Après plusieurs annonces restées sans suite, la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, a officiellement quitté la ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu. Ce retrait, qualifié de " forcé " par le gouvernement de la République démocratique du Congo, a été précédé par des actes répétés et systématiques de pillages et de vols à grande échelle. Ces affirmations corroborent les accusations formulées plus tôt par le gouvernement provincial du Sud-Kivu, premier à tirer la sonnette d’alarme sur ces mêmes faits.
Pour le gouvernement de la République, ce retrait ne saurait être considéré ni comme un acte de bonne foi ni comme une démarche traduisant une réelle volonté d’apaisement.
"Au regard de ces faits, ce retrait ne saurait être considéré comme un acte de bonne foi, ni comme une démarche susceptible de traduire une volonté sincère d'apaisement. Le Gouvernement tient à préciser que le retrait d'Uvira constitue un développement ponctuel, mais ne saurait être considéré comme la fin de l'agression, ni comme une modification substantielle de la situation sécuritaire générale. La seule perspective acceptable demeure le départ total, effectif et sans condition des forces rwandaises et de leurs supplétifs de l'ensemble du territoire de la République Démocratique du Congo, conformément à la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations Unies, aux engagements pris dans le cadre de l'accord de Washington du 27 juin 2025 et au processus de Doha", lit-on dans le communiqué du gouvernement publié ce lundi 19 janvier.
Dans le même document, le gouvernement précise que les Forces Armées de la République Démocratique du Congo, la Police Nationale Congolaise ainsi que tous les autres services de sécurité poursuivent leur retour progressif et ordonné dans la ville d'Uvira et ses environs, conformément à leurs missions, afin de rétablir l'autorité de l'État, d'assurer la sécurité des personnes et de leurs biens, et de contenir les effets néfastes résultant du chaos programmé laissé par l'Armée rwandaise et leurs supplétifs de l'AFC/M23.
"Le Gouvernement de la République Démocratique du Congo réaffirme que la paix durable ne saurait résulter des retraits partiels ou circonstanciels, mais d'un processus conduisant effectivement à la cessation de toute présence de l'armée rwandaise de notre territoire et de son soutien au M23. Il demeure pleinement mobilisé pour assurer la protection des populations civiles, la défense de l'intégrité territoriale et la préservation de l'ordre public".
Cette évolution de la situation intervient dans un contexte marqué par l’annonce, jugée controversée par Kinshasa, du retrait de l’AFC/M23 de la ville d’Uvira. Les autorités congolaises avaient estimé que cette communication visait essentiellement à détourner l’attention et à atténuer la pression internationale, notamment celle exercée par les États-Unis, sur Kigali, considéré par les Nations unies comme le principal soutien de cette rébellion. Sur le terrain, l’AFC/M23 poursuit néanmoins ses conquêtes territoriales et met en place une administration parallèle échappant au contrôle des autorités de Kinshasa.
Par la suite, dans une correspondance adressée jeudi 15 janvier 2026 au Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, le coordonnateur politique de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, annonçait avoir placé la ville stratégique d’Uvira sous la responsabilité de la communauté internationale. Dans cette lettre, la rébellion précisait que cette démarche s’inscrivait dans la décision de retrait de ses forces, annoncée dès le 15 décembre 2025 et récemment réitérée, invoquant son attachement au cessez-le-feu.
Par ailleurs, le leader de ce mouvement armé, appuyé par le Rwanda selon plusieurs rapports des Nations unies, annonçait dans le même temps le désengagement immédiat de son « unité d’observation et de monitoring », déclinant ainsi toute responsabilité future dans la sécurisation de cette importante agglomération du Sud-Kivu.
Ville stratégique dans le dispositif sécuritaire du gouvernement congolais au Sud-Kivu, Uvira était passée sous le contrôle de l’AFC/M23, renforçant l’emprise de la rébellion dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ce verrou sécuritaire est perçu comme un point clé susceptible de faciliter une avancée vers l’espace du Grand Katanga, considéré comme le poumon économique de la République démocratique du Congo.
Clément MUAMBA