Sur les 22 tâches attribuées au Rwanda dans le cadre de l’Accord de Washington, signé avec la République démocratique du Congo sous les auspices de l’administration Trump, seules 13 ont connu une exécution partielle, pour un taux global d’exécution de 22,7 % (soit 50 points sur 220). En ne considérant que les tâches partiellement exécutées, le taux de réalisation atteint 38,4 % (soit 50 points sur 130).
Ces conclusions ressortent du rapport d’évaluation du Baromètre des Accords de Paix en Afrique, groupe d’experts indépendants, sur la mise en œuvre de l’Accord de paix de Washington entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, signé le 27 juin 2025, pour la période allant du 1er au 31 décembre 2025. Cette évaluation a également été l’occasion pour cette plateforme de formuler une série de recommandations à l’intention du gouvernement rwandais, en vue d’accélérer la mise en œuvre de cet accord de paix, censé contribuer à la fin des conflits dans la région des Grands Lacs.
" Au Gouvernement du Rwanda : mettre en œuvre, sans plus tarder, le plan harmonisé de désengagement et de levée des mesures défensives, assorti d’objectifs mesurables et d’un mécanisme de vérification conjoint ; Fournir des garanties sécuritaires et/ou judiciaires aux membres des FDLR encore présents en RDC, mais hésitant à se rendre, afin de faciliter leur rapatriement volontaire vers le Rwanda ; Fournir des assurances claires aux facilitateurs américain et qatari, ainsi qu’au médiateur de l’Union africaine, quant à la mise en œuvre effective des garanties sécuritaires et/ou judiciaires offertes aux membres des FDLR, notamment à ceux qui hésitent à se rendre volontairement ", renseigne le rapport d'évaluation du mois de décembre.
Le Baromètre des Accords de Paix en Afrique exhorte le gouvernement rwandais à user de son influence sur la rébellion de l’AFC/M23 afin de ne pas entraver les opérations de la MONUSCO visant la neutralisation des FDLR et de faciliter l’ouverture d’un couloir humanitaire au profit des populations de l’Est de la RDC.
" Inciter l’AFC/M23 à s’abstenir de toute entrave aux éventuelles opérations de la MONUSCO visant la neutralisation des éléments des FDLR présents dans les territoires sous leur contrôle, dans l’hypothèse où une demande formelle serait introduite par le Gouvernement congolais ; Encourager l’AFC/M23 à renforcer la protection des populations civiles dans les territoires sous son contrôle ; et User de son influence sur l’AFC/M23 pour faciliter une assistance humanitaire sans entrave aux populations vulnérables (y compris la réouverture de l’aéroport de Goma) ", ont-ils ajouté dans les recommandations.
Malgré l’implication du président américain Donald Trump et l’accélération apparente du processus de Washington, matérialisée par l’entérinement des accords par les présidents de la République démocratique du Congo et du Rwanda, Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la situation sur le terrain peine à s’améliorer. Kinshasa et Kigali ne parviennent pas toujours à parler le même langage, et les tensions persistent sur fond d’accusations mutuelles de non-respect des engagements pris dans le cadre des initiatives diplomatiques en cours, en particulier le processus de Washington sous l’égide de l’administration Trump.
Il en est de même pour les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’Émir du Qatar, entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, qui peinent à produire des résultats concrets sur le terrain. Ces négociations, censées compléter les accords de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés restent au point mort. Plusieurs mesures convenues, notamment depuis la publication du communiqué conjoint d’avril dernier, la signature du mécanisme de cessez-le-feu, de la déclaration de principes, et plus récemment de l’accord-cadre, n’ont toujours pas été mises en œuvre.
Cette inertie diplomatique a favorisé la reprise de violents affrontements entre l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, et les forces gouvernementales. Par ailleurs, le dialogue national, pourtant réclamé par plusieurs acteurs sociopolitiques pour accompagner ces initiatives, tarde à être convoqué. Le président de la République, Félix Tshisekedi, maintient pour l’instant sa position, estimant que toute initiative de dialogue doit émaner de sa propre autorité, malgré la publication de la feuille de route des confessions religieuses.
Clément MUAMBA