RDC: une frange de l’opposition mécontente après le report de la marche de la C64

Conférence de presse de C64
Conférence de presse de C64

A la demande de principales confessions religieuses, qui ont arraché l’organisation d’un dialogue national inclusif au terme d’un échange avec le chef de l’Etat mercredi à Kinshasa, la coalition article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64) a finalement décidé de reporter sa marche du mercredi 22 juillet, qui devait exiger la démission de Félix Tshisekedi de ses fonctions de président de la République pour « trahison de son serment constitutionnel ». Mais une frange de l’opposition, pour la plupart en exil, n’approuve pas cette annonce du présidium de la C64.

Le premier à exprimer sa grogne contre cette déclaration, c’est Seth Kikuni. En exil depuis le début de l’année, il a directement écarté la C64 de la dynamique capable de faire le contrepoids au pouvoir de Kinshasa, créditant “Sauvons la RDC” de Joseph Kabila pour « mettre fin à la tyrannie de Tshisekedi ».

« Il n'y a qu'une seule opposition non armée en RDC : Sauvons la RDC. C'est à cause de cela qu'elle compte le plus grand nombre de prisonniers et exilés politiques. Même leurs passeports confisqués ne sont jamais restitués. C'est Sauvons la RDC qui mettra fin à la tyrannie de Tshisekedi », écrit l’opposant sur X.

José Makila, ex ministre et député national, a également mal accueilli le report de la marche du 22 juillet, dont il qualifie l’annonce de « désillusion » pour la grande mobilisation qui se tramait, du « recule » et du « maintien du statu quo » plutôt qu’à son « renversement » dans la perception de beaucoup.

« Le peuple congolais n’a pas besoin d’une opposition qui multiplie les annonces avant de battre en retraite. Il a besoin d’une opposition qui tient parole et assume ses responsabilités lorsque l’histoire l’appelle », déclare-t-il, avant présenter, comme Seth Kikuni, Sauvons la RDC comme « le véritable mouvement de l’opposition » à même d’affronter « la tyrannie qui se consolide ».

Députée nationale pour le compte d’Ensemble pour la République de Moïse Katumbi, membre du présidium de la C64, Dominique Munongo n’a pas caché sa déception. Elle se demande tout haut « s’il y a des arrangements obscurs en coulisse ».

« La population avait mis tant d’espoir sur le C64. C’est tout simplement pathétique », déplore ce parlementaire.

« C64 joue et Tshisekedi gagne »

C’est la première phrase de Félix Kabange Numbi, ancien ministre, au sujet de la marche suspendue de la C64, qui a par ailleurs rappelé le sort réservé à la loi référendaire par la cour constitutionnelle, convaincu que celle-ci sera jugée recevable. Sur X, il estime, comme ses pairs, que seul Sauvons la RDC peut s’opposer au régime de Félix Tshisekedi.

« Nous demandons au peuple de se désolidariser de la coalition C64 »

Pour avoir cru jusqu’à la fin en la ténacité des leaders de la C64, Laurent Onyemba, avocat et cadre d’Ensemble pour la République, s’est déchaîné contre cette coalition de l’opposition, dont il a appelé à la dissolution, insinuant que plusieurs agendas ne peuvent concilier.

« La dynamique ne sera plus jamais la même. Nous demandons au peuple de se désolidariser de la coalition C64 », écrit-il, tout en rappelant que cette plateforme était plutôt créée pour s’opposer au changement de la constitution et non pour un dialogue.

Les membres du présidium de la C64, qui étaient en réunion de plusieurs heures lundi, ont justifié cette décision par la volonté de la coalition de l’opposition d’accorder à Kinshasa la chance d’organiser le dialogue national inclusif jusqu’au 15 août prochain, avant de reprendre les actions de rue. Ils indiquent que ce nouveau report constitue un « geste de responsabilité » et ne saurait être interprété comme un renoncement à la défense de l'ordre constitutionnel ni comme un affaiblissement de sa détermination. La coalition réaffirme par ailleurs son opposition à toute remise en cause de la Constitution, rappelant qu'en vertu des articles 70 et 220, nul ne peut exercer plus de deux mandats à la tête de l'État.

Dans l’entretemps, la C64 dit maintenir l’ensemble de ses structures, qui sont au pays et à la diaspora, en état de mobilisation d’alerte maximale.

Samyr LUKOMBO