Le neuvième round des discussions entre les délégués du gouvernement de la République démocratique du Congo et ceux de la rébellion de l’AFC/M23 n’a pas permis de faire avancer la question relative à la réouverture de l’aéroport international de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu. C’est ce qu’a révélé, mercredi 22 avril devant la presse, Benjamin Mbonimpa, secrétaire permanent de l’AFC/M23 et l’un des négociateurs du mouvement dans le processus de Doha.
Dans son compte-rendu fait à la presse locale des discussions de Doha, tenues cette fois-ci à Montreux, en Suisse, ce haut cadre de la rébellion, appuyée par le Rwanda, affirme que ce sont les autorités de Kinshasa qui sont à l’origine de la fermeture de l’aéroport de Goma, et non son mouvement. Le négociateur rebelle indique également que son organisation plaide pour la réouverture de cette infrastructure stratégique dans l’est de la RDC.
"Pour l’ouverture de l’aéroport de Goma, tout est entre les mains de Kinshasa. C’est Kinshasa qui avait fermé l’aéroport de Goma. Il avait fermé l’espace aérien. Avez-vous entendu dire qu'il a ouvert l’espace aérien ?", s'est interrogé Benjamin Mbonimpa, secrétaire permanent de l’AFC/M23 devant la presse en présence des cadres et membres du mouvement.
La réouverture de l’aéroport de Goma est conditionnée, d’après Mbonimpa, au respect de certaines exigences techniques. Il affirme que cette infrastructure a été détruite par les FARDC avant leur retrait de la ville, et qu’elle ne se résume aujourd’hui qu’à une simple piste. Il dit mal comprendre que des exigences soient adressées à son mouvement, alors que l'AFC/M23 n’est pas responsable de cette situation.
"Il y a trois dimensions dans cette histoire: il y a d’abord, la dimension technique. Tout a été pillé avant que les FARDC quittent Goma, elles ont dévalisé l'aéroport, tout pillé, tout saccagé et donc l'aéroport est une simple piste, même trouée par les bombes, l'aéroport a été miné, donc il faut penser aussi au déminage, ça, c'est sur le plan technique. La tour de contrôle ne fonctionne plus, rien ne fonctionne, alors pourquoi demander à l'AFC/M23 de faire quelque chose dont elle n'est pas responsable et dont elle n'est pas opposée. Les premières personnes à avoir demandé l'ouverture de l'aéroport de Goma, c'est l'AFC/M23”, a indiqué Benjamin Mbonimpa, secrétaire permanent de l’AFC/M23.
Par ailleurs, il a révélé que la question de l’aéroport de Goma ainsi que celle des banques devaient être examinées lors des discussions de Montreux, en Suisse. Toutefois, à la dernière minute, les délégués de Kinshasa auraient changé d’avis. Il a affirmé que son mouvement reste disposé à aborder toutes ces questions, dans l’intérêt du bien-être des populations congolaises.
"Eux mêmes à Montreux, c'est Kinshasa qui a demandé que et les questions des banques et de l'aéroport de Goma soient travaillées ensemble, nous attendons quand est-ce qu'on va avoir un programme pour travailler et discuter sur l'ouverture de l'aéroport, nous ne sommes pas opposés, il faut qu'ils viennent, qu'on travaille, qu'on voit les modalités techniques, sécuritaires parce que c'est aussi l'aspect sécuritaire. Ne vont-ils pas utiliser le même aéroport pour faire encore des mauvaises choses sur nos populations? C'est ce que nous craignons aussi mais on doit avoir des garanties, avec la garantie de la médiation et de la communauté internationale, tout le monde doit participer pour qu'on puisse faire avancer l'ouverture de l'aéroport, nous ne sommes pas opposés, au contraire nous sommes demandeurs", a-t-il indiqué.
En février dernier à Goma, devant la commissaire européenne Hadja Lahbib, puis face à la presse, Corneille Nangaa, le coordonnateur politique de la rébellion avait assuré que les « premiers demandeurs » de la réouverture étaient les autorités présentes à Goma, c’est-à-dire son mouvement. Si l’aéroport reste fermé, avait-il expliqué, c’est en raison de « contraintes d’ordre sécuritaire, technique et surtout administrative ». Il avait regretté que les partenaires internationaux « aient toujours toqué à la mauvaise porte », en s’adressant à Paris, à Kinshasa ou en évoquant Kigali, alors que, selon lui, les « autorités gardiennes » du site se trouvent à Goma. Signe d’une inflexion, l’AFC/M23 dit désormais accepter « le principe » de discussions sur le processus d’ouverture, « en tenant compte des contraintes » liées à l’espace qu’il contrôle.
Cette évolution rhétorique intervient dans un contexte diplomatique dense. Le 30 octobre 2025, à Paris, la France et le Togo avaient co-organisé une conférence de soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands Lacs. Deux annonces majeures en étaient sorties : la mobilisation de 1,5 milliard d’euros d’aide, dont 850 millions d’euros de financements humanitaires d’urgence déjà décaissés selon le Quai d’Orsay, et la réouverture humanitaire de l’aéroport de Goma. Pour Emmanuel Macron, cette réouverture devait constituer « un signal concret et attendu » pour les populations du Nord-Kivu.
Relire: Aéroport de Goma : l’AFC/M23 se dit finalement prête à discuter
Clément MUAMBA