La Chine a appelé au renforcement des efforts diplomatiques afin de mettre fin à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Cette position a été exprimée vendredi 26 juin 2026 par Fu Cong, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire et représentant permanent de la République populaire de Chine auprès des Nations unies, lors d’une séance publique du Conseil de sécurité consacrée à la situation en République démocratique du Congo.
Dans son intervention, le diplomate chinois a insisté sur la nécessité de privilégier le dialogue entre les différentes parties prenantes au conflit. La Chine a notamment encouragé le gouvernement congolais et le Mouvement du 23 mars (M23) à poursuivre les discussions afin de parvenir à un accord dans le cadre du processus de Doha, mené sous l’égide de l’État du Qatar.
"Nous devons soutenir fermement une solution politique. La récente reprise du processus de Doha en Suisse est encourageante. Nous encourageons le gouvernement de la République démocratique du Congo et le Mouvement du 23 mars à poursuivre le règlement de leurs différends par la négociation et à parvenir au plus vite à un consensus sur les protocoles restants", a recommandé le représentant de la Chine auprès de l'ONU.
Selon Pékin, le règlement durable de la crise dans l’Est de la RDC nécessite une implication accrue des acteurs régionaux et internationaux.
"La résolution des problèmes régionaux exige les efforts et le soutien des pays de la région. La communauté internationale devrait soutenir le rôle central de l'Union africaine dans le processus de paix au Congo oriental et appuyer les Nations Unies, l'Union africaine et les organisations sous-régionales dans le renforcement de leur coordination et la création de synergies en vue de bâtir un cadre régional de sécurité et économique ouvert, inclusif et mutuellement avantageux", a ajouté le diplomate Chinois.
Appel à l’application immédiate du cessez-le-feu
Le représentant chinois a également exprimé sa préoccupation face à la poursuite des affrontements malgré les engagements pris. " Un cessez-le-feu global doit être mis en œuvre immédiatement" a-t-il insisté. D’après lui, "le cessez-le-feu dans l’Est du Congo n’est pas appliqué comme prévu, la confiance mutuelle entre les parties au conflit fait défaut et les combats se poursuivent". Il a appelé les acteurs concernés à respecter pleinement la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations Unies, à mettre fin aux hostilités et à protéger les populations civiles.
Fu Cong a également rappelé l’importance du respect du droit international humanitaire, soulignant que "tous les pays doivent respecter pleinement les embargos sur les armes applicables et honorer leurs engagements en matière de cessez-le-feu et de cessation des hostilités".
La Chine a par ailleurs réaffirmé son attachement au respect de la souveraineté congolaise. "La souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo doivent être pleinement respectées" a-t-il déclaré.
Soutien à la MONUSCO
Abordant le rôle de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), le diplomate chinois a appelé à garantir les conditions nécessaires à l’accomplissement de son mandat.
"Il est essentiel de garantir l’exécution effective des missions de la MONUSCO", a-t-il déclaré, rappelant que la Chine "a toujours soutenu la MONUSCO dans l’accomplissement de son mandat au Conseil de sécurité".
Fu Cong a appelé les parties concernées à lever rapidement les restrictions imposées à la mission onusienne afin qu’elle puisse contribuer davantage aux efforts de paix. Il a indiqué que, dans le contexte actuel, la MONUSCO devrait soutenir la mise en œuvre du cessez-le-feu et apporter un appui logistique et technique aux mécanismes régionaux de surveillance. Concernant les opérations de grande ampleur envisagées au Sud-Kivu, il a estimé qu’elles devraient être menées dans le respect des procédures du Conseil de sécurité des Nations Unies c'est-à-dire selon lui, au préalable solliciter l'approbation du Conseil de sécurité de l'ONU
Cette intervention de Pékin intervient alors que les efforts diplomatiques se poursuivent pour tenter de stabiliser l’Est de la RDC et parvenir à une issue politique durable au conflit. En date du 15 novembre 2025, Kinshasa et le M23 ont signé à Doha une feuille de route devant ouvrir la voie à un accord de paix dans l’Est de la RDC. Ce texte, soutenu par Washington, le Qatar et l’Union africaine, fixe huit protocoles à négocier en urgence.
L’Accord-cadre repose sur huit protocoles thématiques, considérés comme un condensé des principales problématiques au cœur de la crise :
(1) le mécanisme de libération des prisonniers, signé le 14 septembre 2025 ;
(2) le mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu, signé le 14 octobre 2025 ;
(3) l’accès humanitaire et la protection judiciaire ;
(4) la restauration de l’autorité de l’État, les réformes institutionnelles et la gouvernance participative ;
(5) les arrangements sécuritaires intérimaires ainsi que le DDR (Désarmement, Démobilisation et Réinsertion) ;
(6) les questions liées à l’identité, la citoyenneté, au retour et à la réinstallation des réfugiés et déplacés ;
(7) la relance économique et la réhabilitation des services sociaux de base ;
(8) la justice, la vérité et la réconciliation.
Si deux protocoles ont déjà été signés sans être exécutés, les six autres, qui devraient faire l’objet de discussions techniques afin d’en définir les modalités précises d’exécution, les échéances et les engagements réciproques des parties signataires, restent jusqu’à ce jour au point mort. En dépit des rencontres d’évaluation qui se sont succédé de Doha à Montreux, aucune avancée concrète n’a encore été enregistrée, une situation qui favorise davantage la poursuite des hostilités sur le terrain.
Clément MUAMBA