Une délégation des présidents des Assemblées provinciales de la République démocratique du Congo a été reçue, mardi 23 juin 2026, par le président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge. Selon la cellule de communication de la Chambre haute du Parlement, cette rencontre s'inscrit dans le cadre des consultations préparatoires à la session extraordinaire qui sera organisée au sein des deux chambres du Parlement, à savoir l'Assemblée nationale et le Sénat. En tant qu'émanation des provinces, le Sénat entend ainsi s'imprégner des difficultés auxquelles sont confrontés les organes délibérants provinciaux dans leur fonctionnement.
S'exprimant au nom du collectif, Papy Mantezolo, président de l’Assemblée provinciale du Kongo Central, a exprimé l'espoir que l'implication du Sénat puisse contribuer à l'amélioration de la situation. La délégation a également profité de l'occasion pour remettre officiellement au président du Sénat une invitation à participer, en qualité de panéliste, à la session extraordinaire de la Conférence des présidents des Assemblées provinciales, prévue du 6 au 10 juillet prochain.
"La Conférence des présidents des assemblées provinciales va organiser une session extraordinaire du 6 au 10 juillet de cette année et le président du Sénat est l’un des panélistes qui devrait y intervenir. Nous sommes venus lui remettre officiellement l’invitation", a déclaré devant la presse Papy Mantezolo au sortir de l’audience.
Au-delà de cette invitation, les échanges ont porté sur plusieurs préoccupations majeures auxquelles sont confrontées les provinces. Parmi elles figurent notamment les arriérés de salaires et les émoluments des députés provinciaux, ainsi que les rapports entre les assemblées provinciales et le gouvernement central.
"Nous avons pensé que les assemblées provinciales ont beaucoup de problèmes et que le Sénat, qui nous représente au niveau national, devait s’imprégner, entre autres, du dossier concernant les arriérés des salaires, les émoluments des assemblées provinciales, mais aussi de la relation qui existe entre assemblées provinciales et gouvernement central", a-t-il expliqué.
Le président de l’Assemblée provinciale du Kongo Central a également soulevé la question de l’autonomie des provinces consacrée par la Constitution. Selon lui, les interventions récurrentes du ministère de l’Intérieur dans le fonctionnement des assemblées provinciales méritent davantage de clarification.
"Il faut se rendre compte que chaque semaine, au moins, nous recevons un message officiel du ministre de l’Intérieur. Pourtant, les assemblées provinciales sont régies par la Constitution, qui reconnaît l’autonomie de gestion et administrative des provinces. Par conséquent, cette corrélation entre le ministère de l’Intérieur et les assemblées provinciales devait être éclairée. C’est ce que nous avons échangé avec le président du Sénat", a-t-il souligné.
La rencontre a également permis d’aborder le débat autour d’une éventuelle révision constitutionnelle. À ce sujet, Papy Matiezolo a insisté sur le poids institutionnel des assemblées provinciales dans l’architecture politique du pays.
"Les assemblées provinciales constituent un corps de 780 députés provinciaux. À elles seules, elles sont plus nombreuses que l’Assemblée nationale et le Sénat réunis. C’est donc une donnée que l’on ne peut pas négliger et qui doit être prise en compte", a-t-il affirmé.
Selon lui, les élus provinciaux entendent jouer pleinement leur rôle dans les réflexions relatives à l’avenir institutionnel du pays, mais aussi dans les efforts de sensibilisation et de préservation de la stabilité nationale.
"Nous avons échangé sur la contribution que peuvent apporter les assemblées provinciales, sur la sensibilisation que nous pouvons mener et sur l’accompagnement que nous pouvons apporter pour la stabilité de notre pays, surtout avec la guerre dans l’Est de la RDC" a ajouté le président de l’Assemblée provinciale du Kongo Central.
En République démocratique du Congo, depuis l'entrée en vigueur de la Constitution de 2006, les assemblées provinciales font face à d'importants défis qui entravent leur bon fonctionnement. Il s'agit notamment de contraintes institutionnelles, financières et politiques. À cela s'ajoutent des interférences du ministère de l'intérieur et des tensions récurrentes avec les gouvernements provinciaux dirigés par les gouverneurs de province.
Généralement, ces difficultés, qui freinent l'action des institutions provinciales et compromettent parfois le développement local, s'articulent autour de plusieurs problématiques majeures notamment des ressources financières. Malgré les multiples interventions et appels à l'apaisement du chef de l'État en vue d'améliorer la collaboration entre les différents acteurs institutionnels, la situation peine à évoluer de manière significative.
Ce climat persistant de tensions et de dysfonctionnements pousse une partie de l'opinion publique et de la classe politique à relancer le débat sur l'efficacité du processus de décentralisation en RDC, certains allant jusqu'à s'interroger sur un éventuel échec du modèle instauré par la Constitution de 2006.
Clément MUAMBA