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Héros nationaux : voici les motivations de l’Assemblée nationale pour distinguer cinq figures historiques de la RDC dont Étienne Tshisekedi wa Mulumba

Plénière de l'Assemblée nationale

L’Assemblée nationale a examiné et adopté, au cours de sa plénière du vendredi 6 novembre 2026 au Palais du Peuple, dirigée par son président Aimé Boji Sangara une proposition de résolution portant admission de cinq personnalités historiques de la République démocratique du Congo dans l’Ordre national des héros nationaux.

La résolution a été lue devant la représentation nationale par Jacques Djoli, rapporteur de l’Assemblée nationale. Il s’agit d’une résolution spécifique, prise sur pied de la loi n° 25/057 du 23 décembre 2025 portant création de l’Ordre national des héros nationaux. Les personnalités concernées sont la prophétesse Kimpa Vita, le prophète Simon Kimbangu, Monseigneur Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo, le docteur Étienne Tshisekedi wa Mulumba et Monseigneur Emmanuel Kataliko.

Une reconnaissance des services héroïques rendus à la Nation

Dans l’exposé des motifs, la proposition de résolution rappelle que l’Ordre national des héros nationaux avait initialement été créé par la loi n° 009/2002 du 5 août 2002, en mémoire de Patrice Emery Lumumba et de Laurent-Désiré Kabila, assassinés respectivement les 17 janvier 1961 et 16 janvier 2001. Cette loi avait été modifiée et complétée par le décret n° 12/2003 du 30 mars 2023. Toutefois, ce décret était personnalisé, dans la mesure où il ne reconnaissait la dignité de héros national qu’à Patrice Emery Lumumba et à Laurent-Désiré Kabila, fermant ainsi hermétiquement la porte à tous les Congolais qui auraient rendu ou rendaient encore des services héroïques à la Nation.

Pourtant, précise la résolution, la patrie reconnaissante devrait également honorer les services héroïques rendus à la Nation par d’autres personnalités entrées dans l’histoire avant ou après Patrice Emery Lumumba et Laurent-Désiré Kabila. C’est pour leur ouvrir les portes du Panthéon, dans lequel le Premier ministre Lumumba et le président Laurent-Désiré Kabila étaient déjà entrés, que le président de la République a promulgué la loi n° 25/057 du 23 décembre 2025 portant création de l’Ordre national des héros nationaux. Conformément aux articles 1er, 2, 3 et 7 de cette loi, l’Ordre national des héros nationaux est destiné à récompenser les Congolaises et les Congolais ayant rendu des services héroïques à la Nation.

D’après cette loi, est élevée, à titre posthume, au rang de héros national toute personne de nationalité congolaise ayant rendu des services héroïques à la Nation et qui aura, de manière constante ou à titre exceptionnel, au péril et/ou au sacrifice de sa vie, lutté pour l’accession de la République démocratique du Congo à l’indépendance, à l’instauration et/ou à la consolidation de l’État de droit démocratique, à la sauvegarde de l’intégrité territoriale et à la préservation de l’unité et de la souveraineté nationales.

Cinq personnalités historiques méritent d’être élevées au rang de héros nationaux et de rejoindre ainsi Patrice Emery Lumumba et Laurent-Désiré Kabila. Il s’agit de la prophétesse Kimpa Vita, du prophète Simon Kimbangu, de Monseigneur Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo, du docteur Étienne Tshisekedi wa Mulumba et de Monseigneur Emmanuel Kataliko.

La prophétesse Kimpa Vita

D’après la résolution, née en 1684 à Mbanza-Kongo, dans le royaume Kongo, Kimpa Vita fut une figure politique et spirituelle majeure ayant œuvré pour la restauration de l’unité du royaume Kongo et la dignité de son peuple aux premiers jours de la colonisation. Elle anima un mouvement religieux et social prônant un christianisme africain enraciné dans les réalités culturelles locales, contestant ainsi les formes d’aliénation spirituelle et politique imposées par la colonisation.

Pour elle, le Christ était noir. Elle prônait la justice sociale et la souveraineté spirituelle du peuple Kongo. Animée d’un courage exceptionnel, elle s’opposa aux autorités établies, de connivence avec la colonisation. Condamnée à mort sous l’instigation des missionnaires capucins, elle fut brûlée vive le 2 juillet 1706 pour ses convictions politiques et religieuses.

