La Coalition de l’Article 5 (C5) accueille favorablement l’annonce du Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État faite par le président Félix-Antoine Tshisekedi. Dans une allocution prononcée à Lubumbashi, le coordonnateur de cette plateforme, Caleb Banza, salue particulièrement le format annoncé, qui prévoit des consultations à la base dans les 26 provinces avant la tenue des assises nationales à Kinshasa.
Pour la C5, cette approche constitue une rupture avec les précédents forums politiques, souvent perçus comme des espaces de négociation et de partage de pouvoir entre acteurs politiques.
« Pendant soixante-six ans, dans ce pays, on a parlé du peuple, on a signé au nom du peuple, on a partagé le pouvoir sur le dos du peuple. Le 27 août, quelque chose a changé. Cette fois, le peuple parlera le premier », a déclaré Caleb Banza.
La Coalition de l’Article 5 estime que la consultation des populations dans les provinces et les territoires doit permettre de placer les préoccupations des citoyens au centre du processus.
La C5 salue un « format inédit »
Selon Caleb Banza, la particularité du processus annoncé par le chef de l’État réside dans la volonté de consulter d’abord la population à la base, avant l’organisation des assises nationales.
« Le format annoncé dépouille les calculs égoïstes et rappelle une vérité simple : dans ce pays, aucun homme n’est supérieur à un autre, aucun avis politique ne prime sur un autre, et le peuple demeure le seul véritable patron », a-t-il soutenu.
La C5 dit ainsi prendre acte de la décision du président de la République de soumettre son initiative aux préoccupations exprimées directement par les différentes couches sociales.
Mais pour Caleb Banza, cette démarche crée également une obligation pour le pouvoir : celle de respecter fidèlement les conclusions issues des consultations.
« Il sera jugé sur une seule chose : que la parole recueillie soit honorée, même lorsqu’elle bousculera les calculs de son propre camp politique », a-t-il prévenu.
« Une annonce n’est pas un acte », prévient la Coalition
Tout en saluant l’initiative présidentielle, la C5 se refuse à accorder un blanc-seing au processus. La coalition annonce une vigilance particulière sur la manière dont les consultations seront organisées sur le terrain.
« Que nul ne s’y trompe : la voix de la C5 n’est ni un feu vert ni un accord aveugle. Elle est une vigilance militante. Une annonce n’est pas un acte », a insisté Caleb Banza.
La plateforme attend notamment la mise en place du comité d’organisation et entend suivre les modalités pratiques des consultations provinciales.
Elle appelle par ailleurs les gouverneurs et les responsables politiques provinciaux à garantir la liberté de parole des populations.
« Laissez la population s’exprimer librement, dire ses craintes, ses défis, ses ambitions et ses attentes, sans la moindre contrainte ni manipulation », a lancé le coordonnateur de la C5.
Pour lui, toute consultation organisée sous pression ou orientée par les autorités ne pourrait refléter la volonté réelle de la population.
« Une consultation sous contrainte est un mensonge d’État. Ce pays n’appartient pas aux autorités, qui passent ; il appartient au peuple, qui demeure », a-t-il martelé.
La C5 interpelle le gouvernement sur Washington et Doha
L’autre point soulevé par Caleb Banza concerne la participation de l’opposition armée au futur processus de dialogue.
Le chef de l’État ayant renvoyé cette question aux processus de Washington et de Doha, la C5 demande davantage de transparence sur les négociations en cours, notamment celles impliquant le gouvernement et l’AFC/M23.
« À ce jour, ces tractations demeurent opaques pour le peuple au nom duquel on négocie. Qui siège à ces tables ? Quels en sont les tenants et les aboutissants ? Où en sont réellement les discussions ? », s’est interrogé Caleb Banza.
La C5 invite ainsi le gouvernement de la République et l’AFC/M23 à communiquer davantage sur l’évolution de ces processus.
La coalition précise qu’elle ne prendra sa position définitive sur l’inclusivité de l’opposition armée qu’après avoir obtenu les éclaircissements qu’elle réclame.
Aux acteurs politiques qui rejettent le dialogue : « la chaise vide n’a jamais parlé »
Alors qu’une partie de la classe politique congolaise exprime déjà des réserves ou rejette le processus avant même sa mise en œuvre, la C5 appelle les différents acteurs à ne pas se retirer du débat.
« La chaise vide n’a jamais parlé pour personne. Si vous croyez que le peuple est avec vous, n’ayez pas peur d’affronter son regard », a déclaré Caleb Banza.
La coalition affirme ne pas vouloir juger les intentions des différents protagonistes, mais plutôt évaluer les actes posés dans le cadre du processus.
Elle dit également vouloir rester indépendante des différentes forces politiques.
« Nous ne sommes ni le marchepied d’un camp politique, ni la caution d’un régime. Nous ne reconnaissons qu’une seule légitimité : celle du peuple, inaliénable et imprescriptible », a affirmé le coordonnateur de la C5.
« Notre silence prend fin maintenant »
Dans son allocution, Caleb Banza appelle enfin les Congolais à saisir l’opportunité offerte par les consultations annoncées pour faire entendre leurs préoccupations.
La C5 encourage les citoyens à préparer leurs propositions et à participer au processus « dans le respect des lois de la République ».
« Notre patience n’a jamais été un consentement ; notre silence prend fin maintenant », a-t-il déclaré.
À la communauté internationale, la Coalition de l’Article 5 demande également d’accompagner le processus tout en veillant à ce que la population congolaise soit effectivement placée au centre des discussions.
Pour Caleb Banza, une paix durable en RDC ne pourra être construite sans l’adhésion réelle de la population.
« Une paix négociée sans le peuple demeure, par nature, une paix fragile », a-t-il conclu.
À travers cette prise de position, la C5 affirme donc soutenir le principe du dialogue national annoncé par le chef de l’État, tout en se réservant le droit d’en surveiller étroitement la mise en œuvre. Pour cette coalition, la réussite du processus dépendra moins des déclarations politiques que de la capacité des organisateurs à faire de la parole des Congolais la véritable base des futures assises nationales.
José Mukendi