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“L’un d’eux appuyait sa machette contre ma gorge, pendant que l’autre m’arrachait les vêtements” - Récit d’une femme violée à Rutshuru

Mardi 19 mars 2019 - 12:42
Habitante de Rutshuru victime de viol.

Dans le territoire de Rutshuru, situé à 70 km au nord de Goma (Nord-Kivu), plusieurs femmes sont victimes de viol commis par des hommes armés. Les victimes, qui sont en majorité des paysannes, sont souvent abusées après avoir été kidnappées. En effet, après le kidnapping, ces hommes réclament une rançon dont le montant est généralement exorbitant. Si l’argent n’est pas versé, les victimes sont torturées, violées ou carrément tuées par les ravisseurs.

Sous couvert d’anonymat, ACTUALITE.CD vous propose le témoignage d’une femme captive pendant une semaine dans la brousse de Rutshuru, torturée et violée avant d’être libérée le dimanche 10 mars 2019 avec d’autres codétenues.

« Après l’hôpital, c’est la deuxième fois que je raconte mon histoire à cause de la honte et du déshonneur… j’ai été violée ! », dit-elle en sanglotant.

Mère de dix enfants, elle est assise sur sa chaise en bois, dans sa petite maison. Tout doucement, elle soulève le pagne noué autour de sa longue blouse pour éponger les larmes qui coulent sans relâche sur son visage. Ainsi, débute la conversation avec cette victime de violence sexuelle.

« Ce jour-là, samedi 2 mars 2019, je revenais du champ avec beaucoup d’autres paysans, juste à la périphérie de l’agglomération de Kiwanja… subitement, deux hommes armés surgissent devant nous, ils nous ont exigé de nous asseoir par terre. Parmi nous, certains ont réussi à se sauver. J’avais un lourd fardeau sur mon dos, en essayant de fuir, l’un des bandits m’a attrapée par la main et jetée par terre… nous sommes restés au nombre de huit et les bandits ont menacé de nous tuer si nous bougeons», raconte-t-elle, mélancolique.

Elle poursuit : « nous étions restés quatre femmes et quatre hommes, ces bandits bien armés nous ont conduits en brousse. Tous les hommes étaient ligotés et il fallait marcher pendant toute la nuit jusqu'à arriver en plein parc des Virunga… nous étions fatigués, assoiffés et surtout affamés. Ils nous ont battus en prétextant que c’était pour nous souhaiter la bienvenue », explique cette mère de famille, âgée d’environ 50 ans.

La rançon

« Le lendemain, l’un des bandits m’a frappée avec la crosse de son fusil, me demandant d’appeler chez moi pour qu’on apporte de l’argent pour que je sois libérée», indique-t-elle.

Ceci était le début d’une souffrance inimaginable pour cette pauvre agricultrice, qui devrait déjà se battre pour la survie de sa famille : « Les ravisseurs ont fixé la rançon à 1000$ pour chacun d’entre nous, et le marchandage entre les bandits et nos familles se faisait au téléphone…chez moi, on a dit qu’on n’allait pas trouver tout cet argent et pour me punir, les bandits ont commencé à me violer et me  fouetter tous les jours,» se souvient-elle, la mort dans l’âme.  

Cette nuit-là, explique-t-elle : « L'un des bandits m’a tenue en appuyant sa machette contre ma gorge, pendant que l’autre m’arrachait les vêtements…je n’avais plus de force, ils m’ont violée et après ils m’ont craché dessus parce qu’ils étaient très furieux…je n’ai pas arrêté de pleurer

Visiblement terrifiée, la pauvre paysanne ne se souvient pas de combien de fois ces bandits l’ont forcée à coucher avec eux, mais elle indique qu’ils introduisaient souvent leurs doigts dans sa partie intime : « C’était pour eux une façon de faire pour avoir de l’argent aussitôt, parce que lorsque je criais fort, ils appelaient mon mari afin qu’il se rende compte de ma souffrance et qu’il sache se débrouiller pour avoir la rançon

Finalement après moult acrobaties, la famille de la dame a totalisé 350$. Elle a été libérée une semaine après avec ses co-otages : « Je suis allée à l’hôpital mais j’ai toujours très mal à la poitrine, au niveau du vagin et dans tout le corps, suite à ce que j’ai subi …la nuit. Je souffre d’insomnies et des cauchemars dès que je m’en rappelle et je crains que ces bandits reviennent », confie-t-elle.

Joseph Tsongo

 

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