La prophétesse Kimpa Vita a symbolisé la lutte africaine et congolaise contre la domination étrangère, tant sur le plan politique que spirituel. La reconnaissance de sa lutte héroïque par son élévation au rang des héros nationaux constitue également une reconnaissance de la lutte de toutes les femmes congolaises. Aux côtés des autres héros nationaux, elle envoie un message éternel à la Nation entière et aux femmes africaines en général : le héros national s’écrit également au féminin et donc pas uniquement au masculin. La femme congolaise a montré qu’elle est capable de rendre des services héroïques à son pays et qu’elle est même la première héroïne qui mérite la reconnaissance de la Nation.

Le prophète Simon Kimbangu

Toujours d’après la résolution, né à Nkamba, dans la province du Kongo Central, le 12 septembre 1887, Simon Kimbangu est le premier grand leader religieux congolais dont le message spirituel et social a profondément marqué l’histoire de la République démocratique du Congo et celle de l’Afrique. Son action s’inscrit dans une dynamique de libération morale et spirituelle du peuple congolais face à l’oppression coloniale. Il prônait la foi, la justice, la paix et le respect de la dignité humaine.

Ancien catéchiste protestant, Simon Kimbangu avait reçu une révélation divine pour la libération du Congo et du peuple noir en général. Il commença à prêcher l’Évangile au mois de mars 1921. Comme chez la prophétesse Kimpa Vita, cette prédication explique le lien entre les kimbanguistes qu’il a inspirés et les autres Églises de Noirs. L’Évangile de libération du prophète Simon Kimbangu épousait particulièrement les aspirations des peuples noirs colonisés et présentait le Messie comme un Christ noir et africain.

Un tel Évangile, inacceptable au temps de la colonisation, où le Noir était considéré comme un être inférieur, sans âme, sans Dieu et même inconnu des dieux, était naturellement en contradiction à la fois avec les discours politiques de domination et de négation coloniales et avec l’Évangile conventionnel des Églises catholiques et protestantes, qui étaient alors alliées à l’autorité coloniale.

Simon Kimbangu prêchait la libération à la fois politique et spirituelle de l’homme noir, ainsi que sa suprématie. Son discours et son message révoltaient autant qu’ils attiraient. En juin 1921, plusieurs centaines de travailleurs congolais désertèrent leurs lieux de travail à Léopoldville, l’actuelle Kinshasa, pour le suivre à Thysville, l’actuelle Mbanza-Ngungu, où la population manifesta les premiers signes de désobéissance et d’opposition au colonialisme.

Simon Kimbangu devint l’ennemi public numéro un du pouvoir colonial, qui décida alors de son élimination. Après quelques mois de disparition, il se rendit lui-même aux autorités coloniales en septembre 1921. Arrêté, il fut jugé et condamné à mort en novembre 1921, au cours d’un procès que plusieurs milieux africains avaient comparé à celui de Jésus-Christ devant Ponce Pilate.

Le roi Albert du Royaume de Belgique décida de commuer sa peine de mort en emprisonnement à perpétuité. Il fut retrouvé mort dans sa cellule à la prison d’Élisabethville, l’actuelle ville de Lubumbashi, le 12 octobre 1951. Comme tous les héros morts, il est devenu encore plus grand après sa mort, au point d’être aujourd’hui adoré et même déifié par des millions de personnes.

Simon Kimbangu est indéniablement l’une des premières et des plus éminentes figures de la lutte contre le colonialisme au Congo. Il est le symbole de la résistance et de la lutte du peuple congolais et africain contre la domination politique et spirituelle. Il est justement considéré comme l’un des pères de l’indépendance.

Sur le plan religieux, le message de Simon Kimbangu a donné naissance à l’Église kimbanguiste, l’Église de Jésus-Christ sur la Terre par son envoyé spécial Simon Kimbangu. Cette Église est la plus grande Église africaine et l’une des plus grandes confessions religieuses en République démocratique du Congo. Elle est actuellement implantée dans le pays et à l’étranger, où elle compte plusieurs millions de fidèles. Elle est devenue la plus grande Église au monde dont le fondateur est congolais et dont le siège est à Nkamba, cité sainte, lieu de naissance du prophète, la Nouvelle Jérusalem, récemment baptisée ville sainte. Le prophète Simon Kimbangu est donc un héros non seulement pour le Congo, mais aussi pour l’Afrique.

