Célébrée le 16 juin de chaque année, la Journée de l’Enfant africain de cette année, marquant sa 36ᵉ édition, a eu pour thème officiel : "Garantir l’accès universel à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène pour chaque enfant en Afrique". Cette journée vise à mettre en lumière les droits des enfants ainsi que leurs conditions de vie.
En République démocratique du Congo (RDC), plus précisément à Kinshasa, au-delà des activités gouvernementales, un Forum national de redevabilité et de plaidoyer multiacteurs sur l’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement pour les enfants en RDC s’est tenu jeudi 18 juin 2026 dans la salle Makutano de l'hôtel Sultani à Kinshasa.
Cette rencontre a été organisée avec l’accompagnement de World Vision RDC, une organisation humanitaire chrétienne active dans le pays depuis 1984. Elle œuvre dans la lutte contre la pauvreté et intervient dans plusieurs provinces du territoire national à travers des actions axées notamment sur la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau potable, l’éducation et la protection de l’enfance.
Le forum a réuni plusieurs acteurs étatiques, des partenaires techniques et financiers, des organisations de la société civile ainsi que des représentants des enfants venus porter un message fort : l’urgence d’agir pour garantir à chaque enfant congolais un accès équitable à l’eau potable, aux infrastructures sanitaires et à un environnement sain.
Prenant la parole au nom des enfants de la République démocratique du Congo, Arsène, enfant parlementaire et vice-président du Parlement des enfants Nkama (Nsele) a livré un plaidoyer empreint d’émotion et d’un appel à l’action. Les enfants ont dénoncé les difficultés quotidiennes auxquelles ils sont confrontés en raison du manque d’accès à l’eau potable et aux infrastructures d’assainissement.
" Nous, enfants de la République démocratique du Congo, nous prenons aujourd’hui la parole, non pas pour réciter une leçon, mais pour vous parler avec notre cœur. Nous sommes ici pour partager notre réalité, une réalité difficile, une réalité que nous vivons chaque jour à la maison, à l’école et parfois dans la maladie. Nous en avons assez de marcher des kilomètres pour chercher de l’eau qui nous rend malades, assez de vivre sans toilettes, sans dignité et sans sécurité. Assez de voir nos frères et sœurs quitter l’école faute d’eau propre. Assez d'avoir peur de tomber malades à cause de maladies que l'on peut pourtant éviter. Arsène, s’exprimant au nom des enfants de la République, a dénoncé : « Nous sommes encore des enfants, mais nous avons déjà vu et ressenti trop de choses.
Selon lui, l’objectif mondial lié à l’Objectif de développement durable numéro 6, qui vise l’accès universel à l’eau potable et à l’assainissement, ne doit pas rester une simple promesse.
" Trop de nos camarades sont absents parce qu'ils sont malades ou parce qu'ils reviennent plus, une promesse encore plus loin de la réalité. Nous entendons parler de l’ODD 6, de l’eau propre et des toilettes pour tous d’ici 2030, mais 2030 c’est bientôt. Et pourtant, aujourd’hui encore, l’eau est souvent sale, l’eau est rare et l’eau est chère dans nos écoles, nos villages et nos communautés, il n'ya parfois même pas de latrines, parfois, il n'ya rien. Savez vous ce que signifie pour une fille d'attendre la nuit pour aller faire ses besoins dans la nature sans sécurité ? Savez-vous ce que celà signifie pour un enfant de boire l'eau d'une rivière utilisée par tous, même par les animaux ? Nous, nous le savons et nous ne pouvons plus accepter que les bonnes politiques restent dans les bureaux pendant que notre réalité ne change pas ", a-t-il martelé lors de son intervention.

Les enfants demandent des actes concrets
Poursuivant le plaidoyer, Miradie, vice-présidente du Parlement des enfants du Kongo Central, a affirmé que les enfants ne sont pas venus uniquement dénoncer, mais proposer des solutions.
" Aujourd’hui, nous venons agir. Aujourd’hui, nous ne venons pas pleurer, nous venons parler, avec respect, mais aussi avec force, pas par colère, mais par amour, pour notre vie, pour notre avenir, pour notre pays", a-t-elle déclaré en complément de son collègue.
Les représentants des enfants ont formulé plusieurs recommandations aux autorités publiques, notamment le renforcement du financement du secteur de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement (WASH), l’intégration du WASH dans les projets de développement, ainsi que la garantie que chaque école dispose d’eau, de latrines et de savon. Ils ont également insisté sur la nécessité d’améliorer les conditions d’hygiène dans les centres de santé, de renforcer l’application des politiques existantes et d’associer davantage les enfants aux décisions qui concernent leur avenir.
" Nous avons des idées et nous connaissons nos réalités. Le temps passe et chaque jour sans action est un enfant de plus en danger. Alors, aujourd'hui, nous vous lançons un appel simple :agissez maintenant, pas demain, pas plus tard, maintenant pour nous et pour tous les enfants de la RDC. Notre rêve est d'avoir un pays où chaque enfant boit de l'eau propre, utilise des toilettes dignes, grandit en bonne santé et peut rêver librement de son avenir. Nous n'avons pas de pouvoir mais nous avons une voix, et aujourd'hui, nous l'utilisons, nous avons assez entendu, nous voulons les actes "ont-ils plaidé dans leur message
Le CNE promet de transmettre la voix des enfants
Réagissant à ce plaidoyer, Jean Mulumba Kubayi, coordonnateur national du Conseil national de l’Enfant (CNE) en République démocratique du Congo, a salué l’engagement des enfants et assuré que leurs recommandations seront transmises aux autorités compétentes. Pour le représentant du ministère du genre, famille et enfant, garantir l’accès à l’eau potable et à des conditions d’hygiène dignes constitue un investissement dans l’avenir du pays.
