Des vuvuzelas et des sifflets ont retenti ce vendredi 26 juin à l’École primaire 1 Kingabwa, dans la commune de Limete, à Kinshasa. À travers une caravane qui les a conduits jusqu’au Point Chaud, des élèves en situation de handicap ont voulu porter un message : celui de l’urgence d’une école accessible à tous.
L’initiative, organisée par la coordination des écoles des villages Bondeko sous le slogan « Tirer la sonnette », s’inscrit dans une campagne de sensibilisation consacrée à l’inclusion scolaire. Le thème retenu cette année est : « Garantir l’inclusion scolaire des enfants handicapés : un engagement pour l’avenir de la RDC ».
Pour Martin Lusambila, responsable de l’ONG Parousia, l’inclusion des enfants en situation de handicap dans le système éducatif demeure un défi majeur.
« Nous voulons que les enfants ayant un handicap ou pas puissent apprendre à vivre ensemble. C’est l’enjeu principal, mais cela ne sera possible que lorsque toute la communauté comprendra que le handicap est une question de société », affirme-t-il.
Selon lui, les obstacles restent nombreux : discrimination, stigmatisation, manque d’infrastructures adaptées ou encore insuffisance de formation des enseignants.
« Un enseignant qui ne maîtrise pas la langue des signes ne pourra pas accompagner correctement un enfant sourd. Celui qui ne connaît pas l’écriture Braille aura des difficultés avec un enfant non voyant », explique-t-il._

Malgré la gratuité de l’enseignement primaire décrétée en RDC, plusieurs enfants en situation de handicap restent encore éloignés de l’école en raison de ces barrières. Martin Lusambila appelle les autorités éducatives à renforcer les mesures d’accessibilité afin que l’école soit réellement ouverte à tous.
« La RDC a réalisé des avancées avec la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées, l’adoption d’une loi organique et la création d’un ministère chargé des personnes vivant avec handicap. Il faut désormais une mobilisation de toutes les parties prenantes pour garantir une éducation accessible, du primaire à l’université », insiste-t-il.

Pour certains parents, l’école inclusive représente une véritable opportunité de transformation. Une mère d’un élève du village Bondeko témoigne du changement observé chez son enfant depuis son inscription dans cet établissement.
« Avant, j’avais honte de l’envoyer ici. J’ai essayé les écoles ordinaires, mais cela ne fonctionnait pas. Une directrice m’a orientée vers Bondeko et, depuis, il y a un changement notable », raconte-t-elle.
Elle souligne notamment les progrès réalisés dans l’autonomie de son enfant. « Avant, je le lavais encore alors qu’il avait 12 ans. Aujourd’hui, il fait plusieurs choses seul et ses résultats scolaires se sont améliorés », ajoute-t-elle.
Pour l’abbé Pierre Mavakala, coordinateur des villages Bondeko, le principal obstacle n’est pas le handicap, mais les limites imposées par la société. « Ce n’est pas à la personne handicapée de s’adapter à la société. C’est plutôt à la société de créer les mécanismes d’accessibilité qui permettent à l’enfant handicapé d’accéder à la classe et de participer pleinement à la vie scolaire », soutient-il.

Financée par le Lilian Fonds, l’activité s’est achevée par une remise symbolique de chaises roulantes à quelques enfants en situation de handicap. Un geste destiné à faciliter leur mobilité et à renforcer leur accès à l’éducation.
César Olombo