Après l’harmonisation de son architecture de médiation face à la situation sécuritaire et humanitaire préoccupante dans l’Est de la République démocratique du Congo, marquée par des tensions entre Kinshasa et Kigali ainsi qu’entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, l’Union africaine (UA), organisation continentale, est appelée à doter son processus de médiation de moyens financiers et logistiques. Ce processus de médiation, mené en soutien aux processus de Washington et de Doha, est conduit par son médiateur, Faure Essozimna Gnassingbé, président du Conseil des ministres de la République togolaise et médiateur principal désigné par l’Union africaine pour l’Est de la RDC.
Cette recommandation émane de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), à l’issue du 25ᵉ sommet des chefs d’État tenu samedi 7 mars 2026 à Arusha, en Tanzanie. Cette demande fait suite à l’harmonisation par l’Union africaine de sa hiérarchie de médiation, après la réunion de haut niveau initiée en janvier 2026 à Lomé, au Togo, par Faure Essozimna Gnassingbé, président du Conseil des ministres de la République togolaise et médiateur principal désigné par l’Union africaine pour l’Est de la RDC. Cette rencontre était consacrée à la cohérence et à la consolidation des processus de paix en République démocratique du Congo.
"Le Sommet a exhorté l'Union Africaine à fournir les ressources financières et logistiques nécessaires au processus de médiation dirigé par l'Union Africaine sur l'Est de la République Démocratique du Congo afin d'assurer un engagement rapide et durable jusqu'à son point", lit-on dans le communiqué final rendu public à l'issue du sommet des chefs d'État.
À l'issue de la réunion de haut niveau sur la cohérence et la consolidation des efforts de paix, tenue les 16 et 17 janvier à Lomé, au Togo, et selon un document consulté par ACTUALITE.CD, l’Union africaine avait précisé l’architecture de sa médiation pour le processus de paix dans l’est de la République démocratique du Congo. Selon ce schéma, la médiation est placée sous l’autorité du président togolais Faure Essozimna Gnassingbé, désigné médiateur de l’Union africaine. Il est appuyé par une équipe de soutien à la médiation togolaise composée du ministère togolais des Affaires étrangères et de la présidence.
Cinq co-facilitateurs, tous anciens chefs d’État africains, sont chargés de thématiques spécifiques. L’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo est en charge des questions militaires et de sécurité. L’ancienne présidente éthiopienne Sahle-Work Zewde s’occupe des questions humanitaires. L’ancien président kényan Uhuru Kenyatta est responsable du dialogue avec les groupes armés locaux. L’ancien président botswanais Mokgweetsi Masisi supervise les questions de coopération économique régionale, tandis que l’ancienne présidente centrafricaine Catherine Samba-Panza est chargée de la société civile, de la réconciliation et des questions liées aux femmes.
Le dispositif comprend également un Secrétariat conjoint indépendant, associant le Togo, l’Union africaine, la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL). La Commission de l’Union africaine assure, pour sa part, la coordination avec les partenaires internationaux, notamment les Nations unies, le Qatar, l’Union européenne et le Groupe des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, précise le document.
Malgré l’implication du président américain Donald Trump et l’accélération apparente du processus de Washington, matérialisée par l’entérinement des accords par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la situation sécuritaire sur le terrain peine à s’améliorer. Kinshasa et Kigali continuent de s’accuser mutuellement de violations des engagements pris, alimentant une méfiance persistante et des tensions.
Les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’Émir du Qatar entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, connaissent également un net ralentissement. Destinées à compléter les accords de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit, notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés, ces négociations restent largement au point mort. Plusieurs mesures déjà actées, dont le mécanisme de cessez-le-feu, la déclaration de principes et l’accord-cadre, n’ont toujours pas été mises en œuvre.
Cette inertie diplomatique continue de favoriser la reprise de violents affrontements dans l’Est de la RDC. Par ailleurs, le dialogue national, réclamé par plusieurs acteurs sociopolitiques pour accompagner ces initiatives de paix, tarde toujours à être convoqué. Le président Félix Tshisekedi maintient sa position, estimant que toute initiative en ce sens doit émaner exclusivement de son autorité, malgré la publication récente de la feuille de route des confessions religieuses.
Clément MUAMBA