Monseigneur Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo

Poursuivant la lecture de la résolution, Jacques Djoli a rappelé que Monseigneur Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo est né le 1er janvier 1926 à Burhale, dans le territoire de Walungu, province du Sud-Kivu. Ordonné prêtre catholique le 17 août 1958, il est entré dans la congrégation des Jésuites le 7 septembre 1963. Licencié en sciences économiques et en sciences sociales, il fut nommé recteur de l’Institut jésuite Saint-Pierre Canisius de Kinshasa le 31 juillet 1978. Il fut ensuite nommé supérieur provincial des Jésuites en Afrique centrale, puis évêque coadjuteur le 30 mars 1986. Sacré évêque de Kasongo le 30 avril 1990, Monseigneur Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo est devenu archevêque de Bukavu en 1994.

En 1994, lorsque les troupes rwandaises sont entrées sur le territoire de la RDC sous prétexte de chasser les Forces démocratiques de libération du Rwanda, au cours de la première guerre d’agression rwandaise contre la RDC, Mgr Munzihirwa avait condamné cette guerre d’agression, tout en choisissant de rester au milieu de son peuple dans la ville occupée de Bukavu. Véritable pasteur de ses brebis, comme il aimait se définir, serviteur de l’Église de Dieu à Bukavu, parfois appelé « serviteur inutile de Bukavu » ou encore « la sentinelle de Bukavu », il avait choisi de rester plutôt que de fuir ou de quitter la ville, tout en refusant de s’associer aux forces d’occupation de son pays ou de les bénir, alors qu’elles violaient les droits de son peuple.

Monseigneur Munzihirwa avait montré à la face du monde que l’on pouvait bien appartenir à un ordre religieux en tant que prêtre, évêque, archevêque ou même cardinal catholique, tout en restant patriote et nationaliste. Dans les pires moments de l’occupation, il était resté un défenseur incorruptible des droits humains, qu’il considérait comme un trait fondamental de la nature humaine. Artisan de la paix et patriote exceptionnel, il allait payer de sa vie son engagement.

Le 28 octobre 1996, alors que les troupes rwandaises envahissaient l’Est du Zaïre, loin de céder au pessimisme et au défaitisme, il livrait un message radiodiffusé dans lequel il affirmait que Dieu ne nous abandonnerait pas et qu’une lueur d’espoir viendrait de quelque part dans le monde. Le même jour, il redonnait espoir aux sœurs trappistes, qui étaient en situation d’insécurité en raison des combats et des menaces.

Dans l’après-midi du 29 octobre 1996, il quittait l’archevêché pour se rendre dans une école jésuite où il devait passer la nuit. Monseigneur Munzihirwa et son escorte furent suivis par des soldats rwandais qui abattirent son chauffeur, son garde du corps et tous les occupants de son véhicule d’escorte. Descendu de son véhicule, un crucifix dans les mains, et se dirigeant vers ses agresseurs, il fut soumis à un douloureux interrogatoire et torturé avant d’être sauvagement abattu sur-le-champ. Son corps sans vie fut découvert par un groupe de séminaristes 24 heures plus tard. Il fut inhumé le 31 octobre 1996.

Un procès en vue de sa canonisation fut ouvert par le pape François et se poursuit. En attendant, il a reçu le titre de Serviteur de Dieu. Au nom de la foi et de la justice, Mgr Munzihirwa s’était dressé contre la désinformation médiatique internationale et l’invasion de son pays par les forces étrangères. Ce pasteur héroïque prêchait la vérité. Il défendait les innocents. Il dénonçait les massacres dans les camps de réfugiés. Il appelait à la paix, à l’amour entre les communautés et à la résistance patriotique. En l’élevant au rang de héros national, la patrie reconnaissante entend rendre hommage à un homme d’Église resté l’unique référence pour un peuple abandonné par toutes ses autorités civiles et militaires face à la menace qui le guettait, et qui fit preuve d’un courage prophétique.

Dans les conditions actuelles, où la République démocratique du Congo est encore victime de l’agression rwandaise et où des violations massives des droits de l’homme continuent d’être commises à l’Est du pays, Monseigneur Munzihirwa, alias « Mzee Mundumu », est un modèle, un héros dont la vie et les œuvres courageuses devraient être enseignées dans tout le pays, de génération en génération.

Docteur Étienne Tshisekedi wa Mulumba

Né à Luluabourg, l’actuelle Kananga, dans la province du Kasaï-Central, anciennement Kasaï-Occidental, le 14 décembre 1932, Étienne Tshisekedi wa Mulumba était un leader intellectuel et politique qui a joué un rôle important dans l’histoire postcoloniale de la République démocratique du Congo. D’après la résolution, il est l’un des tout premiers universitaires congolais et le premier Congolais à obtenir un diplôme de docteur en droit à l’Université Lovanium, actuelle Université de Kinshasa.

