L'ONG Human Rights Watch (HRW) a accusé jeudi les forces de sécurité de la République démocratique du Congo d'avoir fait un usage excessif de la force lors de la dispersion d'une manifestation de l'opposition le 12 juin à Kinshasa, affirmant également qu'elles n'avaient pas protégé les manifestants contre des attaques attribuées à la Force du Progrès, un groupe présenté comme lié au parti présidentiel.
Dans un rapport publié jeudi, l'organisation affirme que la police a utilisé des gaz lacrymogènes et des matraques pour empêcher des membres de la Coalition Article 64 (C64), opposée à un projet de loi susceptible de prolonger le mandat du président Félix Tshisekedi, de tenir un sit-in devant le Palais du Peuple, siège du Parlement.
Selon HRW, des membres de la Force du Progrès ont également attaqué les sièges de plusieurs partis d'opposition puis pris pour cible les manifestants, sans intervention des forces de sécurité. L'ONG dit avoir vérifié des vidéos montrant des militants lançant des pierres et d'autres projectiles, tandis que des policiers tiraient des grenades lacrymogènes.
L'organisation indique avoir interrogé 38 personnes, dont 15 membres de la C64 blessés lors des événements et sept membres de la Force du Progrès. Selon HRW, plusieurs de ces derniers ont affirmé avoir été mobilisés par des responsables du principal parti au pouvoir, l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), afin d'empêcher la manifestation, certains évoquant également des promesses d'argent.
Human Rights Watch affirme avoir documenté des blessures chez plus d'une dizaine de manifestants, parmi lesquels des responsables de l'opposition, dont Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et Ados Ndombasi. La Commission nationale des droits de l'homme (CNDH) a par ailleurs fait état de l'arrestation de plusieurs dizaines de manifestants.
Les autorités congolaises ont condamné les violences. Le ministre de la Justice, la CNDH et le parquet général près la Cour de cassation ont ouvert des démarches pour établir les responsabilités, une enquête judiciaire ayant été annoncée le 19 juin.
L'UDPS a, de son côté, déposé le 22 juin une plainte devant la Cour de cassation contre des personnes accusées d'avoir usurpé le nom de la Force du Progrès pour commettre des violences. Interrogé par Human Rights Watch le 3 juillet, le secrétaire général du parti, Augustin Kabuya, a assuré que l'UDPS n'avait jamais envoyé quiconque commettre de tels actes et a évoqué l'existence d'une « fausse Force du Progrès » cherchant à ternir l'image du parti.
Human Rights Watch appelle les autorités congolaises à mener une enquête « indépendante et impartiale » afin d'établir les responsabilités et de poursuivre les auteurs des violences, quelle que soit leur appartenance politique.