Les Afghans basés au Qatar refusent un transfert vers la RDC et exigent le respect des promesses américaines

Le plan de l’administration Trump visant à envoyer 1 100 alliés afghans de guerre dans certains pays africains, dont la République démocratique du Congo, n’a pas laissé les concernés indifférents, qui sont rapidement montés au créneau pour dénoncer cette initiative. Basés au Qatar, dans une ancienne base militaire américaine, le camp As-Sayliyah, où ils pensaient simplement transiter avant d’être réinstallés aux États-Unis, ces Afghans appellent les autorités américaines à tenir les promesses faites à leur égard, en raison de leur engagement aux côtés des États-Unis lors de la guerre en Afghanistan.

Dans une déclaration faite ce mercredi 22 avril 2026 dont une copie est parvenue à ACTUALITE.CD, ils rappellent qu’ils ne peuvent plus rentrer dans leur pays à cause de leur collaboration avec les États-Unis. Selon eux, ils ne demandent pas la charité, mais attendent simplement la concrétisation des promesses américaines, évoquant le principe selon lequel "l’Amérique n’oublie pas ses amis".

"Nous ne demandons pas la charité. Nous demandons aux États-Unis de tenir la promesse qu'ils nous ont faite. Quand vos soldats nous ont demandé de les soutenir, nous les avons soutenus. Quand ils nous ont demandé d'interpréter, nous avons interprété. Quand ils nous ont demandé de combattre, nous avons combattu. Nombre de nos amis et de nos proches sont morts en faisant ce que l'Amérique leur demandait. On nous a répété, pendant vingt ans, que l'Amérique n'oublie pas ses amis. Nous demandons maintenant qu'on se souvienne de nous. Nous demandons de revenir dans le pays que nous avons servi", ont-ils indiqué dans leur déclaration.

Au regard des conditions précaires dans lesquelles ils vivent, ils tentent de préserver leur santé mentale et de s’entraider du mieux qu’ils le peuvent. En plus, ils disent être exposés à la guerre en cours au Moyen-Orient, Qatar étant la cible des tirs iraniens.

"Nous voulons également informer le peuple américain que des missiles sont passés près de chez nous. À plusieurs reprises, des débris sont tombés sur ou près de nos habitations. Nous l'avons signalé aux autorités américaines. Nous ne disposons pas d'abris renforcés. Nos enfants ont levé les yeux au ciel, se demandant si quelque chose allait leur tomber dessus. On nous assure que tout est sous contrôle. Mais ce n'est pas le sentiment qui prévaut à l'intérieur de ce bâtiment. Et maintenant, on nous annonce, par la presse, que notre prochaine destination pourrait être la République démocratique du Congo", ont-ils déploré.

Pour eux, il est hors de question d’aller en République démocratique du Congo, un pays lui-même en proie à des violences. Selon eux, la souffrance déjà endurée durant la guerre suffit ; il est désormais temps que les États-Unis  règlent leur situation.

"Nous le disons clairement : Nous ne voulons pas aller en République démocratique du Congo. Nous n’y avons pas de famille. Nous n’y parlons pas la langue. Nous n’y avons aucun statut légal. C’est un pays en proie à sa propre guerre. Nous avons déjà assez souffert de la guerre. Nous ne pouvons pas y envoyer nos enfants. Nous ne pouvons pas non plus retourner en Afghanistan. Les talibans tueront beaucoup d’entre nous pour ce que nous avons fait pour les États-Unis. Ce n’est pas une crainte. C’est un fait. Les États-Unis le savent, car c’est à cause des États-Unis que nous ne pouvons pas rentrer chez nous".

Bien avant leur sortie, l’ONG américaine #AfghanEvac avait vivement dénoncé le plan de l’administration Trump visant à envoyer 1 100 alliés afghans de guerre en République démocratique du Congo, le qualifiant de stratagème délibéré pour justifier leur renvoi en Afghanistan. « Ce n’est pas un plan de réinstallation. C’est un plan de refus », a déclaré Shawn VanDiver, président de l’organisation, dans un communiqué publié le 21 avril et consulté par ACTUALITE.CD.

Selon lui, la mécanique du plan est claire : « Proposer à ces familles une relocalisation vers une zone de conflit active en République démocratique du Congo, en sachant qu’elles ne peuvent pas accepter. Attendre le “non” prévisible. Puis utiliser ce “non” comme justification publique pour les renvoyer en Afghanistan, où les talibans ont un bilan documenté de meurtres de personnes ayant des liens avec les forces américaines. »

VanDiver a également rejeté la formulation du porte-parole du département d’État, Tommy Pigott, qui avait évoqué des « options de réinstallation responsables et volontaires ». « Chaque mot a été choisi pour dissimuler ce mécanisme. Aucun de ces trois mots ne résiste à l’épreuve des faits », a-t-il affirmé.

L’ONG a énuméré les raisons pour lesquelles la RDC ne peut constituer une destination viable : le pays est en conflit armé avec le Rwanda, il accueille déjà plus de 600 000 réfugiés, des camps de réfugiés sur son territoire sont attaqués, il n’existe pas de diaspora afghane susceptible d’accueillir ces familles, aucun cadre de protection juridique n’est en place et aucun accord confirmé de Kinshasa n’a été annoncé pour les recevoir.

Rappelons-le, tous ont été évacués d’Afghanistan par les Américains après la chute de Kaboul aux mains des talibans fin 2024, car leur proximité avec les États-Unis en faisait des cibles du nouveau régime. Depuis, ils ont été envoyés au Qatar, dans une ancienne base militaire américaine, le camp d’As Sayliyah, où ils pensaient transiter avant d’être réinstallés aux États-Unis. Selon nos confrères de RFI, telle était la promesse de l’administration de l’époque, celle de Joe Biden, qui avait accueilli près de 190 000 Afghans au lendemain de la chute de Kaboul.

Mais depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, précise la source citée, ce scénario est compromis. Non seulement le président américain a suspendu l’entrée des ressortissants afghans aux États-Unis, mais il a également, en janvier dernier, clairement annoncé son refus d’accueillir ces Afghans évacués, ainsi que sa décision de fermer le camp qui les héberge, plongeant ces familles et anciens collaborateurs de l’armée américaine dans l’impasse.

Clément MUAMBA