La position de la République démocratique du Congo sous Félix Tshisekedi à l’égard de l’État d’Israël a toujours suscité des réactions et des interrogations dans l’environnement sociopolitique et international au regard du rôle joué par Israël au Moyen-Orient, considéré par certains comme « belliciste » alors que Kinshasa, qui se montre toujours victime d’agression, n’a cessé de dénoncer le comportement du Rwanda envers la RDC.
La dernière position, qui n’est pas passée inaperçue est celle suscitée par la déclaration conjointe publiée à l’issue du séjour de travail de Félix Tshisekedi en Israël. À la suite de la rencontre à Jérusalem, mardi 1er septembre 2026, entre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président congolais Félix Tshisekedi, les deux dirigeants ont réaffirmé leur engagement commun à renforcer les relations diplomatiques entre leurs pays et à consolider davantage les liens d’amitié et de coopération qui les unissent. Kinshasa entend désormais transférer sa représentation diplomatique de Tel-Aviv à Jérusalem.
« Dans ce cadre, les deux parties entendent poursuivre les consultations en vue de l’ouverture d’une ambassade résidente de l’État d’Israël à Kinshasa et du transfert de l’ambassade de la République démocratique du Congo de Tel-Aviv à Jérusalem. La République démocratique du Congo et l’État d’Israël poursuivront leurs échanges par les voies diplomatiques appropriées afin de convenir des modalités de mise en œuvre de ces décisions », lit-on dans la déclaration conjointe.
Jean-Marc Kabund à Kabund, président de l’Alliance pour le Changement et membre du Présidium de la coalition C64, a réagi à l’annonce du transfert de l’ambassade de la République démocratique du Congo de Tel-Aviv à Jérusalem. Pour l’opposant congolais, l’amitié entre la RDC et Israël ne saurait être conditionnée au lieu d’implantation de la représentation diplomatique.
« L’amitié entre le peuple congolais et le peuple israélien est forte et ancienne : elle n’a pas besoin d’un déménagement pour exister », a-t-il réagi ce vendredi 4 septembre 2026, sur son compte X.
Kabund estime par ailleurs que la question du statut de Jérusalem ne peut être traitée comme une simple décision relevant de la volonté du pouvoir en place. L’ancien premier vice-président de l’Assemblée nationale accuse Félix Tshisekedi de privilégier une décision politique au détriment des principes du droit international et de la tradition diplomatique congolaise.
« Le statut de Jérusalem n’est pas une variable d’ajustement au gré de la volonté présidentielle. Il est encadré par le droit : en l’occurrence celui de la résolution 478 de l’Assemblée générale des Nations unies et celui de la Cour internationale de Justice de 2024. Une fois de plus, par son annonce hâtive, Félix Tshisekedi démontre qu’il n’est pas un faiseur de paix. Il traite le droit comme quantité négligeable, la souffrance des peuples comme un détail et la tradition diplomatique de notre pays comme une relique », a dénoncé Jean-Marc Kabund à Kabund.
La position de la République démocratique du Congo qui souhaite transférer sa représentation diplomatique de Tel-Aviv à Jérusalem, suscite des réactions et des interrogations, d’autant plus que les Nations unies, à travers la résolution 478 avaient demandé à tous les États de s’abstenir d’établir des missions diplomatiques à Jérusalem. En adoptant cette position, la République démocratique du Congo s’inscrit également dans la logique des États-Unis, qui avaient décidé de déplacer leur ambassade en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem.
La démarche de la RDC, qui a toujours dénoncé l’agression de son territoire par le Rwanda est perçue comme une manière pour Kinshasa de ne pas se conformer au consensus international. En effet, la communauté internationale ne reconnaît pas Jérusalem comme la capitale unilatérale d’Israël et estime que son statut définitif doit être réglé par la négociation entre Israéliens et Palestiniens en conflit depuis plusieurs décennies autour notamment du contrôle et du statut des territoires.
Alors que la résolution 478 des Nations unies condamne l’annexion de Jérusalem-Est par Israël et refuse de reconnaître la « loi fondamentale » proclamant Jérusalem comme capitale indivisible de l’État hébreu, la position de la RDC est une nouvelle fois interprétée comme une reconnaissance implicite de la souveraineté israélienne sur l’ensemble de la ville. Dans le même temps, la grande majorité des pays ainsi que l’Union européenne estiment que Jérusalem a vocation à devenir la capitale de deux États, Israël et la Palestine, dans le cadre d’un règlement négocié du conflit.
Il ne s’agit pas de la première rencontre entre Félix Tshisekedi et les dirigeants israéliens. Au mois de novembre de l’année dernière, lors de sa visite de travail à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, le président israélien Isaac Herzog avait été reçu en tête-à-tête à la Cité de l’Union africaine par son homologue congolais Félix Tshisekedi. Une visite que le chef de l’État congolais avait qualifiée d’« historique », car elle marquait le retour d’Israël en RDC après quarante ans d’absence. Selon Félix Tshisekedi, le dernier chef d’État israélien à avoir foulé le sol congolais, alors Zaïre, n’était autre que le père de l’actuel président israélien, Isaac Herzog.
Cette première visite du président Isaac Herzog en RDC s’inscrivait dans la volonté d’Israël de renforcer sa présence diplomatique et économique en Afrique et de consolider la coopération bilatérale avec Kinshasa. Ce déplacement à Kinshasa venait également consolider les relations personnelles entre les présidents Herzog et Tshisekedi, qui s’étaient déjà rencontrés en 2021 à Jérusalem et en janvier 2025 à Davos, en Suisse.
Lors de ces différentes rencontres, les deux dirigeants s’étaient toujours montrés favorables à l’élargissement du partenariat entre leurs pays dans divers domaines liés au développement national. Pour Israël, son amitié avec la République démocratique du Congo est tout à fait unique et particulière. Selon son président, elle puise également ses racines dans l’amour de la Bible et dans une même volonté d’avancer sur la voie du développement et d’agir pour le bien au sein de la communauté des nations.
Clément MUAMBA