Après plusieurs semaines de délibérations intensives du Comité des représentants permanents (CRP) au Conseil exécutif, la 39ᵉ session ordinaire de l'Assemblée de l'Union africaine s'ouvre ce samedi 14 février et se clôturera dimanche 15 février 2026 à Addis-Abeba, en Éthiopie. Selon le programme publié par l'Organisation continentale, plusieurs temps forts sont prévus lors de cette rencontre annuelle des dirigeants africains.
L'Assemblée débutera par l’hymne national, suivi d’interventions de haut niveau, notamment celles de Mahamoud Ali Youssouf, Président de la Commission de l'Union africaine, Abiy Ahmed, Premier ministre d'Éthiopie, António Guterres, Secrétaire général des Nations Unies, du Secrétaire général de la Ligue des États arabes, du Président de l'État de Palestine, Giorgia Meloni, Présidente du Conseil des ministres d'Italie, et João Lourenço, Président de l'Union africaine pour 2025.
Parmi les points saillants de la session, l'Organisation indique qu’il y aura également : l’annonce du Bureau de l’Assemblée pour 2026, la déclaration de passation de pouvoir du Président sortant de l’UA, João Lourenço, la déclaration d’acceptation du Président entrant de l’UA, Évariste Ndayishimiye, Président de la République du Burundi, ainsi que la présentation et le lancement du thème de l’Union africaine pour l’année 2026.
Durant ce sommet, les chefs d’État et de gouvernement examineront et adopteront plusieurs décisions, notamment : le rapport sur les travaux réalisés concernant les trois points de l’agenda thématique de l'Union africaine (Paix et sécurité, Intégration et développement durable, La voix de l'Afrique), le rapport sur les réformes institutionnelles de l'Union africaine, le rapport sur l’expérience de la République d'Afrique du Sud à la présidence du G20 et la participation de l'Union africaine au G20, ainsi que la nomination de dix (10) membres du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, et tant d'autres sujets.
Kagame absent, Tshisekedi présent, la consécration d'Evariste Ndayishimiye
Sur place, une cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement sont déjà présents pour participer à ces assises qui interviennent dans un contexte d'aggravation des crises continentales dont la crise dans la région des Grands Lacs marquée par des tensions entre Kinshasa et Kigali en dépit des initiatives diplomatiques en cours. Si la République Démocratique du Congo est représentée par son chef de l'État Félix Tshisekedi, Paul Kagame est quant à lui absent de ce rendez-vous préférant de se faire représenter par son premier ministre Justin Nsengiyumva qui aura à ses côtés Olivier Nduhungirehe, Ministre Rwandais des Affaires Étrangères et Cooperation internationale.
À travers sa participation, renseigne la cellule de communication de la Présidence de la République, la République Démocratique du Congo entend insister sur l'exigence du respect des engagements et des principes à la base de la création de l’Union africaine : respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale, du règlement pacifique des différends, de l'interdiction du recours illicite à la force et de l'intangibilité des frontières. Malgré un contexte exigeant, a-t-elle poursuivi, la République Démocratique du Congo porte clairement son ambition de bâtir des partenariats équilibrés, de développer des chaînes de valeur sûres et de faire de l'intégration régionale un levier de stabilité et de prospérité partagée.
Si les raisons de l'absence de Paul Kagame ne sont pas connues du grand public, dans l'opinion publique, elle est perçue comme une esquive aux assises qui vont consacrer l'installation à la tête de l'Organisation Continentale son voisin le Président Burundais Évariste Ndayishimiye avec qu'il est en froid diplomatique depuis plusieurs années en raison de sa proximité avec Kinshasa mais aussi sur les préalables censés conduire à la résolution des conflits dans la région des Grands Lacs. Au lendemain de l’occupation de la ville d’Uvira par la rébellion de l’AFC/M23, les relations entre les deux pays se sont davantage crispées, jusqu’au niveau des Nations unies, sur fond d’accusations mutuelles. Bujumbura avait affirmé que son territoire a été affecté par l’offensive de la rébellion, qu’elle accuse d’être appuyée par le Rwanda, dénonçant une volonté de Kigali de régionaliser le conflit.
Les efforts africains face à la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC mis à rude épreuve
Bien plutôt ce sommet et dans le cadre des efforts africains, la République d’Angola a proposé l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu entre le gouvernement de la République démocratique du Congo et le groupe armé M23 à partir de midi mercredi 18 février, avait annoncé la présidence angolaise. Cette proposition qui fait suite à une rencontre tenue à Luanda entre le président angolais João Lourenço, le président congolais Félix Tshisekedi, le président togolais Faure Gnassingbé, médiateur de l’Union africaine, et l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, représentant des anciens chefs d’État désignés par l’UA comme facilitateurs du processus de paix en RDC, a été approuvée par la RDC alors que l'AFC/M23 qui ne se reconnaît pas dans cette rencontre préfère s'accrocher au processus de Doha mené sous l'égide de l'État du Qatar.
La Présidence angolaise a précisé par ailleurs que l’annonce du début de la phase préparatoire du dialogue intercongolais, appelée à se dérouler à Luanda, interviendra en temps utile. Cette dynamique diplomatique a été précédée par une réunion de haut niveau tenue à Lomé, au Togo, le 17 janvier 2026, consacrée à la cohérence et à la consolidation du processus de paix en RDC et dans la région des Grands Lacs. Initiée par Faure Essozimna Gnassingbé, Président du Conseil des ministres de la République togolaise et médiateur principal désigné par l’Union africaine pour l’est de la RDC, cette rencontre a réaffirmé sa volonté de travailler en étroite coordination avec les États-Unis et le Qatar, afin d’encourager les différentes parties à honorer leurs engagements.
La dynamique africaine qui ne veut plus être attentiste intervient dans un contexte où malgré l’implication du président américain Donald Trump et l’accélération apparente du processus de Washington, matérialisée par l’entérinement des accords par les présidents de la République démocratique du Congo et du Rwanda, Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la situation sur le terrain peine à s’améliorer. Kinshasa et Kigali ne parviennent pas toujours à parler le même langage, et les tensions persistent sur fond d’accusations mutuelles de non-respect des engagements pris dans le cadre des initiatives diplomatiques en cours, en particulier le processus de Washington sous l’égide de l’administration Trump.
Il en est de même pour les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’Émir du Qatar, entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, qui peinent à produire des résultats concrets sur le terrain. Ces négociations, censées compléter les accords de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit, notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés, viennent de reprendre une nouvelle fois après un longue période au point mort. Plusieurs mesures convenues, notamment depuis la publication du communiqué conjoint d’avril dernier, la signature du mécanisme de cessez-le-feu, de la déclaration de principes, et plus récemment de l’accord-cadre, n’ont toujours pas été mises en œuvre.
Clément MUAMBA