Dès les premières heures de l’indépendance, il participe au gouvernement. Il est membre du Collège des commissaires généraux en qualité de commissaire général adjoint chargé de la Justice, avant de devenir membre du gouvernement, en tant que ministre de l’Intérieur et ministre de la Justice, ainsi que du Parlement, d’abord en qualité de commissaire du peuple sous le régime du parti unique, le Mouvement populaire de la révolution (MPR). 

À partir de la fin de la décennie 1970, il s’oppose au régime autoritaire instauré par le parti unique et devient l’une des principales figures politiques du pays. Le docteur Étienne Tshisekedi wa Mulumba était catégoriquement opposé à la dictature, à l’injustice et à toutes sortes d’antivaleurs.

En 1981, il fut l’un des fondateurs de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), qui devint le plus grand parti de l’opposition au Congo pendant les deux dernières décennies du XXe siècle, avant son accession au pouvoir à l’issue des élections démocratiques de 2018. Le docteur Étienne Tshisekedi wa Mulumba se sera battu toute sa vie pour la démocratie et le progrès social. Il était surnommé « le Sphinx » en raison de l’intransigeance de son combat et considéré comme Moïse, qui devait conduire son peuple vers la terre promise de la démocratie et du progrès social.

Cependant, comme Moïse dans la Bible, il aura vu de loin cette terre promise sans toutefois y entrer lui-même, puisqu’il fut surpris par la mort le 1er février 2017, en Belgique. Comme les autres héros, il avait continué à tourmenter les dictateurs de son vivant et même après sa mort.

Immortel, il reste le symbole de la lutte non violente pour la démocratie et l’État de droit. Il a laissé à la postérité l’image d’un patriote incorruptible qui aura aimé son peuple et son pays plus que le pouvoir, plus que sa famille et plus que lui-même. C’est donc à ce titre qu’il va entrer dans le Panthéon des héros nationaux.

Monseigneur Emmanuel Kataliko

Monseigneur Emmanuel Kataliko est né à Lukole, dans le territoire de Lubero, province du Nord-Kivu. Ordonné prêtre à Rome en 1958, il fut sacré évêque du diocèse de Butembo-Beni en 1966. Il succéda à Mgr Christophe Munzihirwa comme archevêque de Bukavu le 22 avril 1997.

La résolution lue par le rapporteur de l’Assemblée nationale, Jacques Djoli, rappelle également qu’installé comme archevêque de Bukavu en 1997, après l’assassinat de Mgr Christophe Munzihirwa, Mgr Kataliko prend ses fonctions en pleine période de guerre et d’occupation de l’Est congolais par les armées rwandaises et ougandaises. Il s’élève courageusement contre les pillages, les massacres et l’exploitation illégale des richesses du pays, mettant en cause la responsabilité des forces d’occupation et des rebelles soutenus par Kigali. Il aura vécu les moments les plus durs, lorsque les Rwandais avaient occupé la ville à travers les rebelles du Rassemblement congolais pour la démocratie, comme ils l’occupent encore aujourd’hui sous le couvert de l’AFC/M23, devenue subitement Force de refondation de la nation (FRN), dirigée par l’ancien président devenu rebelle, Joseph Kabila.

Patriote et nationaliste, Monseigneur Kataliko n’avait jamais ménagé les rebelles et leurs commanditaires, notamment le régime du président rwandais Paul Kagame. Dans son message de Noël du 25 décembre 1999, intitulé « Consolez, consolez mon peuple, l’espérance ne déçoit jamais », souvent appelé « document Kairos de Bukavu », Mgr Kataliko avait dénoncé publiquement l’occupation de l’Est du pays, l’humiliation des populations, les pillages, les massacres et la balkanisation du Congo par les forces rebelles, sous l’instigation de leurs alliés rwandais.

D’après toujours la résolution, il éveillait les consciences, dénonçait l’oppression et appelait le peuple à la dignité et à la libération. Ce message de Mgr Emmanuel Kataliko est considéré comme son testament spirituel et politique. C’est ce texte d’une grande audace prophétique qui a directement provoqué sa relégation en exil par les rebelles du RCD-Goma. Le prélat affirmait qu’il ne reculerait pas devant les menaces. Il s’inscrivait dans la lignée de son prédécesseur, Mgr Christophe Munzihirwa, assassiné en 1996 par les mêmes forces rwandaises. Il l’affirmait : « Nous nous engageons avec courage, avec un esprit ferme, avec une foi inébranlable, à être du côté de tous les opprimés et, si nécessaire, jusqu’au sang. ».

