Après une longue période de silence et d’observation, consécutive à l’entrée en jeu des États-Unis, qui prennent en charge la crise entre Kinshasa et Kigali, ainsi que de l’État du Qatar, impliqué dans la gestion de la crise opposant le gouvernement à la rébellion de l’AFC/M23, l’Union européenne se présente avec un nouvel agenda en ce qui concerne la région des Grands Lacs. Une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne est prévue à Bruxelles (Belgique) ce jeudi 29 janvier 2026 avec comme point à l’ordre du jour, la situation dans la région des Grands Lacs.
L’annonce a été faite ce lundi 26 janvier 2026 à la Première ministre Judith Suminwa par le Représentant spécial de l’Union européenne pour la région des Grands Lacs, Johan Borgstam, alors que Goma totalise une année sous occupation de la rébellion de l’AFC/M23 soutenue par le Rwanda. Réaffirmant l’engagement de l’Union européenne aux côtés de la RDC, Johan Borgstam a estimé qu’il était nécessaire d’effectuer le déplacement de Kinshasa afin de mieux comprendre les priorités.
"Cet engagement s’inscrit également dans la préparation d’une réunion prévue le 29 janvier à Bruxelles, avec les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, au cours de laquelle le dossier des Grands Lacs sera inscrit à l’ordre du jour. Il ne s’agissait pas nécessairement de préoccupations spécifiques, mais plutôt d’un message important que je souhaitais porter au nom de l’Union européenne : en tant que partenaire de la République démocratique du Congo, il est essentiel pour moi de me rendre sur le terrain afin que Madame la Première ministre puisse, à travers moi, transmettre des messages pertinents aux ministres européens lors de la réunion du 29 janvier", a déclaré le diplomate européen à l'issue de l'entretien avec la cheffe du gouvernement de la RDC.
Les deux personnalités ont également échangé sur l’engagement continu de l’Union européenne en République démocratique du Congo, notamment en matière d’assistance humanitaire. Selon le Représentant de l’Union européenne dans la région des Grands Lacs, l’UE est aujourd’hui le principal partenaire humanitaire dans cette région.
"J’ai également partagé avec Son Excellence Madame la Première ministre les enseignements d’un déplacement récent au Burundi, où j’ai pu visiter un camp de réfugiés congolais à Busuma, qui accueille désormais 68 000 réfugiés. L’Union européenne a contribué au financement de ce camp, et j’étais également présent lors de l’acheminement de 73 tonnes de matériel. J’ai donc souhaité aborder les choses sous un angle très humanitaire, tout en évoquant bien entendu la coopération plus globale entre l’Union européenne et la République démocratique du Congo. Pour moi, il s’agissait de manifester clairement l’Union européenne comme un partenaire solidaire, fiable et prévisible", a dit le Représentant de l’Union européenne dans la région des Grands Lacs.
Et d'ajouter :
"Il reste malheureusement encore énormément de choses à faire. Comme j’ai pu le constater, l’Union européenne est aujourd’hui le plus grand partenaire et le principal bailleur en matière d’assistance humanitaire dans l’ensemble de la région des Grands Lacs, et tout particulièrement en République démocratique du Congo. Cela se traduit concrètement sur le terrain par le financement de partenaires clés tels que le HCR, le PAM et d’autres organisations qui travaillent auprès des populations concernées, notamment les personnes déplacées".
L'année dernière, au lendemain de l'occupation des villes de Goma et Bukavu par la rébellion de l'AFC/M23 soutenue par le Rwanda, l'Union Européenne avait joué un rôle important en vue de mettre la pression sur le Rwanda et l'AFC/M23. C'est dans ce cadre que les sanctions individuelles de l’Union Européenne contre des responsables rwandais étaient tombées lundi 17 mars 2025. Elles visaient des officiers de Rwanda defence force (RDF). Il s’agissait de Ruki Karusisi, commandant des forces spéciales de la Force de défense du Rwanda (RDF), déployées dans l'est de la RDC.
Un autre officier, Eugène Nkubito, commandant de la 3e division de la Force de défense du Rwanda (RDF) est aussi sanctionné. Cette brigade est déployée dans l'est de la RDC et plus particulièrement dans la province du Nord-Kivu depuis août 2022. L’Union Européenne sanctionne aussi Pascal Muhizi, brigadier général de la RDF, commandant de la 2e division de la RDF, déployée dans l'est de la RDC depuis août 2023.
Dans les rangs de la rébellion du M23, l’UE sanctionne Bertrand Bisimwa, président du M23. Ce dernier est déjà sous sanctions de l’ONU. Désiré Rukomera, responsable du recrutement et de la propagande du M23 aussi sanctionné. La sanction vise aussi John Imani Nzenze, colonel au sein du mouvement. Jean-Bosco Nzabonimpa Mupenzi, chef adjoint des finances du M23. Et le chef de ce dernier, Jean Bahati Musanga est aussi sanctionné. Il a été le chargé des finances pendant plusieurs longtemps et actuellement il est gouverneur de l’administration érigé par la rébellion à Goma.
Cette nouvelle réunion de l’Union européenne intervient dans un contexte où, en dépit des avancées enregistrées sur le papier dans les processus de Washington et de Doha, la situation sur le terrain peine à s’améliorer et demeure marquée par la poursuite de l’escalade ainsi que par des accusations mutuelles de non-respect des engagements entre les différentes parties au conflit.
Clément MUAMBA