Sondage Ebuteli-GeoPoll : Trésor Kibangula décrypte le paradoxe entre pessimisme national et popularité présidentielle

Les militants UDPS brandissant un calicot de soutien à Tshisekedi
Les militants UDPS brandissant un calicot de soutien à Tshisekedi/Ph. ACTUALITE.CD

Invité mercredi du Space animé par Stanis Bujakera Tshiamala pour décortiquer le dernier sondage Ebuteli-GeoPoll, le chercheur Trésor Kibangula s'est longuement expliqué sur l'un des résultats les plus commentés de l'enquête : la coexistence d'un pessimisme majoritaire sur la trajectoire du pays (58%) avec une popularité présidentielle au sommet (86% d'opinions favorables pour Félix Tshisekedi).

D'emblée, le chercheur d'Ebuteli a invité à la prudence méthodologique. « Un sondage n'est pas une élection. Ce n'est pas encore un référendum », a-t-il rappelé, précisant qu'il s'agit d'« une photographie qu'on a essayé de capter de l'opinion publique » à un instant donné, en l'occurrence avril 2026, avant même l'émergence de la coalition d'opposition C64. 

Il a également tenu à préciser qu'Ebuteli « n'est pas un institut de sondage » mais s'appuie sur des partenaires spécialisés, Berci, Ipsos ou, cette fois, l'américain GeoPoll, via des entretiens téléphoniques dont il reconnaît les limites, tout en les jugeant « aujourd'hui la seule façon d'avoir une idée de ce que pensent les Congolais à un moment donné ».

Sur le fond, Kibangula a préféré parler de « paradoxe » plutôt que de contradiction. Il a souligné que les mêmes Congolais qui jugent sévèrement la trajectoire du pays « continuent majoritairement à préférer la démocratie » et « font confiance à certaines institutions comme les médias, les FARDC ». Selon lui, ces résultats montrent « une opinion publique beaucoup plus nuancée que ce que les discours politiques laissent souvent entendre », qu'il s'agisse du pouvoir ou de l'opposition, chacun prétendant parler au nom du peuple.

Le chercheur a mis en avant un mécanisme qu'il qualifie de « déresponsabilisation » : « les Congolais sanctionnaient plus la trajectoire personnelle » d'un dirigeant, en cas de scandale de corruption par exemple, que l'institution qu'il dirige, « comme si les Congolais faisaient la distinction entre l'institution qui peut être considérée comme mal en point et la personne qui dirige l'institution ». Interrogé sur le caractère empirique de cette explication, il a reconnu qu'il s'agissait à ce stade d'une « analyse qualitative » de son équipe, précisant que des focus groupes seraient nécessaires « pour essayer de comprendre un peu ce que ces chiffres-là disent » avant toute publication plus poussée.

Kibangula a par ailleurs avancé une explication politique à la popularité présidentielle, évoquant la capacité du chef de l'État à imposer, depuis la campagne de 2023, des « discours souverainistes face à la guerre, face à l'agression ». Selon lui, ce narratif, qui présente le président comme animé de bonne volonté mais entravé par des obstacles extérieurs, hier Joseph Kabila, aujourd'hui « cette rébellion soutenue par le Rwanda », a largement remporté « la bataille de l'opinion publique » depuis trois ans, faute d'un contre-narratif suffisamment audible de la part d'une opposition confrontée, selon lui, à un rétrécissement de l'espace public et à l'exil de plusieurs de ses figures, régulièrement taxées d'être « anti-patrie » ou « proches du Rwanda ».