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Photo ACTUALITE.CD.

Le député national Tembos Yotama a dénoncé ce mardi 6 août 2019 de « tracasseries » dans l’enquête sur l’assassinat du docteur Richard Mouzoko, épidémiologiste de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) tué en avril dernier par des miliciens, alors qu’il était impliqué dans la riposte contre la maladie à virus Ebola en ville de Butembo.

Dans un entretien à ACTUALITE.CD, cet élu de Butembo accuse des officiers enquêteurs de la Cour militaire opérationnelle du Nord-Kivu, de « vouloir s’enrichir derrière le dossier, en arrêtant des innocents et en conditionnant leur libération par le paiement des exorbitantes sommes d’argent ».

« Les enquêtes dans l’affaire de l'assassinat du docteur Mouzoko, est devenu un fonds de commerce. Une vingtaine d’innocents, notamment trois médecins locaux, sont aujourd’hui arrêtés. Et les enquêteurs conditionnent leur libération par le paiement d’exorbitantes sommes d’argent, qui varient de 3 000 à 5 000 dollars américains selon l’identité de prévenu. Je reviens des vacances parlementaires de Butembo, plusieurs proches des victimes sont venus me voir et solliciter mon implication. Des personnes à qui les enquêteurs demandent, par personnes interposées, d’exorbitantes sommes. J’ai même échangé avec les proches d’une victime innocente qui a dû payer 3 500 dollars pour obtenir sa libération. Ça exagère. Au lieu de rechercher la vérité, les gens font des enquêtes un fonds de commerce. D’après nos informations, ce ne sont pas les enquêteurs eux-mêmes qui négocient de l’argent, mais ils ont mis en place un réseau d’intermédiaires qui menacent les proches des personnes arrêtées », dénonce le député Tembos Yotama.

Il signale que, pour le moment, les personnes arrêtées, dont trois médecins, croupissent en prison, les uns à Bunia, où ils ont été transférés, et d’autres à Beni et Butembo. L’élu de Butembo exige l’implication de la haute hiérarchie militaire, pour la tenue urgente d’un procès public à Butembo, en vue de « condamner les vrais auteurs et libérer des citoyens innocents ».

« En principe, ce procès était un cas de flagrance, car des suspects avaient immédiatement été arrêtés. Il fallait un procès urgent pour que la vérité soit connue. Mais voilà, quatre mois plus tard, rien n’est fait. Nous sollicitons l’implication des autorités de Kinshasa pour la tenue d’un procès à Butembo. Faute de cela, on risque encore de rendre le travail difficile aux amis impliqués dans la riposte contre Ebola, en provoquant de la résistance, surtout dans les chefs des habitants mécontents de voir leurs proches souffrir innocemment en prison », prévient-il.

Le docteur camerounais Richard Mouzoko avait été abattu par balles, par des miliciens, alors qu’il présidait une réunion de la commission « Recherches actives » de la coordination locale de lutte contre la maladie à virus Ebola, dans les enceintes de la clinique médicale de l’Université catholique du Graben (UCG) de Butembo. Au lendemain du drame, la Cour militaire opérationnelle du Nord-Kivu avait annoncé l’arrestation des suspects et promis la tenue « immédiate » d’un procès public. Mais quatre mois après, rien n’a été fait.  

Claude Sengenya

 

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