Le Burundi et la Tanzanie, deux pays limitrophes de la République démocratique du Congo (RDC), ont accueilli des centaines, voire des milliers de Congolais fuyant les hostilités entre les forces gouvernementales et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda. Ces combats ont notamment provoqué la chute de la ville stratégique d’Uvira et d'autres agglomérations et accru l’influence du mouvement rebelle dans les provinces du Nord-Kivu et Sud-Kivu dans l'Est de la République Démocratique du Congo.
Dans ce contexte, le gouvernement congolais, avec à sa tête la Ministre d’État, ministre des Affaires sociales et des Actions humanitaires, Ève Bazaiba Masudi, a conduit une mission humanitaire au Burundi et en Tanzanie. L’objectif était de rencontrer ces Congolais réfugiés pour leur apporter un message de réconfort, fournir l’assistance du gouvernement, renforcer la coordination de l’aide avec les pays d’accueil, et évaluer la situation en collaboration avec d’autres partenaires et organisations, telles que l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).
À l’issue de cette mission, la ministre d’État a salué l’attachement des réfugiés à leur mère patrie, malgré la " désolation et tragédie humaine " qu’ils vivent. Ève Bazaiba a présenté un point détaillé sur la situation humanitaire de ces réfugiés lors d’un briefing spécial de presse, animé conjointement avec le ministre de la Communication et des Médias, porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya samedi 17 janvier à Kinshasa, capitale de la RDC.
"Nous devons dire que c’est une tragédie humaine, c'est une désolation. Moi-même, je me sens révoltée de voir les compatriotes souffrir ainsi, parce qu’ils n’ont pas fui la République démocratique du Congo parce qu’il y a la misère, ils n’ont pas fui le pays parce qu’il y a des problèmes climatiques, mais ils ont fui à cause des hostilités dont ils sont victimes, à cause de l’agression rwandaise perpétrée par les supplétifs de l'AFC/M23", a dénoncé Ève Bazaiba Masudi lors de sa prise de parole.
Au cours de son intervention, la ministre a dévoilé des chiffres alarmants. Au Burundi, elle a indiqué qu’environ 250 000 Congolais, toutes vagues confondues, se trouvent actuellement sur le territoire.
"Deux cent cinquante mille Congolais que le HCR et le gouvernement burundais, que je félicite au passage pour la gestion de ces Congolais, ont accueillis en ouvrant les frontières pour offrir l’abri et l’asile. Ces 250 000 Congolais sont répartis dans environ sept sites. Le plus grand nombre se trouve dans le site de Busuma où l’on compte 67 000 compatriotes, dont environ 30 000 enfants, et 2 200 enfants non accompagnés selon les statistiques dont nous disposons, des petits enfants âgés de 3 à 14 ans, qui ne connaissent même pas d’où ils viennent, et d’autres encore âgés de 3 à 14 ans et d'autres à moins de 18 ans", a fait savoir la Ministre d'État Ève Bazaiba Masudi.
Cette situation intervient dans un contexte de pénurie des financements humanitaires au niveau international. Cela, souligne-t-elle, pèse désormais lourdement sur les différents pays d’accueil.
"Les populations sont dans une situation difficile. Comme vous le savez, que ce soit au Burundi ou en Tanzanie, le monde entier sait que les grands donateurs de l’aide humanitaire, notamment les États-Unis, ont revu leur politique en la matière. Du coup, beaucoup d’agences qui étaient sur le terrain, des ONG et des organisations internationales qui apportaient l’aide humanitaire, ont plié bagage. Les charges se retrouvent maintenant au niveau des pays d’accueil", a-t-elle fait remarquer dans son intervention.
Selon Ève Bazaiba, la République démocratique du Congo, malgré ses propres difficultés, reste actuellement le principal contributeur de l’aide humanitaire destinée à ses ressortissants au Burundi.
