RDC–Ouganda : le député Robert Agenong’A adresse une question d’actualité à la Première ministre sur les exactions contre les pêcheurs congolais des lacs Albert et Édouard

Le député national Robert Agenong’A
Le député national Robert Agenong’A

Le député national Robert Agenong’A a adressé une question d’actualité au Gouvernement congolais au sujet de la situation sécuritaire, humanitaire et économique qui prévaut sur les lacs Albert et Edward. Dans une correspondance particulièrement détaillée, datée du 8 mai, l’élu de Mahagi dénonce des exactions graves subies par les communautés de pêcheurs congolais, met en cause l’application des accords bilatéraux entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda, et interpelle les autorités sur la gestion du projet régional LEAF II financé par la Banque africaine de développement.

Des accusations graves sur le lac Albert

Dans son exposé des motifs, le député rappelle que les lacs Albert et Édouard constituent des espaces économiques vitaux pour les populations riveraines de l’Ituri et du Nord-Kivu, où la pêche représente, avec l’agriculture, la principale source de revenus des ménages.

Cependant, selon les témoignages recueillis auprès des pêcheurs des territoires de Mahagi, Djugu et Irumu, plusieurs centaines de pêcheurs congolais auraient perdu la vie au cours des cinq dernières années. Ces décès seraient survenus lors d’opérations attribuées à des éléments des forces de sécurité ougandaises opérant sur le lac Albert, notamment la Fish Protection Unit (FPU), une unité rattachée à l’armée ougandaise.

L’élu de Mahagi évoque des cas de tirs à balles réelles, de noyades et de disparitions inexpliquées. Il affirme également que des pêcheurs congolais auraient été arrêtés en eaux congolaises puis transférés en Ouganda, où certains auraient été jugés et emprisonnés par des juridictions ougandaises.

Des pratiques d’extorsion dénoncées

Au-delà des violences attribuées aux forces ougandaises, le député dénonce aussi des pratiques d’extorsion qui seraient exercées par certains éléments des forces navales et terrestres déployées du côté congolais.

Selon les informations rapportées dans sa question d’actualité, des paiements informels de plusieurs centaines de dollars seraient exigés quotidiennement pour accéder au lac. Des amendes illégales variant entre 1 500 et 3 000 dollars américains par embarcation seraient également imposées aux pêcheurs interpellés, sous peine de saisie de leurs filets et équipements.

Ces pratiques auraient profondément fragilisé l’économie locale des communautés de pêcheurs et privé l’État de recettes fiscales importantes.

Les localités citées incluent notamment Kolokoto, Agudi, Ubongwa, Wii Kidi, Aruko, Adjii et Pajulu dans la chefferie des Wagongo, ainsi que Muzugu, Kaswa, Kalingwa, Ndawe, Ndaru, Ther Arabi, Muswa, Musekere et la cité de Kasenyi.

Le projet LEAF II au centre des interrogations

Le député Robert Agenong’A soulève également des préoccupations sur la mise en œuvre du Projet multinational d’aménagement intégré des pêcheries et des ressources en eau des lacs Edward et Albert (LEAF II), financé par la Banque africaine de développement.

Ce projet régional, clôturé en décembre 2021, devait permettre :

* le développement et la gestion durable des ressources halieutiques ;

* la gestion intégrée des ressources en eau ;

* le renforcement de la coopération régionale et des mécanismes de gouvernance.

Or, selon ce député, plusieurs activités prévues du côté congolais seraient restées inachevées ou partiellement exécutées. Il cite notamment :

* les procédures opérationnelles standardisées des patrouilles conjointes ;

* les comités locaux de gestion des pêcheries ;

* les infrastructures de débarquement ;

* les mécanismes de gestion des plaintes ;

* les programmes de moyens de subsistance alternatifs.

Une plainte déjà examinée par la BAD

Le député rappelle qu’en novembre 2021, une plainte avait été déposée auprès du Mécanisme indépendant de recours de la Banque africaine de développement par l’organisation ougandaise Twerwaneho Listeners Club.

Dans son rapport publié en juin 2023, ce mécanisme avait conclu à plusieurs manquements liés notamment :

* à l’absence de consultation suffisante des communautés ;

* à l’insuffisance des mesures de protection des moyens de subsistance ;

* à la faible prise en compte des questions de genre ;

* aux risques de violences et de représailles contre les plaignants.

Selon Robert Agenong’A, les conséquences observées du côté congolais seraient « au moins équivalentes, sinon plus graves ».

Une série de questions adressées à la Première ministre

Dans sa démarche parlementaire, l’élu de Mahagi demande notamment à la Cheffe du Gouvernement :

* de clarifier la nature juridique des accords RDC–Ouganda sur la cogestion des lacs ;

* de transmettre à l’Assemblée nationale les textes des accords et les rapports des patrouilles conjointes ;

* de préciser le cadre juridique du déploiement des Forces navales des FARDC sur les lacs Albert et Édouard;

* de communiquer le nombre exact de pêcheurs tués, arrêtés ou détenus en Ouganda ;

* d’indiquer les démarches diplomatiques engagées auprès de Kampala ;

* d’expliquer les mesures prises après le rapport du mécanisme indépendant de la BAD ;

* de détailler l’état réel d’exécution du projet LEAF II ;

* d’ouvrir éventuellement une enquête indépendante sur les allégations d’exactions et d’extorsions.

Un appel à une réponse urgente de l’État

Estimant que la situation constitue une urgence humanitaire, sécuritaire et économique, le député appelle le Gouvernement à agir rapidement afin de restaurer la sécurité sur les lacs, protéger les pêcheurs congolais et garantir une gestion transparente des ressources halieutiques.

À travers cette initiative parlementaire, Robert Agenong’A remet au centre du débat national la question de la souveraineté congolaise sur les espaces lacustres partagés avec l’Ouganda, mais également celle de la gouvernance sécuritaire et économique des zones de pêche en Ituri et dans l’Est de la RDC.