Face aux inquiétudes exprimées par près de 70 organisations de défense de l'environnement et des droits humains concernant une éventuelle levée du moratoire sur l'attribution de nouvelles concessions forestières industrielles, la ministre de l'Environnement, Développement durable et Nouvelle Économie du Climat, Marie Nyange Ndambo, a tenu à rassurer l'opinion publique en rejetant catégoriquement ces allégations.
Intervenant lors du briefing presse organisé mardi 7 juillet 2026 avec son collègue, le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya, sur les réformes en cours dans le secteur de l'environnement, Marie Nyange Ndambo a estimé que les critiques formulées reposaient sur des hypothèses sans fondement. La ministre affirme mesurer pleinement les enjeux liés à la préservation des forêts congolaises ainsi que leurs implications à l'échelle mondiale.
« Les gens doivent éviter de faire des supputations dans le vide. Vraiment des supputations dans le vide. Jusqu'à écrire des mémos dans le vide. Quel est le document que le ministère a émis qui déroge au moratoire ? Il n'y en a pas. Donc moi, en tant que forestier de formation, je connais l'importance des forêts. Je connais leur importance et je connais les implications de leur disparition. Je connais les conséquences, non seulement pour la République démocratique du Congo, mais également pour le monde entier. Je ne peux donc pas, à mon niveau de connaissance, être aussi inconsciente » a-t-elle déclaré.
La ministre assure qu'aucune décision n'a été prise pour remettre en cause le moratoire en vigueur et rappelle avoir personnellement bloqué plusieurs projets d'exploitation forestière depuis sa prise de fonctions.
« Soyez tranquilles, il n'y a pas de levée du moratoire. Depuis que je suis arrivée, j'ai mis de côté plusieurs projets d'exploitation forestière. J'ai toujours avec moi les cartes fournies par la Direction des Inventaires et Aménagements Forestiers (DIAF), qui permettent de voir les zones où la pression sur les forêts est la plus forte et où les coupes ont été les plus importantes » a-t-elle fait remarquer.
Concernant la poursuite de certaines exploitations, elle précise qu'elles relèvent de contrats conclus avant son arrivée au ministère.
« Les coupes continuent parce que certaines personnes ont obtenu leurs contrats avant. Ce sont des droits acquis. Je ne peux pas aujourd'hui arriver et dire : "Vous ne pouvez plus couper." On nous taxerait d'être un pays qui ne respecte pas le droit et qui ignore les droits des entreprises. Mais moi, depuis que je suis là, je n'ai signé aucun document allant dans ce sens » a rassuré la ministre.
Marie Nyange Ndambo réaffirme que la stratégie du gouvernement repose sur la valorisation économique des forêts à travers le marché carbone, plutôt que sur leur exploitation industrielle.
« Soyez donc vraiment rassurés : les forêts de la RDC vont apporter des ressources dans le cadre du marché carbone. Nous allons garder nos forêts debout, parce que c'est lorsqu'elles sont debout que nous pourrons tirer des ressources du marché carbone. Si nous les bradons en allant couper les forêts de manière désordonnée, nous ne pourrons plus bénéficier de ces ressources » a-t-elle soutenu.
La ministre souligne que cette vision est portée conjointement avec la ministre déléguée en charge de la Nouvelle Économie du Climat.
« Au ministère de l'Environnement, je ne travaille pas seule. J'ai avec moi la ministre déléguée en charge de la Nouvelle Économie du Climat. La mise en œuvre de cette stratégie se fera ensemble, parce que nous tenons à faire avancer ce secteur, qui est très important, voire vital, pour notre pays et pour le monde » a-t-elle ajouté.
Il sied de rappeler que, dans une lettre ouverte adressée à la Première ministre de la République démocratique du Congo, Judith Suminwa Tuluka, une coalition regroupant près de 70 organisations de défense de l'environnement et des droits humains, parmi lesquelles Greenpeace, appelle le gouvernement à maintenir le moratoire sur l'attribution de nouvelles concessions forestières industrielles.
Les organisations estiment que les conditions juridiques nécessaires à une suspension ou à une levée de ce moratoire ne sont toujours pas réunies. Elles mettent en garde contre les conséquences qu'une telle décision pourrait entraîner, notamment une dégradation accrue des écosystèmes du Bassin du Congo, une multiplication des conflits fonciers ainsi qu'une remise en cause des droits des communautés locales et des peuples autochtones qui dépendent des ressources forestières.
La coalition souligne par ailleurs que l'exploitation forestière industrielle génère, selon elle, des retombées économiques limitées. Elle plaide en faveur d'alternatives axées sur le développement de la foresterie communautaire, la réforme foncière et le renforcement de la gouvernance du secteur forestier
Clément MUAMBA