Retrait des troupes rwandaises : Kigali conditionne, dénonce et contre-attaque

Les combattants du M23 à Kibumba
Les combattants du M23 à Kibumba

Dans un entretien accordé à France 24, le ministre rwandais des Affaires étrangères Olivier Nduhungirehe a rejeté toute idée de retrait immédiat de ses troupes de l'est de la RDC, conditionné ce retrait à la neutralisation des FDLR par Kinshasa et dénoncé la partialité croissante des États-Unis dans leur rôle de médiateur

Les troupes rwandaises ne quitteront pas l'est de la République démocratique du Congo. C'est, en substance, le message délivré par le ministre rwandais des Affaires étrangères sur France 24, en réponse directe à la demande formulée par le secrétaire d'État américain Marco Rubio devant le Congrès, qui avait exprimé l'espoir d'un retrait d'ici la mi-juillet.

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Le ministre a d'emblée recadré les termes du débat. Pour lui, les États-Unis n'ont adressé aucun ultimatum à Kigali. « Marco Rubio a dit j'espère que ce sera mi-juillet. Ce n'est pas un ultimatum », a-t-il précisé, avant de retourner l'argument : c'est le Rwanda qui aurait pris l'initiative en soumettant un chronogramme concret pour accélérer la mise en œuvre du CONOPS, le Plan conjoint des opérations, accord bilatéral liant Kigali et Kinshasa sur les questions sécuritaires.

Aux termes de ce dispositif, le Rwanda s'engage à lever ses mesures de défense tandis que la RDC doit neutraliser les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), groupe armé d'opposition rwandais actif dans l'est du Congo. Or, selon le ministre, « rien, absolument rien » n'a été fait par Kinshasa pour honorer cette obligation. La conclusion est sans appel : tant que les FDLR ne seront pas neutralisées, les troupes rwandaises resteront en place.

Le chef de la diplomatie rwandaise a également invoqué les déclarations récentes de Marco Rubio lui-même pour étayer son argumentation. Le 5 juin dernier devant le Congrès américain, le secrétaire d'État avait salué les efforts du Rwanda dans la mise en œuvre de ses obligations, sans formuler de critique comparable à l'égard de Kinshasa. Puis, vendredi, il avait explicitement par Massad Boulos, relevé que le gouvernement congolais n'avait pas neutralisé les FDLR. « Il n'y a pas le moindre commencement d'application des obligations congolaises », a martelé le ministre.

C'est sur la question des sanctions que le ton s'est durci. Washington a en effet pris une série de mesures coercitives ciblant exclusivement le Rwanda : des sanctions contre de hauts commandants militaires en mars, puis, il y a quelques jours, contre la principale raffinerie d'or du pays. Le Trésor américain accuse les militaires rwandais et le M23 d'avoir acheminé soixante kilogrammes d'or depuis le début de l'année 2026.

Pour le ministre, cette asymétrie est révélatrice. « Les Américains disent qu'il y a un accord entre deux parties mais qu'il n'y a qu'un seul fautif : le Rwanda. C'est une contradiction flagrante », a-t-il dénoncé. Il a tenu à préciser que le Rwanda agissait par « engagement national » et non sous la contrainte des sanctions, une réponse directe à la suggestion que les mesures américaines auraient infléchi le comportement de Kigali.

Au-delà du fond, c'est la neutralité même des États-Unis que le ministre a remise en question. « Nous sommes déçus par la partialité de plus en plus évidente du médiateur américain. Ce n'est plus un médiateur neutre », a-t-il affirmé, sans développer les « autres raisons » qui expliqueraient, selon lui, ce biais. Une formulation sibylline qui laisse entendre que des intérêts extérieurs à l'accord de paix pourraient peser sur la position de Washington.

L'entretien illustre l'impasse dans laquelle se trouve le processus de paix : chaque partie renvoie à l'autre la responsabilité du blocage, tandis que le médiateur censé arbitrer voit désormais sa neutralité ouvertement contestée par l'un des belligérants.

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