique du Couloir Vert Kivu–Kinshasa, initié par le Président de la République Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, et qui nécessite une visibilité et un soutien international pour sa pleine réalisation.
À 10h30, alors que s’ouvrent les discussions finales avant la clôture solennelle de la COP30, Arlette Bahati Tito apparaît épuisée, mais debout, déterminée. La délégation congolaise l’entoure, solidaire. Dans les couloirs, certains observateurs reconnaissent que sans l’insistance de la RD Congo, les forêts n’auraient jamais franchi la barrière du texte final.
Ce matin du dernier jour de la COP30, Belém se réveille avec un constat clair : la RDC a marqué ces assises.. Et elle a gagné. L’enjeu désormais sera de transformer ces engagements écrits en actions concrètes pour protéger les forêts tropicales, trésors mondiaux et patrimoine vital pour l’humanité.