Luc Nkulula, 8 ans déjà ! « il serait déçu de ce que fait l’UDPS au pouvoir, Luc était avec Tshisekedi à Gorée et à Genval »

Huit ans se sont écoulés depuis la mort de Luc Nkulula wa Mwamba, figure emblématique du mouvement citoyen LUCHA (Lutte pour le Changement), basé en République démocratique du Congo. Le militant avait trouvé la mort le 10 juin 2018 à Goma, dans un incendie de son domicile situé au quartier Himbi, dans la commune de Goma. Les circonstances de cette disparition n’ont jamais été élucidées ce jour et les auteurs restent à ce jour inconnus.

À l’occasion de ce huitième anniversaire, ACTUALITÉ.CD a interviewé Espoir Ngalukiye, ancien militant de la LUCHA et compagnon de lutte de Luc Nkulula. Aujourd’hui acteur politique, membre du parti Ensemble pour la République de l’opposant Moïse Katumbi, Espoir Ngalukiye revient sur l’héritage laissé par le militant disparu.

L’héritage légué par Luc Nkulula est avant tout une vision centrée sur la priorité pour le Congo. Espoir Ngalukiye explique :

« Luc nous a appris que la non-violence active est une voie qui permet à la majorité silencieuse des citoyens de faire face à ceux qui ont des armes, à ceux qui détiennent le pouvoir et à ceux qui ont l’argent. Un autre héritage que Luc a légué au Congo est la priorité à accorder au pays. Nous n’avons pas besoin de connaître le nom de tel ou tel individu ; nous avons plutôt besoin de connaître le Congo et de donner la priorité à la nation congolaise, du présent comme du futur.

Il nous a également légué l’idée que, pour changer le Congo, il n’est pas nécessaire de faire directement de la politique, ni d’être dans les Églises ou les ONG. On peut influencer la politique en étant en dehors de la politique, influencer les ONG en étant en dehors des ONG et influencer les Églises en étant en dehors des responsabilités ecclésiales, notamment à travers des mouvements sociaux comme la LUCHA, qui sont des mouvements légitimes et des mouvements de faits. », a-t-il fait savoir.

Luc Nkulula avait une vision sur la société civile. Espoir Ngalukiye rappelle que celle-ci devait être dynamique et constituer un véritable contrepoids au pouvoir.

« Pour lui, la société civile ne devait pas être au service des partis politiques ni des politiciens. Telle était la vision que Luc avait de la société civile. Il ne concevait pas celle-ci comme une caisse de résonance des politiciens ou des acteurs politiques. Aujourd’hui, je pense que Luc serait déçu de ce qu’est devenue la société civile, car on a l’impression qu’elle s’est muée en une caisse de résonance des partis politiques et qu’elle est devenue le bras prolongé des politiciens, surtout de ceux qui sont au pouvoir », a indiqué M. Ngalukiye.

UDPS d’opposition au pouvoir et les velléités du changement de Constitution

S’exprimant sur la question du changement de la Constitution, devenue une priorité pour le régime de Kinshasa, Espoir Ngalukiye estime que les pratiques actuelles rappellent celles du régime précédent de Joseph Kabila, contre lesquelles Luc Nkulula s’était fermement opposé, notamment en ce qui concerne toute modification constitutionnelle et la question d’un troisième mandat. À ce sujet, il considère que Luc Nkulula serait aujourd’hui déçu de ce que font au pouvoir le président Félix Tshisekedi et son parti, l’UDPS, estimant que la mémoire de Luc Nkulula et de tous les martyrs de la lutte pour l’alternance en RDC a été trahie.

« Ce que fait le régime actuel est exactement ce que faisait le régime précédent, lorsque Luc s’était levé, aux côtés d’autres jeunes et d’autres citoyens congolais, pour dire non au troisième mandat et non au changement de la Constitution.

Aujourd’hui, Luc serait déçu de ce que fait Félix Tshisekedi avec l’UDPS. Luc était avec Tshisekedi à Gorée, il était avec lui à Genval. Il savait qu’une fois les opposants arrivés au pouvoir, ils ne pouvaient pas revenir aux anciennes méthodes ni trahir le combat qu’ils avaient mené pour l’alternance et le respect de la Constitution.

Luc, en véritable historien du futur, avait déjà affirmé que la lutte que nous menions n’était pas dirigée contre un individu, mais qu’elle se serait poursuivie quelle que soit la personne au pouvoir. La lutte de Luc et des autres jeunes n’était pas une lutte contre Joseph Kabila en tant qu’individu, mais un combat pour le respect des principes, de la loi et de la Constitution du pays.

Aujourd’hui, Luc serait profondément déçu de Félix Tshisekedi. Il aurait agi de la même manière en principe, car Tshisekedi avait milité pour les mêmes causes que lui. En agissant ainsi, Félix Tshisekedi déçoit la mémoire de Luc et trahit celle de tous les martyrs de la lutte pour l’alternance dans notre pays », a-t-il renchéri.

Luc Nkulula wa Mwamba était présenté par ses camarades de lutte comme l’un des activistes les plus courageux de la LUCHA. En 2016, lorsque Joseph Kabila avait reçu à Goma 47 jeunes militants de la LUCHA, c’est lui qui avait été le principal orateur du mouvement citoyen lors des échanges.

Le dimanche 10 juin 2018, Luc Nkulula, alors âgé de 33 ans, est retrouvé mort après l’incendie de sa maison à Goma. L’origine du sinistre n’ayant pas été clairement établie, les activistes n’avaient pas écarté la piste criminelle. Ce jour-là, il avait consacré une grande partie de son temps à former 87 jeunes des quartiers de Goma à l’engagement citoyen de proximité, dans le cadre de l’initiative « Chemin de la Paix » du docteur Denis Mukwege.

Selon les témoignages, Luc Nkulula se trouvait déjà dans la concession familiale du quartier Himbi avec un membre de sa famille lorsque l’incendie s’est déclaré. Luc Nkulula n’avait pas pu sortir de la violence de l’incendie. Il a tenté de faire sauter les barreaux de sa fenêtre, réussissant à faire passer des documents et son ordinateur, avant que la maison ne s’effondre sur lui aux environs de 00h15, moment où les voisins ont pris conscience de l’ampleur du sinistre.

L’enquête menée par la justice congolaise, avec l’appui de deux enquêteurs de la MONUSCO, avait conclu que l’incendie aurait été provoqué par l’explosion de la batterie alimentant un système de panneaux solaires. Les militants de la LUCHA avaient néanmoins exigé une enquête crédible, soupçonnant des « ennemis de la démocratie et de la paix » d’être à l’origine de cet acte.

Licencié en droit de l’Université de Goma, Luc Nkulula intervenait également comme consultant auprès de plusieurs organisations de la société civile du Nord-Kivu.

Josué Mutanava, à Goma