Au cours du mois de décembre, des affrontements armés ont persisté dans le territoire de Fizi, notamment dans les villages situés le long de l’axe Munene–Makobola ainsi que dans les hauts plateaux. C’est ce qu’a révélé l’aperçu humanitaire du mois de décembre, rendu public dimanche 25 janvier 2026 par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA).
Selon les partenaires humanitaires présents dans la zone, cette escalade des tensions a provoqué d’importants mouvements de populations, affectant plus de 144 700 personnes déplacées au sein du territoire. Les déplacés ont trouvé refuge principalement au sein de familles d’accueil, souvent dans des conditions de forte promiscuité. D’autres ont été contraints de s’abriter dans des centres collectifs, tels que des écoles et des églises, ou encore à l’air libre.
"Les besoins immédiats exprimés concernent l’assistance alimentaire, les abris d’urgence, l’accès à des services de santé, ainsi que des interventions en Eau, Hygiène et Assainissement (EHA). L’insécurité persistante dans le territoire de Fizi limite les mouvements des équipes sur le terrain et retarde la fourniture d’une assistance vitale aux populations affectées. Entre le 8 et le 24 décembre, au moins trois véhicules et un speedboat appartenant à des partenaires humanitaires ont été confisqués par des acteurs armés dans le territoire", rapporte OCHA.
La situation sécuritaire dans la ville de Bukavu est demeurée globalement calme au cours du mois de décembre 2025. Toutefois, précise l'Agence de l'ONU, un incident grave s’est produit le 23 décembre, lorsqu’une incursion attribuée à un groupe armé a touché plusieurs quartiers de la ville, entraînant la mort d’au moins cinq personnes et en blessant deux. À la suite de cet événement, les activités socio-économiques ont connu une paralysie temporaire, tandis que plusieurs jeunes ont été arrêtés, car soupçonnés d’être en collusion avec les auteurs de l’incursion.
Abordant la situation dans le territoire de Kabare, l'Agence de l'ONU précise qu'en décembre 2025, le territoire de Kabare a connu une perturbation notable de ses activités socio-économiques en raison des affrontements et des incursions répétées d’éléments armés dans plusieurs villages, notamment Kabulungu, Mbayo, Cijomba et Miti-Murhesa. Ces incidents ont accru le climat d’insécurité et limité les mouvements de la population, affectant l’accès aux services essentiels et aux moyens de subsistance.
Parallèlement, plus de 6 983 ménages déplacés sont arrivés dans la ZS de Katana après avoir fui les affrontements armés survenus dans les localités de Katasomwa, KatchiKauma, Bushaku 1 et 2, Kulijiwe, Bugadama, Kayeye, Muchacha, Bushenge, Mbayu, Mulangala, Kabulungu, Kamakombe et Tchibati. Ces populations vivent dans des conditions extrêmement précaires, hébergées dans des écoles, des églises ou au sein de familles d’accueil, souvent sans abris adéquats et exposées à des risques sanitaires et sécuritaires accrus.
Depuis le début de l’année 2025, l’escalade du conflit et l’intensification des attaques de la rébellion AFC/M23, appuyée par le Rwanda au Nord et au Sud-Kivu, ont déplacé des centaines de milliers de personnes, aggravant une crise humanitaire déjà critique. Les violences ont fait des centaines de morts et des milliers de blessés, tandis que les routes coupées et l’insécurité compliquent davantage l’accès humanitaire.
Malgré ces conditions difficiles, les acteurs humanitaires poursuivent leurs opérations vitales en négociant l’accès aux zones affectées et en fournissant des soins médicaux d’urgence, une aide alimentaire ainsi que d’autres formes d’assistance essentielle. Selon l’ONU, il est impératif de garantir un accès humanitaire rapide, sans entrave et sécurisé aux populations dans le besoin, et de lever tous les obstacles existants.
En dépit des avancées annoncées dans le cadre des initiatives de médiation notamment le processus de Washington piloté par les États-Unis pour le dossier RDC–Rwanda et l’implication du Qatar dans la crise opposant la RDC à la rébellion AFC/M23, la situation sur le terrain peine à s’améliorer. Face à ce constat, de nombreuses voix appellent les parties prenantes à respecter les engagements contenus dans les différents accords et déclarations signés, afin de faire taire les armes et offrir enfin une chance à la paix après près de trois décennies de conflit.
Clément MUAMBA