Dialogue inclusif en RDC: Eddy Mundela Kanku dit oui mais dans un cadre apaisé, sans remettre en cause la légitimité des institutions (Tribune)

Photo d'illustration
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Il y a des moments dans la vie d’une nation où les mots perdent leur innocence. La République démocratique du Congo se trouve aujourd’hui à ce carrefour. Pendant des années, la guerre à l’Est a été présentée comme une crise interne, une simple rébellion. On a maquillé l’agression en contestation, l’invasion en revendication. Mais les aveux récents ont fait tomber les masques.

Lorsque des responsables rwandais et des dirigeants de l’AFC/M23 reconnaissent publiquement leur collaboration, nous ne sommes plus dans l’interprétation, mais dans la preuve par l’aveu. Ce qui était dénoncé depuis longtemps est désormais confirmé : le Rwanda n’est pas un observateur neutre, mais un acteur engagé aux côtés d’un mouvement armé qui ensanglante une partie du territoire nationale.

Dès lors, les membres de l’AFC/M23 ne peuvent plus être présentés comme de simples opposants politiques. En assumant leur alliance avec un pays qui arme et finance une rébellion sur notre sol, ils ont franchi la ligne rouge qui sépare l’opposition de la trahison. Ils ne parlent plus au nom du Congo, mais au nom d’un projet qui vise à le démembrer.

Dans ces conditions, l’idée d’un « dialogue inclusif » avec ces acteurs ne relève plus de la naïveté, mais de la complicité. Accepter leur présence à une table de dialogue entre congolais reviendrait à dialoguer avec le Rwanda par procuration et à normaliser la violence armée comme voie d’accès au débat national.

Inclusif avec qui, au juste ? Avec des hommes qui reçoivent armes et financements d’un pays qui occupe de facto une partie de notre territoire ? Avec ceux qui collaborent avec des officiers étrangers et justifient les massacres au nom d’une prétendue lutte politique ?

Jusqu’où faut-il tolérer la haute trahison ? À quel moment la justice doit-elle prendre le relais de la politique ? Un pays qui place sur le même plan ceux qui défendent sa souveraineté et ceux qui travaillent à son démembrement se condamne à l’effondrement moral avant même l’effondrement territorial.

Plaider pour un dialogue incluant l’AFC/M23 serait envoyer un message désastreux à l’armée et aux populations martyrisées. Ce serait dire que la prise des armes, avec l’appui d’une puissance étrangère, est plus efficace que la voie démocratique.

Si la RDC s’assoit avec le M23 au nom d’un dialogue dit inclusif, quel signal envoie-t-elle aux autres traîtres potentiels ? Que la trahison paie ? La réconciliation se fait entre des compatriotes en désaccord, pas entre des patriotes et des mercenaires au service d’un occupant.

À cette crise s’ajoute le silence sélectif de certains responsables religieux, notamment au sein de la CENCO. Une partie de la hiérarchie catholique, à travers certaines figures, semble adopter une posture déséquilibrée, critique envers le gouvernement, mais prudente lorsqu’il s’agit de nommer clairement l’agresseur.

Les prises de position de l’abbé Donatien Nshole, de Monseigneur Fulgence Muteba ou du Cardinal Ambongo traduisent cette asymétrie. La dénonciation du Rwanda et des crimes de l’AFC/M23 apparaît souvent atténuée, comme si la neutralité affichée masquait un parti-pris.

Lorsque des accusations infondées sont relayées publiquement, notamment sur de prétendus accords qui braderaient les minerais du pays, elles alimentent la suspicion et fournissent des arguments à ceux qui cherchent à délégitimer l’État.

Plus grave encore, la reconnaissance de financements en provenance du Rwanda dans leur « quête de la paix » soulève un conflit d’intérêts majeur. Comment prétendre à l’impartialité lorsque l’on est lié financièrement à une partie impliquée dans le conflit ?

Dans ces conditions, la CENCO, telle qu’incarnée par certains de ses dirigeants, perd la légitimité nécessaire pour organiser un dialogue « sincère et franc » sur la crise à l’Est. On ne peut être à la fois médiateur et relais d’un discours qui affaiblit l’État agressé.

La position du Président Félix Tshisekedi, réaffirmée le 31 janvier 2026, apparaît alors comme une ligne claire. Il reste ouvert au dialogue, mais fixe une limite non négociable : on ne dialogue pas avec des terroristes ni avec des traîtres avérés au service d’une puissance étrangère.

La paix ne peut être bâtie sur la récompense de la trahison. La véritable paix suppose que les patriotes siègent à la table des décisions, que les opposants s’expriment dans le cadre démocratique, et que les criminels répondent de leurs actes devant la justice.

La souveraineté nationale ne se négocie pas. Le dialogue, oui, mais dans un cadre apaisé, entre Congolais attachés à l’intégrité territoriale, sans remettre en cause la légitimité des institutions issues du suffrage universel. C’est à cette condition seulement que le dialogue pourra consolider la cohésion nationale au lieu d’ouvrir la voie au démembrement.