Sanctions américaines contre une raffinerie d’or rwandaise et un réseau lié à l’AFC/M23 : Zénon Mukongo appelle à renforcer les mesures pour « éviter toute récidive et mettre fin à l’impunité »

Conseil de sécurité de l'ONU
Conseil de sécurité de l'ONU

La République démocratique du Congo (RDC) a une nouvelle fois dénoncé l’exploitation illégale des ressources minières de l’Est du pays devant le Conseil de sécurité des Nations unies à New York, aux États-Unis d’Amérique. Intervenant vendredi 26 juin, l’ambassadeur de la RDC auprès de l’ONU, Zénon Mukongo Ngay, a salué les récentes mesures prises par certains partenaires internationaux, notamment les États-Unis d’Amérique, contre les réseaux impliqués dans le commerce illicite des minerais.

D’après l’Office de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du département du Trésor américain, des sanctions ont été imposées à un réseau accusé d’agir de concert avec le Mouvement du 23 mars (M23), soutenu par le Rwanda, afin de faciliter le transfert illégal de minerais provenant de l’Est de la RDC vers le Rwanda. L’OFAC note également que la raffinerie d’or Gasabo Gold LTD (Gasabo Gold) est devenue un partenaire clé des autorités rwandaises et des rebelles du M23 dans l’approvisionnement et le transport de l’or extrait dans l’Est de la République démocratique du Congo.

"Ma délégation a pris note avec satisfaction des mesures adoptées par certains partenaires internationaux, en particulier les États-Unis d'Amérique, qui viennent de sanctionner un vaste réseau rwandais impliqué dans la contrebande et le commerce illicite de minerais pillés dans l'Est de la République démocratique du Congo et transférés au Rwanda", a déclaré le diplomate congolais.

Selon lui, ces sanctions visant notamment une raffinerie d’or rwandaise ainsi que d’autres entités accusées de soutenir l’AFC/M23 dans la déstabilisation de la région constituent un signal important." Ces mesures méritent d'être soutenues et renforcées afin de décourager toute récidive et de mettre fin à l'impunité"a-t-il insisté.

L’ambassadeur congolais a également affirmé que ces décisions internationales confortent les alertes lancées depuis plusieurs années par Kinshasa sur le rôle des minerais dans le financement des violences armées dans l’Est du pays.

"Ces mesures confirment ce que la République démocratique du Congo dénonce depuis longtemps : les minerais pillés dans l'est financent la guerre", a-t-il déclaré

Évoquant le cas de Rubaya, une zone minière stratégique du Nord-Kivu, Zénon Mukongo Ngay a affirmé que cette région représente " environ 15 % de la demande mondiale de tantale ". Il a également avancé que "plus de 120 tonnes de coltan par mois auraient été acheminées vers le Rwanda entre mai et octobre 2024 ", générant "environ 800 000 dollars par mois au profit du M23".

Pour le représentant congolais à l'ONU, ce phénomène dépasse largement le cadre d’un simple trafic minier. "Ce n'est pas un commerce parallèle. C'est une économie de guerre", a-t-il martelé.

Face à cette situation, la RDC appelle le Conseil de sécurité à adopter une approche plus globale sur le lien entre ressources naturelles, conflits et sécurité internationale. Il a appelé à la mise en place d’outils renforcés en matière de traçabilité, de sanctions, de diligence raisonnable et de responsabilité afin d’empêcher que les ressources naturelles ne continuent à alimenter les conflits armés.

"Mais cette question dépasse le seul cas de la République démocratique du Congo. Elle révèle un vide normatif au sein du Conseil de sécurité. Le lien entre ressources naturelles, paix, sécurité et prospérité ne peut plus être traité uniquement au cas par cas. Il doit faire l'objet d'une approche transversale, avec des outils concrets de traçabilité, de sanctions, de diligence raisonnable et de responsabilité", a soutenu le diplomate congolais.

L’Office de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du département du Trésor américain a imposé des sanctions à un réseau agissant de concert avec le Mouvement du 23 mars (M23), soutenu par le Rwanda, accusé de faire passer illégalement des minerais de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) vers le Rwanda.

Selon l’administration américaine, cette mesure s’inscrit dans le cadre des Accords de Washington pour la paix et la prospérité, négociés sous l’égide des États-Unis et signés le 4 décembre 2025 par les dirigeants de la RDC et du Rwanda. Elle réaffirme leur engagement à mettre en œuvre un cadre d’intégration économique régionale visant à développer le commerce et les investissements, à renforcer la transparence des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques et à poser les bases d’une croissance économique durable dans toute la région.

Le M23, désigné comme groupe armé par les États-Unis et les Nations unies, a, selon Washington, commis de nombreuses violations des droits humains et continue de compromettre les efforts de paix régionaux. Le contrôle et le trafic de minerais illicites qui lui sont attribués alimenteraient directement ses opérations de déstabilisation et aggraveraient la crise humanitaire en RDC. Les États-Unis se présentent comme un partenaire clé de la RDC et du Rwanda dans la mise en œuvre des Accords de Washington, négociés sous l’impulsion du président américain Donald Trump, avec pour objectif d’instaurer une paix durable et d’établir un secteur minier régional pleinement légal et transparent.

Pour Washington, il est indispensable de démanteler les réseaux de trafic de minerais de conflit et d’encourager tous les acteurs de la chaîne d’approvisionnement à faire preuve d’une plus grande vigilance. Cette approche doit permettre à la RDC, au Rwanda et à leurs partenaires de bâtir un nouveau système capable de renforcer la paix, de stimuler la croissance économique des populations de la région et de contribuer à la sécurisation des chaînes d’approvisionnement mondiales.

Clément MUAMBA