25 humanitaires tués en RDC ces trois dernières années

Service infographie ACTUALITE.CD
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Tom Fletcher, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d'urgence, a dressé un tableau sombre et préoccupant de la situation des humanitaires dans le monde, devenus souvent la cible des parties en conflit. Ce constat intervient dans un contexte où plusieurs régions du monde sont confrontées à des conflits armés, entraînant une détérioration de la situation sécuritaire et humanitaire.

Intervenant mercredi 8 avril lors de la 10131e séance du Conseil de sécurité à New York aux États-Unis consacrée à la réflexion sur le renforcement de la sûreté et de la sécurité du personnel humanitaire, du personnel des Nations Unies et du personnel associé, ainsi que de leurs locaux et de leurs opérations, il a révélé qu'en 2025, plus de 326 humanitaires ont été tués dans le monde, portant le bilan à plus de 1.000 en trois ans, dont 25 en République démocratique du Congo.

" En 2025, au moins 326 humanitaires ont été tués dans 21 pays, ce qui porte le nombre total d'humanitaires tués en trois ans à plus de 1 010. Nous reconnaissons, pleurons et honorons chacun de nos 326 collègues, et nous engageons le travail à venir en leur mémoire. Sur ces plus de 1 000 décès, plus de 560 ont eu lieu à Gaza et en Cisjordanie, 130 au Soudan, 60 au Soudan du Sud, 25 en Ukraine et 25 en République démocratique du Congo. Ce nombre plus de 1 000 se compare aux 377 décès enregistrés dans le monde au cours des trois années précédentes ce qui représente donc presque trois fois plus de morts. Il ne s'agit pas d'une escalade accidentelle, mais de l'effondrement du système de protection ", a déploré Tom Fletcher, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d'urgence. 

D’après le chef de la branche humanitaire des Nations Unies, ces morts ne résultent pas d’un choix de mettre leur vie en danger, mais sont la conséquence de décisions prises par les parties aux conflits.

Au nom de plus de 1 000 humanitaires tués et de leurs familles, il s’interroge sur le fait de savoir si le monde croit encore en la résolution 2730 du Conseil de sécurité, qui exige la protection du personnel humanitaire et des Nations Unies, ainsi que de leurs locaux.

" Est-ce que le monde ne croît plus en la résolution 2730 du Conseil de sécurité ? Est-ce parce qu’il est jugé plus important de protéger ceux qui conçoivent, vendent, fournissent et utilisent des armes létales, y compris des drones et d’autres technologies de guerre ? Est-ce parce que ceux qui nous tuent ne subissent aucune conséquence pour leurs actes ? Est-ce parce que certains États considèrent ces pertes comme des dommages collatéraux inévitables ? Ou, pire encore, les humanitaires sont-ils désormais perçus comme des cibles légitimes ? Et surtout, si ces morts étaient évitables, pourquoi ne l’ont-elles pas été ? ", s'est-il interrogé lors de son intervention. 

Pour ce fonctionnaire des Nations Unies, ces tendances, combinées à la baisse des financements destinés à l’aide humanitaire, sont le symptôme d’un monde de plus en plus instable, marqué par la violence et le non-respect des règles. Selon Tom Fletcher, le meurtre d’humanitaires s’inscrit dans une attaque plus large contre le système des Nations Unies et contre le droit international humanitaire.

" Le droit international humanitaire n’a jamais été, et ne doit pas devenir, un simple exercice théorique. Il constitue un cadre essentiel pour protéger des vies humaines. Nous vous demandons d’agir avec davantage de conviction, de cohérence et de courage. Nous ne sommes pas ici pour rappeler des engagements déjà pris, mais pour vous demander de les mettre en œuvre. Car si ces principes continuent d’être ignorés, alors l’intégrité de ce Conseil et les lois que nous sommes chargés de défendre disparaîtront avec ceux qui ont perdu la vie en les servant ", a prévenu Tom Fletcher. 

La pénurie de financements au niveau international, en particulier la suspension du financement de l’aide humanitaire par les États-Unis d’Amérique, a eu de lourdes conséquences en RDC, notamment dans l’Est du pays, confronté à une grave crise humanitaire et sanitaire. Le Plan de réponse humanitaire 2025 pour la RDC, chiffré à 2,54 milliards de dollars, est resté largement sous-financé, alors même que la situation sécuritaire et humanitaire continue de se détériorer et que les besoins ne cessent de croître dans cette partie du pays. Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, vendredi 12 décembre dernier, Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint de l’ONU aux opérations de paix, a indiqué que seuls 22 % de ce plan avaient été financés.

Le plan humanitaire des Nations unies pour 2026 vise 87 millions de personnes et nécessite 23 milliards de dollars. En décembre dernier, les États-Unis avaient promis d’allouer, cette année, deux milliards de dollars aux fonds d’aide gérés par l’ONU, une contribution qualifiée d’« historique » par le chef de l’humanitaire de l’Organisation, Tom Fletcher, dans un contexte de besoins vertigineux et de raréfaction des financements. Toutefois, au-delà des montants annoncés, Washington entend désormais impulser une refonte du modèle humanitaire international.

Clément MUAMBA