Passage du discours du chef de l'Etat à propos de la culture

Vendredi dernier, devant le corps diplomatique, le nouveau chef de l’Etat congolais a prononcé un discours qui n’est pas passé inaperçu. Au cours de cette allocution, Félix Tshisekedi est revenu sur la place qu’occupe et que devrait occuper le secteur culturel en RDC. Une déclaration qui n’a pas tardé à faire réagir au sein du monde culturel congolais. La rédaction d’ACTUALITE.CD dans sa section culture en a compilé certaines.

Charles Djungu Simba est journaliste, écrivain et professeur d’université. Pour lui, les autorités congolaises doivent doter le pays des lieux d’incubation et d’infrastructures culturelles de base.

Charles Djungu Simba. Ecrivain, journaliste, professeur d'université

“J'y note une belle déclaration d'intention, mais qui gagnerait à être plutôt traduite par une politique culturelle nationale. La RDC ne s'en est jamais dotée. La langue française n'est qu'un outil d'expression, n'en déplaise aux Français, le plus primordial c'est ce qu'on fait avec. Donc, à mon avis, la priorité pour nos gouvernants serait de doter le pays des lieux d'incubation et d'infrastructures culturelles de base, et accompagner les créateurs des oeuvres de l'esprit qui promeuvent, grâce à ces lieux et infrastructures, notre patrimoine. En dehors de cela, on ne pourra que continuer à s'abriter sous les lambris d'une Francophonie inféconde et débile.”

Yolande Elebe ma Ndembo est journaliste et poétesse. Elle compte à son actif deux ouvrages : le Bictari, publié en 2015, ainsi que Divagations-Soliloque de con, paru en 2018 aux éditions Diasporas Noires. Mme Elebe est également membre du Collectif des Artistes et Culturels Congolais (CAC).  Pour elle, ce passage du discours du chef de l’Etat est un signal positif pour les artistes et ceux qui comprennent l’importance de la culture pour un pays.

Yolande Elebe ma Ndembo. Poétesse et journaliste

J’ai été agréablement surprise en relisant le discours du président de la République et la manière dont il a parlé de la culture. Plusieurs d’entre nous se battent pour que les politiques puissent se rendre compte que la culture n’est pas que du divertissement mais qu’elle a un rôle d’ambassadeur et de préservation de l’identité et du patrimoine national. Elle l’une de nos meilleures exportations, et ce, dans toutes les disciplines. Elle participe activement au rayonnement de notre pays bien qu’elle ne reçoive pas grand'chose en retour. En tant qu’acteurs du secteur culturel, nous souhaiterions voir une personne issue du milieu culturel occuper le poste de ministre de la Culture dans le prochain gouvernement. Par la même occasion nous souhaitons faire des propositions concrètes au président de la République pour faire de la culture un moteur de développement socio-économique ainsi qu’un réel créateur d’emploi pour notre pays.

Tshoper Kabambi est producteur et réalisateur. Il est le fondateur du festival international de cinéma (FICKIN) de Kinshasa et insiste sur la promotion de la culture et la mise en place réelle de politiques culturelles en RDC.

Tshoper Kabambi. Réalisateur, producteur, fondateur du festival Fickin

“Je pense que c’est très important pour un président de la République  de penser de la sorte. On remarque par exemple qu’à l’époque de la deuxième République lorsque Mobutu était président il avait accordé une importance à la culture, on avait vu à quel point notre pays était connu à travers le monde. Si aujourd’hui que la RDC qui est au centre de l’Afrique connaît un véritable essor dans le secteur culturel, cela pourra immanquablement profiter aux autres pays d’Afrique francophone. En terme démographique, nous sommes le premier pays francophone au monde, c’est un atout que nous devons mettre en avant, en plus de la richesse de notre culture. Nous ne le dirons jamais assez il y a un grand intérêt à promouvoir la culture dans ce pays.”

Yvon Edoumou est gérant de Malabo, une structure spécialisée dans l’ingénierie culturelle, la promotion de l’art et la culture congolaise. Il insiste sur la responsabilité de tout un chacun dans le secteur culturel.

Yvon Edoumou. Gérant de Malabo Art

“Il est important de saluer ce genre de déclaration mais il est d’autant plus important pour les acteurs et les opérateurs culturels que nous sommes de saisir ce genre ce genre de perches que nous tendent les décideurs politiques pour aller de l’avant. Le président fait sa déclaration sur la culture mais il nous revient de transformer ses paroles en acte. Je pense que c’est bien que dans de ses premiers discours il parle de la culture qui reste un domaine très important pour bien de pays y compris le Congo. C’est un domaine qui est bien trop souvent négligé mais comme bien d’autres pays, c’est un domaine important tant sur le domaine économique et financier parce qu’il procurer des richesses à un Etat mais aussi en terme de label, et ici il est question de pouvoir vendre le label Congo.”

Alesh est un jeune artiste musicien dont le style questionne sans cesse la réalité sociale en RDC. Avec ses clips vus des millions de fois sur Youtube, l’auteur de “Mokonzi oza motema mabe”  ou encore “Biloko ya boye”plaide pour plus de mobilité pour les artistes et revient sur les priorités du secteur culturel en RDC.

Alesh

“ Pour faire suite aux propos du chef de l’Etat, par rapport à la francophone, j’ai l’impression en tant qu’artiste et en tant qu’observateur des faits sociaux que la RDC accorde plus d’attention à la francophonie qu’elle n’y gagne. La question c’est de savoir ce que gagne notre pays par rapport à cette position, premier pays d’Afrique à avoir autant de locuteur de la langue française. S’agissant de la culture, je reviendrais sur la manière dont on a du mal a avoir des visas pour se produire dans certains pays comme la France par exemple alors que nous sommes le premier pays francophone d’Afrique. J’estime qu’on devrait par moment nous alléger certaines rigueurs que je trouve souvent ridicules. Ce ne sont pas les exemples qui manquent en matière de refus de visa alors que l’on parle de pièce ou d’autres types de représentations artistiques conçues pour être représentées en français. Je pense que la francophonie devrait s’investir pour louer des fonds de mobilité aux professionnels de la culture. Je pense  également qu’il est judicieux de privilégier les relations diplomatiques, ces liens qui existent entre la RDC et la France, mais ce serait encore mieux que les acteurs congolais qui donnent un rayonnement à cette langue française puissent être un peu plus soutenus et se voient faciliter certaines conditions pour faire correctement leur travail. Et pour conclure, au niveau interne en RDC, il ne suffit pas de faire des beaux discours, il faut allouer un budget conséquent à la culture."

Kudjirakwinja Nabintu

 

 

 

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