"Je me suis entretenu avec Madame la ministre afin que les recommandations formulées aujourd’hui puissent lui être transmises par vous-mêmes les enfants, parce que vous êtes les mieux placés pour porter votre message. C’est votre mois, c’est votre période. Garantir à chaque enfant l’accès à l’eau potable et à des conditions d’hygiène dignes, c’est lui offrir la possibilité de grandir en bonne santé, d’apprendre dans des conditions décentes et de vivre à l’abri des violences. C'est ainsi que nous bâtirons ensemble un avenir meilleur pour notre République", a fait savoir le responsable du CNE.
Jean Mulumba Kubayi a également évoqué la question de la participation des enfants dans les mécanismes de décision, notamment la mise en place du Parlement des enfants.
" Je sais également que la question de la place de l'enfant dans la prise de décision a été évoquée ici avec insistance. Madame la Première ministre nous a recommandé, et c'est une demande expresse parce qu'il s'agit d'un de ses engagements, de mettre en place le Parlement des enfants. Je vous le confirme ici et je tiens à vous rassurer: il ne s'agit pas d'un changement de Constitution, nous avons simplement besoin de recadrer certaines choses. Vous accomplissez un travail remarquable. Désormais, il faut l'institutionnaliser. Et cela fait partie des priorités du gouvernement, il faut mettre en place un cadre approprié"a-t-il indiqué dans sa communication
Et d'ajouter :
" Lorsque nous sommes arrivés aux responsabilités, nous avons voulu nous assurer qu'aucun enfant ne soit laissé de côté. Nous devons tenir compte de cette nouvelle répartition des compétences. C'est ce qui explique le temps nécessaire à ce processus. Mais soyez rassurés : que ce soit sur la table de Madame la Première ministre, sur celle de Madame la Ministre du Genre ou auprès de nos partenaires, la question du Parlement des enfants est bel et bien prise en compte. Le Chef de l'État lui-même suit cette question avec attention. Vous serez bientôt informés des prochaines étapes ".
Il a précisé que cette démarche fait partie des priorités inscrites dans la feuille de route et le plan opérationnel de mise en œuvre de la Politique nationale de l’enfant.
" Une politique ne vaut que par sa mise en œuvre. C’est pourquoi nous comptons sur la mobilisation de tous : l’État, les partenaires, la société civile, les communautés ainsi que les enfants eux-mêmes afin de transformer cette ambition en actions concrètes et durables. L'implication active des enfants, l'implication active de tous les ministères sectoriels et de l'ensemble des acteurs concernés est essentielle", a-t-il fait savoir.
Et d'ajouter :
" Le Conseil national que je dirige a dressé la table afin que chacun puisse y prendre place et que nous puissions concourir ensemble à la mise en œuvre de cette politique nationale de l'Enfant : un engagement du gouvernement de la République. Je pense que la table qui nous est dressée aujourd'hui est une opportunité. Elle nous permet de prendre ensemble cette responsabilité afin que les générations futures puissent bénéficier des résultats de notre engagement".
World Vision RDC renouvelle son engagement pour les enfants
Pour le représentant de World Vision RDC, la Journée de l’enfant africain représente un rappel de la responsabilité collective envers les droits et le bien-être des enfants. Il a salué la mobilisation des enfants à travers le Parlement des enfants.
" Votre engagement, votre leadership et votre capacité à vous mobiliser pour défendre vos droits sont une source d’inspiration pour nous tous. Vous démontrez que les enfants ne sont pas seulement des bénéficiaires, mais aussi des acteurs clés de leur propre changement ", a-t-il déclaré.
Présente dans près de cent pays à travers le monde, World Vision œuvre pour le bien-être durable des enfants vulnérables. En RDC, l’organisation intervient depuis plus de quarante ans en collaboration avec le gouvernement, les communautés et les partenaires. Ses actions couvrent notamment la santé, la nutrition, l’éducation, la protection de l’enfance, les moyens de subsistance ainsi que le secteur WASH.
" L’accès à l’eau potable et à des services d’assainissement adéquats est indispensable pour réduire les maladies hydriques, améliorer la fréquentation scolaire et préserver la dignité des communautés ", a souligné son représentant.
Il a rappelé que de nombreux enfants congolais parcourent encore de longues distances à la recherche de l’eau, souvent au détriment de leur scolarité. World Vision poursuit notamment son appui à la construction et à la réhabilitation des infrastructures d’eau potable, à travers les forages, les sources aménagées et d’autres solutions adaptées aux réalités locales.
Un appel collectif à l’action
Au terme du forum, un message commun s’est dégagé : l’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement n’est pas seulement une question de développement, mais un droit fondamental de chaque enfant.
" Les enfants sont le présent et l’avenir de notre pays leur garantir l’accès à l’eau potable, c’est leur offrir la possibilité de grandir en bonne santé, d’apprendre et de réaliser pleinement leur potentiel. World Vision renouvelle donc son engagement à travailler aux côtés de tous les acteurs afin de faire de cette vision une réalité", a-t-il rassuré dans son mot de circonstance.
En République démocratique du Congo (RDC), cette commémoration se déroule dans un contexte marqué par des avancées dans le domaine de l’éducation, notamment avec la gratuité de l’enseignement, malgré d’importants défis qui restent à relever. Elle intervient également dans un environnement caractérisé par de fortes vulnérabilités liées à la pauvreté et aux conflits armés, marqués par l’activisme des groupes armés locaux et étrangers, ainsi que par l’agression rwandaise à travers la rébellion de l’AFC/M23, exposant davantage les enfants en RDC à des difficultés multiples.
Clément MUAMBA