Félix Tshisekedi figure parmi les invités d’honneur à la 56ᵉ réunion annuelle du Forum économique mondial (WEF) à Davos, en Suisse, qui se tient du lundi 19 au vendredi 23 janvier autour du thème : « Un esprit de dialogue » (A Spirit of Dialogue). Cette nouvelle édition se distingue par une mobilisation diplomatique exceptionnelle, avec la participation attendue de plus de 50 chefs d’État et du gouvernement.
Cette rencontre constitue une plateforme majeure réunissant des dirigeants du monde entier, des chefs d’entreprise ainsi que des responsables de la société civile, afin de débattre des grands enjeux contemporains. La RDC se présente à Davos comme un « pays-solutions » pour l’Afrique et pour le monde. Dans son discours prononcé ce mercredi 21 janvier lors de la session intitulée « Partenariat stratégique sur les minerais et investissements »,Félix Tshisekedi a rappelé que la réussite de la transition énergétique mondiale repose sur une responsabilité collective, une équité dans la chaîne de valeur et un engagement durable de l’ensemble des acteurs.
" La réussite exige également des chaînes d’approvisionnement fiables, éthiques et responsables. À ce titre, la RDC entend jouer pleinement son rôle, non pas comme simple fournisseur de matières premières, mais comme acteur stratégique de cette transition. Le moment est venu de substituer la dépendance par le partenariat ", a lancé d'entrée de jeu Félix Tshisekedi.
Pour que ce dialogue porte ses fruits, il a proposé trois engagements fermes. Le premier porte sur la sécurité par la diversification. À ce stade, Félix Tshisekedi estime qu’il est nécessaire d’investir massivement dans la découverte de nouveaux gisements. Selon lui, "la sécurité de vos marchés dépend de la pluralité et de la robustesse de nos sources d’approvisionnement ", a-t-il fait savoir.
S’agissant du deuxième engagement, il a évoqué la prospérité par la transformation locale. À ce niveau, il a affirmé que la sécurité énergétique est indissociable de la sécurité économique. Pour le chef de l’État congolais, le temps de l’extraction pure est désormais révolu.
" Nous appelons à la délocalisation des segments de valeur raffinage et fabrication de composants directement au cœur des zones de production. C’est en créant une main-d’œuvre qualifiée sur place que nous stabiliserons l'offre mondiale et que nous pérenniserons la transformation. Cette création de valeur locale ne doit plus être perçue comme une option, mais comme un impératif stratégique. En transformant nos ressources sur notre sol, nous passons d'une économie d'extraction à une économie d'industrialisation durable, garantissant ainsi que la richesse générée bénéficie prioritairement à nos populations tout en renforçant la résilience des chaînes de valeur mondiales ", a fait savoir Félix Tshisekedi.
Abordant le troisième engagement relatif à l’innovation financière et industrielle, il a rappelé l’urgence et la nécessité de dépasser les modèles classiques en bâtissant des partenariats fondés sur des mécanismes financiers innovants, capables d’attirer des capitaux à long terme vers des projets intégrateurs et des corridors de développement industriel.
C’était l’occasion pour lui d’inviter les partenaires internationaux à une collaboration fondée sur des partenariats mutuellement bénéfiques. Pour Félix Tshisekedi, la RDC est ouverte à ceux qui voient loin et acceptent de prendre des risques à ses côtés.
" J’appelle ainsi nos partenaires internationaux à travailler avec nous dans un cadre de collaboration fondé sur des partenariats mutuellement bénéfiques, respectueux de la souveraineté des États et porteurs de prospérité partagée afin de construire une chaîne de valeur minérale plus juste, plus durable et tournée vers l’avenir des générations futures. L’Afrique n'attend plus seulement d'être entendue, elle est prête à bâtir. La RDC est ouverte à ceux qui voient loin et acceptent de prendre des risques avec elle. Ensemble, transformons le défi minéral en un levier de prospérité universelle ", a plaidé le chef de l'État congolais.
Cet appel du chef de l’État congolais, Félix Tshisekedi, intervient quelques semaines après la signature, à Washington, d’un accord de partenariat stratégique entre les États-Unis d’Amérique et la RDC. Cet accord vise à encadrer et à accélérer une série de projets jugés prioritaires pour l’industrialisation du pays, la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques ainsi que le développement d’infrastructures clés. Ce partenariat stratégique, auparavant qualifié de « deal minier », constitue l’une des composantes des accords de Washington, signés sous les auspices de l’administration Trump.
Toutefois, ce partenariat peine à faire l’unanimité dans l’environnement sociopolitique congolais et continue de susciter de vives critiques. Si, pour le gouvernement congolais, il traduit un niveau élevé de confiance entre les deux États, Fulgence Muteba Mugalu, archevêque de Lubumbashi (Haut-Katanga), le qualifie de bradage, estimant qu’il vise essentiellement à sauver un régime au détriment de l’avenir de toute une nation. Selon lui, cet accord compromet le développement du pays et met en péril le bien-être des générations futures.
Clément MUAMBA