La crise interne qui secoue l'Action pour la Rupture et le Développement (ARDEV) de Jacques Kyabula Katwe, ex gouverneur du Haut-Katanga, a franchi un nouveau cap ce mercredi à Lubumbashi. Des militants et cadres des deux ailes rivales du parti se sont affrontés au siège provincial de la formation politique, dans un contexte marqué par la lutte pour le contrôle des structures du parti après le départ de Jacques Kyabula.
Selon plusieurs témoins, le député provincial Samuel Kilolo, secrétaire interfédéral de l'ARDEV nommé par Jacques Kyabula, s'est présenté au siège du parti accompagné de quelques militants avec l'intention de reprendre possession des lieux. Mais sur place, il s'est heurté à la résistance de la nouvelle équipe qui occupe déjà les installations et revendique la gestion légitime du parti au niveau provincial.
Malgré le déploiement de plusieurs éléments de la Police nationale congolaise et de véhicules d'intervention, la situation a rapidement dégénéré. Des militants des deux camps en sont venus aux mains, échangeant coups de poing et jets de chaises en plastique devant le siège de ce parti politique.
Présent sur les lieux, le secrétaire général de l'ARDEV, Hubert Mwamba, arrivé il y a quelques heures dans la capitale du cuivre, a tenté de calmer les esprits et de convaincre les membres de l'aile dissidente de la position défendue par la direction du parti, notamment sur la question de la révision de la Constitution. Ses interventions n'ont toutefois pas permis d'éviter les tensions.
De son côté, le député provincial John Ngandu Kaswamanga, considéré comme l'une des figures de l'aile opposée à Jacques Kyabula, est sorti brièvement du siège pour échanger avec les militants rassemblés à l'extérieur avant de regagner l'enceinte sous la protection du service de sécurité interne du parti.
Pendant ce temps, les éléments de la police continuaient d'encadrer les militants de l'autre camp afin d'éviter une escalade de la violence.
Un parti fracturé depuis le départ de Jacques Kyabula
Ces incidents illustrent les profondes divisions qui traversent aujourd'hui l'ARDEV. Se présentant comme la deuxième force politique de la province du Haut-Katanga avec huit députés provinciaux, le parti est désormais partagé entre deux blocs rivaux qui revendiquent chacun la légitimité de sa direction. La fracture s'est accentuée après la démission de Jacques Kyabula de ses fonctions de gouverneur du Haut-Katanga. Une partie des cadres et élus de l'ARDEV accuse l'ancien gouverneur d'avoir instauré une gestion autocratique de la formation politique et a officiellement pris ses distances avec son leadership. Ce camp dissident revendique le soutien de quatre députés provinciaux et affirme avoir repris le contrôle de plusieurs structures du parti, dont le siège provincial.
Face à lui, quatre autres députés provinciaux ainsi qu'un sénateur restent fidèles à Jacques Kyabula et continuent de reconnaître son autorité politique au sein de l'ARDEV.
À ce jour, les deux camps se considèrent chacun comme les représentants légitimes du parti, alimentant une crise de leadership dont l'issue demeure incertaine et qui pourrait avoir des répercussions sur le paysage politique du Haut-Katanga surtout si l'élection du nouveau gouverneur et vice-gouverneur est confirmé par la Commission électorale nationale indépendante (CENI).
José Mukendi