Le Groupe de contact international (GCI) pour les Grands Lacs, réunissant des représentants de la Belgique, du Danemark, de l’Union européenne, de la France, de l’Allemagne, des Pays-Bas, de la Suède, de la Suisse, du Royaume-Uni et des États-Unis, s’est réuni à Stockholm les 20 et 21 mai 2026, avec un seul point à l’ordre du jour : la situation sécuritaire dans la région des Grands Lacs, marquée par la poursuite des hostilités entre les forces gouvernementales et la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, causant davantage de morts et de déplacés dans cette partie de la RDC.
Tout en saluant les progrès accomplis dans le cadre des Accords de Washington entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, ainsi que de l’Accord-cadre de Doha entre la République démocratique du Congo et l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), et en rappelant qu’il n’existe pas de solution militaire à cette crise vieille de trois décennies dans l’Est de la RDC, cette organisation souligne l’importance d’un processus politique inclusif, estimant qu’il est essentiel de créer les conditions d’un " dialogue interconfédéré inclusif avec tous les acteurs congolais clés", qu’elle considère comme un élément indispensable à une paix durable en République démocratique du Congo.
"Le GIC rappelle l’importance de créer les conditions d’un dialogue interconfédéré inclusif avec tous les acteurs congolais clés – élément indispensable à une paix durable en RDC – et se félicite des consultations entreprises par la République d’Angola. L’ICG exhorte toutes les parties au conflit à tirer parti de cette dynamique, à honorer leurs engagements au titre de ces accords et des précédents, et à persévérer dans leur quête de paix par la négociation. L’ICG réaffirme qu’il ne saurait y avoir de solution militaire à ce conflit", ont-ils déclaré dans la déclaration rendue publique à l'issue de la réunion.
Près d'une semaine après le séjour à Luanda, en Angola d’une délégation de la République démocratique du Congo conduite par Sumbu Sita Mambu, haut représentant du chef de l’État chargé du suivi de la feuille de route de Luanda et des organisations économiques régionales, ainsi qu’Adolphe Lumanu, coordonnateur adjoint de la Cellule Desk Grands Lacs, porteurs d’un message de Félix Tshisekedi à son homologue João Lourenço, l’Angola a transmis à Kinshasa sa position au sujet du dialogue intercongolais.
D’après le ministère angolais des Affaires étrangères, ce message a été transmis au chef de l’État congolais ce mercredi 20 mai. Toutefois, Luanda n’a pas dévoilé le contenu de cette position dans un contexte où les appels pressants au dialogue national ne cessent de se multiplier en vue de soutenir les initiatives diplomatiques internationales, qui peinent à produire les résultats escomptés sur le terrain.
Pour parvenir à une solution pacifique au conflit en RDC, la République d’Angola a été chargée d’engager des consultations avec toutes les parties congolaises concernées afin de créer les conditions d’un dialogue intercongolais inclusif.
La partie angolaise précise que les consultations susmentionnées ont eu lieu et que les avis ainsi que les points de vue des différentes parties congolaises consultées ont été compilés dans une proposition de Feuille de route pour un dialogue intercongolais inclusif ainsi que dans le Cadre de référence correspondant. Ces documents ont été officiellement remis au président Félix Tshisekedi à Kinshasa, le 7 mars 2026.
Les positions des acteurs politiques congolais demeurent fortement divergentes. Le pouvoir défend un dialogue encadré, piloté par les institutions de la République, excluant toute remise en cause de l’ordre constitutionnel ainsi que toute forme d’impunité. À l’inverse, une large frange de l’opposition non armée rejette un dialogue conduit par le pouvoir et estime qu’il ne peut être crédible que sous l’égide du tandem formé par la CENCO et l’ECC, à l’origine d’une feuille de route commune pour un dialogue national. Cette opposition qualifie d’ailleurs régulièrement le schéma présidentiel de « simulacre de dialogue ».
Les confessions religieuses, en particulier la CENCO et l’ECC, défendent une approche inclusive du dialogue, tout en affirmant que l’inclusivité ne saurait signifier l’impunité. Elles évoquent la mise en place de mécanismes de justice transitionnelle et appellent à l’organisation rapide d’un dialogue, afin d’éviter l’enracinement des groupes armés dans les zones occupées. D’autres acteurs de la société civile soulignent, à l’instar de responsables associatifs, que le dialogue « n’est pas une blanchisserie », tout en reconnaissant la nécessité d’un cadre de concertation pour sortir de l’impasse.
À ce stade, le dialogue national n’a toujours pas été convoqué. Les initiatives diplomatiques parallèles, notamment les processus de Washington et de Doha, progressent sur le plan politique, mais sans résultats tangibles sur le terrain, où la situation sécuritaire demeure dégradée dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Le mandat confié à l’Angola apparaît ainsi comme la principale séquence opérationnelle en cours, dans un contexte de méfiance persistante et de divergences profondes entre les acteurs congolais.
Clément MUAMBA