Face aux problèmes d’accès aux financements auxquels font face les artistes, suite notamment à la guerre en Ukraine et à la crise liée au Covid-19, le foyer culturel de Goma se lance dans un vaste projet d’entrepreneuriat culturel. Le projet d’accompagnement à l’autonomisation financière du secteur artistique et culturel (PASART) a été présenté, le week-end du 9 au 11 juin, au public de la ville volcanique.
Ce projet qui s’étend sur une durée de 11 mois concerne les artistes, toute discipline confondue, de sept villes de l’Est du pays, dont Goma, Bukavu, Uvira, Kalemie, Bunia, Kisangani et Isiro. Il vise à rendre les structures et les acteurs culturels, créatifs et artistiques autonomes, du point de vue financier en renforçant leurs capacités professionnelles et en favorisant l’accès à des crédits bancaires et inciter d’autres acteurs du secteur financier privé à accompagner les projets artistiques et culturels.
« Nous allons procéder d'abord à la formation des gestionnaires des centres culturels et autres structures culturelles qui viendront de sept villes de la RDC, à savoir, Goma, Bukavu, Uvira, Kalemie, Bunia, Kisangani et Isiro. Après être formés, ces gestionnaires vont être accompagnés par des structures d'incubation pour leur permettre à savoir comment concevoir un projet bancable mais aussi à savoir faire tout pour que ce projet puisse bénéficier d'un crédit et savoir rembourser ce crédit-là », a dit à ACTUALITÉ.CD, Augustin Mosange, chargé de communication de la maison des jeunes de Goma et du PASART.
Et de poursuivre :
« Après les 11 mois du projet, il y aura 10 projets, parmi les 35 structures qui seront concernées, qui vont bénéficier des crédits d'une banque, à travers des projets qu'ils auront présentés. Le projet PASART mettra en gage une somme dans cette banque avec laquelle nous allons travailler et cette somme permettra d'évoluer parce qu'on a constaté que les artistes et les structures culturelles ont des problèmes de gage. Ils n'ont rien à mettre en gage pour accéder à ces crédits et nous, nous allons prendre une partie du financement qu'on mettra en gage dans une banque et ça permettra aux artistes de pouvoir accéder aux crédits sans beaucoup de difficultés ».
Le PASART est financé par le programme créer en Afrique centrale du consortium ACP-UE CULTURE, mis en œuvre par Interarts foundation, Culture et Développement, la CEEAC et l’Institut National des Arts de Kinshasa. L’appel à candidature est déjà lancé et les facilités d’accès aux crédits sont en cours avec différentes banques partenaires au projet.
« Nous lançons un appel à candidature pour toutes les structures qui voudront bien participer dans les sept villes et notre équipe va étudier les candidatures et seules les structures viables, les structures qui existent, qui sont déjà implantées dans ces villes-là et qui sont capables de mener de grands projets seront choisies pour participer à ce projet. Nous voulons voir le centre culturel accéder dans l'industrie de la culture, promouvoir l'entrepreneuriat culturel. Mais aussi, voir ces centres culturels aller vers leur autonomisation, parce que ça c'est un problème sérieux qu'il y a. La plupart des centres culturels vivent des subventions. Nous même nous l'avons senti, en tant que foyer culturel, avec la crise de la Covid, la crise de l'Ukraine, tous grands financiers qui nous donnent des subventions commencent à baisser les bras. Du coup, les centres sont incapables de survivre, tout simplement parce qu'il n'y a presque plus de subventions. Ce projet va permettre d'apprendre aux centres culturels d'être autonomes », a ajouté Augustin Mosange.
Et de conclure :
« Le projet PASART est un ouf de soulagement pour l'évolution de la culture gomatracienne. Surtout qu'il s'agit d'un projet d'accompagnement, de l'autofinancement des structures artistiques. Du coup, beaucoup d'artistes évoluant dans plusieurs secteurs avaient ce défi. Ils plaignent du manque de moyens pour faire son art. Pas des matériels pour les dessinateurs, pas de studio ou même des instruments pour les musiciens, comédiens et autres. Franchement, ce projet vient relever ce défi au sein de la culture et des arts. Je salue le courage des concepteurs du projet parce que ils ont vu que c'est vraiment un secteur qu'il faut appuyer » s’est exclamé Thierry Croco, artiste visuel, cofondateur de l'union des jeunes artistes, dessinateurs et peintres (UJADP) et fondateur de l'académie Kivu arts (AKA).
Le projet PASART coûte 133 000 euros.
Jonathan Kombi