Plusieurs partenaires de la RDC engagés dans les initiatives diplomatiques visant à mettre fin à la crise sécuritaire qui secoue l'Est du pays souhaitent le déploiement sur le terrain, dans les plus brefs délais, de la première mission du Mécanisme conjoint élargi de vérification du cessez-le-feu (EJVM+), alors que les combats dans l'Est de la République démocratique du Congo s'intensifient entre l’armée et la rébellion de l’AFC/M23. C'est dans ce contexte que Kinshasa a désigné trois officiers des FARDC, complétant ainsi une équipe mixte composée également de représentants de l'AFC/M23, de la MONUSCO et de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL).
Alors que l'annonce d'un dialogue inclusif par le président de la République, Félix Tshisekedi, à l'issue de sa rencontre avec les responsables des confessions religieuses, avait suscité des interrogations sur l'avenir du processus de Doha, conduit sous l'égide de l'État du Qatar pour tenter de résoudre la crise opposant le gouvernement de la République démocratique du Congo à la rébellion de l'AFC/M23, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a tenu à dissiper ces inquiétudes lors d'un briefing de presse vendredi 17 juillet.
Interrogé par la presse sur une éventuelle suspension, voire un arrêt du processus de Doha, le ministre s'est montré catégorique : « Ce n'est pas suspensif. » Cette intervention a également été l'occasion pour Patrick Muyaya d'évoquer ce qu'il a qualifié de « progrès » sur le terrain, notamment dans la mise en œuvre du mécanisme de vérification du cessez-le-feu et du processus d'échange de prisonniers entre Kinshasa et la rébellion de l'AFC/M23.
« Certains de nos officiers se trouvent à Goma dans le cadre de cette mission pour la mise en place du mécanisme de vérification du cessez-le-feu. », a déclaré Patrick Muyaya.
Conformément à la résolution 2808 (2025), qui prolonge le mandat de la Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo jusqu'au 20 décembre 2026, la MONUSCO est autorisée à appuyer la mise en œuvre du cessez-le-feu permanent ainsi que du mécanisme de vérification convenu entre les parties à Doha, notamment en apportant un soutien logistique et technique.
Aux termes de cette résolution, la principale zone d'opérations de la MONUSCO demeure le Nord-Kivu et l'Ituri, après son retrait du Sud-Kivu en 2024. Cette dernière province reste pourtant confrontée aux affrontements entre les forces gouvernementales et leurs alliés, d'une part, et la rébellion de l'AFC/M23, soutenue par le Rwanda, d'autre part.
Si le déploiement de la mission de vérification du cessez-le-feu ne devrait pas poser de difficultés au Nord-Kivu, la situation est différente au Sud-Kivu. Lors d'une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies consacrée à la situation en RDC tenue le 26 juin 2026, plusieurs intervenants ont rappelé la nécessité d'obtenir l'autorisation préalable du Conseil avant tout déploiement de la MONUSCO au Sud-Kivu.
Au nom de la Chine, l'ambassadeur Fu Cong a insisté sur le respect du mandat de la MONUSCO.
« La Chine a toujours soutenu la MONUSCO dans l'exercice du mandat que lui a confié le Conseil de sécurité et appelle les parties à lever, dans les plus brefs délais, les restrictions imposées à la Mission afin de permettre la mise en œuvre du cessez-le-feu. Conformément à son mandat, la MONUSCO devrait utiliser ses capacités existantes pour fournir un appui logistique et technique au Mécanisme conjoint élargi de vérification du cessez-le-feu (EJVM+) de la CIRGL. S'agissant du Sud-Kivu, une approbation préalable du Conseil de sécurité est indispensable », a indiqué l’ambassadeur chinois.
La Russie, un autre membre permanent du Conseil de sécurité, a défendu une position similaire. Sa chargée d'affaires auprès des Nations unies, Anna Evstigneeva, a rappelé les limites fixées par la résolution 2808.
« La MONUSCO est appelée à jouer un rôle indispensable. Toutefois, les modalités de la participation des casques bleus sont strictement encadrées par la résolution 2808. Au regard des combats qui se poursuivent, il est impensable d'élargir le mandat de la Mission. Toute modification importante de sa participation à la surveillance du cessez-le-feu, notamment un éventuel déploiement au Sud-Kivu, doit être examinée par le Conseil de sécurité », a-t-elle déclaré.
Poursuivant son intervention, elle a ajouté :
« Nous le répétons : une décision du Conseil de sécurité est indispensable. Les tentatives d'interprétation arbitraire de la résolution 2808, notamment dans le cadre de l'adoption du budget de la Mission, ne conduiront à rien de positif. La priorité doit rester la préservation d'une coopération constructive avec le Conseil de sécurité sur le dossier congolais. »
Dans ce contexte, alors que le Mécanisme conjoint élargi de vérification du cessez-le-feu affiche presque complet, une question demeure : pourra-t-il également être déployé au Sud-Kivu sans une autorisation explicite du Conseil de sécurité des Nations unies ? Cette interrogation reste au cœur des débats. Face à la dégradation persistante de la situation sécuritaire, de nombreux observateurs estiment qu'il devient urgent que le Conseil de sécurité se prononce afin de permettre le déploiement de la mission de vérification dans cette province, d'autant plus que l'opérationnalisation dudit mécanisme coïncide avec le mandat de la RDC à la présidence tournante du Conseil de sécurité durant le mois de juillet.
Créé dans le cadre du processus de Doha sous l'égide de l'État du Qatar, le Mécanisme conjoint élargi de vérification du cessez-le-feu (EJVM+) a pour mission de surveiller l'application du cessez-le-feu, d'enquêter sur les violations signalées et d'en rendre compte. L'Union africaine, le Qatar et les États-Unis y participent en qualité d'observateurs.
Formalisé lors des pourparlers de Montreux (Suisse) en avril dernier, ce mécanisme vise à assurer une surveillance conjointe du respect de la trêve entre Kinshasa et la rébellion de l'AFC/M23. Son déploiement effectif, marqué par l'arrivée récente d'officiers congolais à Goma, intervient toutefois dans un contexte où les deux parties continuent de s'accuser mutuellement de violations du cessez-le-feu.
Clément MUAMBA