En février 2000, les rebelles du RCD-Goma et les autorités d’occupation rwandaises lui interdirent de regagner Bukavu à son retour de Kinshasa et le déclarèrent persona non grata. Il fut contraint à un exil intérieur de près de sept mois à Butembo, son ancien diocèse de Beni-Butembo. À la suite de la relégation de Mgr Kataliko à Butembo, la population de Bukavu et l’Église locale opposèrent une résistance civile et pacifique d’une ampleur inédite. Face à la puissance du RCD-Goma et de l’armée rwandaise, les citoyens utilisèrent des méthodes de non-coopération totale pour paralyser ces régimes occupants.

En mettant en cause, dans ses différentes allocutions, la responsabilité des forces d’occupation et des rebelles soutenus par Kigali, Mgr Kataliko manifesta une opposition catégorique à tout projet visant à diviser la RDC. C’est de son magistère qu’est née l’une de ses citations les plus célèbres, restée un symbole de la résistance congolaise : « Nous ne pouvons pas accepter que ce pays soit divisé, car le Seigneur nous l’a donné un. Au prix de nos souffrances et de nos prières, nous mènerons les combats de la liberté contre nos oppresseurs. N’acceptez pas qu’on vous avale et, quand bien même on parviendrait à vous avaler, n’acceptez pas qu’on vous digère. ».

Il martelait avec insistance : « Même pas un centimètre du territoire congolais ne se perdra », faisant de sa personne l’obstacle moral majeur aux plans de démembrement ou de soudanisation du territoire de l’Est. Face à la pression populaire et ecclésiale, il fut autorisé à regagner Bukavu le 14 septembre 2000. La population lui réserva un accueil triomphal et délirant. Épuisé par les épreuves et les tortures morales subies durant son combat pour la paix, la justice et la dignité de tous dans son pays et dans sa région, il décéda à la suite d’une crise cardiaque à Rome, le 4 octobre 2000, laissant derrière lui le souci de la justice, de la paix et de l’unité de son pays. Le peuple ne pleure pas ses héros, mais il les honore.

D’après ladite résolution, la loi n° 25/057 du 23 décembre 2025 portant création de l’Ordre national prévoit notamment, à son article 7, je cite : « Le Président de la République procède à l’élévation au rang des héros nationaux sur l’initiative de l’Assemblée nationale et du Sénat, s’exprimant par voie de résolution votée à la majorité des deux tiers des membres de chacune des deux Chambres. »

Conformément à cette loi, la présente résolution tend à faire admettre la prophétesse Kimpa Vita, le prophète Simon Kimbangu, Mgr Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo, le docteur Étienne Tshisekedi wa Mulumba et Mgr Emmanuel Kataliko dans l’Ordre national des héros nationaux, en permettant au président de la République de prendre une ordonnance les élevant, à titre posthume, au rang de héros nationaux.

D’après la résolution, le héros national jouit de tous les droits et avantages prévus par la loi. Il fait partie intégrante du patrimoine national. Il est protégé par les pouvoirs publics et l’ensemble du peuple congolais. À ce titre, sa vie, ses œuvres et sa lutte sont enseignées et transmises comme un narratif national à toutes les générations, à travers les cours d’éducation à la citoyenneté et d’histoire, les médias et tout autre moyen de diffusion de l’information.

Cette réforme a été initiée à la suite des initiatives parlementaires du député national André Mbata. Après la promulgation de la loi, quelques mois plus tard, André Mbata, élu de Dimbelenge, dans la province du Kasaï-Central, avait déposé un projet de résolution portant admission, à titre posthume, de certaines personnalités historiques dans l’Ordre national des héros nationaux. Sa liste ne comprenait que Kimpa Vita, Simon Kimbangu et Étienne Tshisekedi. Deux autres personnalités religieuses ont été ajoutées.

L’adoption de ce texte à l’Assemblée nationale constitue ainsi une première étape dans le processus institutionnel visant à élargir la reconnaissance nationale à d’autres figures marquantes de l’histoire politique, religieuse et sociale du pays. La résolution est envoyée au Sénat pour le même exercice. Elle sera ensuite transmise au chef de l’État pour promulgation.

Clément MUAMBA

 


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