Dans la deuxième revue du programme soutenu par le Fonds monétaire international, les dépenses de sécurité apparaissent comme la principale source de fragilisation budgétaire en République démocratique du Congo. Si le FMI reconnaît le caractère exceptionnel du choc sécuritaire à l’Est, il souligne que la hausse durable de ces dépenses a conduit à des écarts significatifs par rapport aux cibles du programme et impose des ajustements répétés du cadre budgétaire.
Le rapport constate que la crise sécuritaire « a persisté plus longtemps que prévu » et s’est intensifiée en 2024–2025. Cette évolution s’est traduite par une augmentation des dépenses exceptionnelles de sécurité d’environ 1,2 point de PIB par rapport aux projections initiales du programme. Ces dépenses supplémentaires sont directement attribuées aux opérations militaires dans l’Est du pays, ainsi qu’aux transferts accrus vers les provinces proches des lignes de front.
Le FMI précise que cette dynamique a profondément modifié la structure des dépenses publiques, au détriment d’autres postes, dans un contexte où les marges budgétaires restent limitées.
Cette pression sécuritaire a eu des effets mesurables sur la mise en œuvre du programme. Le FMI indique que deux objectifs indicatifs n’ont pas été respectés : le plafond des dépenses exécutées via des procédures d’urgence, le plancher des dépenses sociales.
Selon le rapport, « l’essentiel du dépassement » des dépenses d’urgence est imputable aux dépenses de sécurité liées au conflit. Ces procédures, par nature dérogatoires, ont été massivement mobilisées pour répondre aux impératifs sécuritaires.
Le FMI souligne que cette situation complique le renforcement de la discipline budgétaire et de la chaîne normale de la dépense, objectif central du programme.
Au-delà des écarts aux cibles quantitatives, le rapport met en évidence un effet d’éviction. Les dépenses de sécurité, combinées à la hausse de la masse salariale dans l’éducation, la santé et la justice, ont accru les tensions sur les finances publiques et limité la capacité de l’État à financer d’autres priorités, notamment sociales et d’investissement.
Le FMI ne fournit pas d’estimation détaillée de l’impact social de ces arbitrages, mais il note explicitement que la montée des dépenses sécuritaires « réduit l’espace budgétaire » disponible pour les autres politiques publiques.
Face à ces contraintes, le cadre du programme a été ajusté. Les autorités ont sollicité et obtenu une révision à la hausse du plafond du déficit budgétaire domestique pour fin 2025, afin de tenir compte des pressions sécuritaires et humanitaires. Le FMI a accepté cet ajustement, tout en rappelant le caractère exceptionnel de la situation.
Cette tolérance reste cependant conditionnelle. Le rapport insiste sur la nécessité de limiter autant que possible le recours aux procédures d’urgence, de renforcer la transparence et de réintégrer ces dépenses dans les circuits budgétaires ordinaires.
Le FMI considère que la sécurité constitue désormais une contrainte macro-budgétaire structurelle. Pour 2026, le rapport anticipe la poursuite de pressions liées à des dépenses sécuritaires toujours élevées, à la fermeture prolongée de services fiscaux dans certaines zones occupées,et à l’augmentation des transferts et de la masse salariale.
Ces facteurs expliquent une part substantielle des écarts budgétaires projetés pour les exercices à venir.
Le FMI conclut que, si les dépenses de sécurité sont jugées en grande partie incompressibles dans le contexte actuel, elles constituent le principal facteur de vulnérabilité du programme. Leur persistance impose des arbitrages budgétaires difficiles et renforce l’exigence de discipline, de transparence et de suivi renforcé de l’exécution des dépenses.