"Le Burundi avait lancé un appel, vous le savez. Et à ce jour, le HCR qui est présent en est témoin : la République démocratique du Congo s’est mobilisée, se trouve être le premier donateur. Et c’est un devoir pour nous, parce que ce sont nos compatriotes, même si nous avons dérogé à la règle. Car, par principe, en droit humanitaire international, le pays d’origine n’intervient pas directement auprès de ses ressortissants lorsqu’ils ont le statut de réfugiés. Mais situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle. Première exception : comme je l’ai dit tantôt, les Congolais ne sont pas arrivés en Tanzanie ou au Burundi pour des raisons politiques, de misère ou autres, mais parce que nous sommes victimes de cette agression. Moi-même, je suis très fière de mon gouvernement. Merci au Chef de l’État, merci à la Première Ministre pour cette mission", a ajouté Ève Bazaiba Masudi.
Et de poursuivre :
"Mon rôle était d’apporter l’aide humanitaire. Précédemment, Son Excellence Madame la ministre d’État aux Affaires étrangères s’était déjà rendue au Burundi. Le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur a, quant à lui, participé à plusieurs réunions tripartites pour la gestion des réfugiés en Tanzanie et au Burundi. Il y a même eu la mise en place d’un protocole d’accord entre le gouvernement congolais, le HCR et le Burundi pour déroger à la règle, comme je l’ai expliqué, afin de permettre aux autorités congolaises d’intervenir directement. C’est ce qui a été fait. L’aide humanitaire apportée était constituée de vivres et de non-vivres. Nous avons fait la même chose en Tanzanie".
En Tanzanie, indique Ève Bazaiba, cheffe de la délégation congolaise, environ 87 000 Congolais sont actuellement présents. Plusieurs vagues ont été enregistrées, la plus récente comptant près de 9 800 personnes, soit environ 10 000.
"Sur les 87 000 Congolais, on compte 50 000 enfants âgés de zéro à moins de 18 ans. À notre arrivée, il y a d’ailleurs eu 28 naissances le même jour. Il s’agit donc de Congolais en rupture scolaire, en rupture d’éducation, vivant dans des camps, dans des conditions de vie qui ne sont pas normales. Plusieurs vagues se sont succédé depuis le début des hostilités en République démocratique du Congo. En Tanzanie comme au Burundi, nous sommes intervenus avec des dons d’aide humanitaire, composés de vivres et de non-vivres. Il faut souligner que, dans ces camps, notamment en Tanzanie, depuis plus de trente ans, c’est la première fois qu’une autorité congolaise du gouvernement s’y rend. Cela s’explique par le fait que les conventions internationales ne permettaient pas auparavant aux pays d’origine d’intervenir directement" a fait savoir Ève Bazaiba Masudi
Saluant leur résilience et leur attachement indéfectible à la mère patrie, ainsi que leur désir de retourner au pays dès le rétablissement de la paix, Ève Bazaiba Masudi a lancé un vibrant appel à la solidarité nationale en faveur des réfugiés congolais vivant au Burundi et en Tanzanie.
S’adressant à l’opinion publique, la ministre a exhorté l’ensemble des Congolais, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, à se mobiliser pour venir en aide à leurs compatriotes en situation de détresse.
Dans ce contexte marqué par l’agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23, la ministre d’État a invité les citoyens à s’engager activement, notamment à travers les plateformes numériques, pour défendre la cause nationale et soutenir les populations vulnérables.
"Au nom du gouvernement de la République, je lance un appel à la solidarité nationale de tous les Congolais pour aider les congolais. A l’interne ou à l’extérieur du pays, soyons des véritables soldats de l’armeee numerique et du pays. À ce stade actuel ou la RDC a le devoir et même l'obligation d'aller sauver, soulager la souffrance de sa population, les compatriotes qui sont en dehors du pays compte tenu de la situation exceptionnelle ou il n'ya plus de donations internationales pour l'humanitaire, je lance l'appel à la solidarité nationale pour aider les congolais non seulement au niveau interne mais aussi en dehors de notre pays concernant les réfugiés" a plaidé Ève Bazaiba Masudi.
Cette dégradation humanitaire intervient dans un contexte marqué par l’annonce, jugée controversée par Kinshasa, du retrait de l’AFC/M23 de la ville d’Uvira. Les autorités congolaises estiment que cette déclaration vise essentiellement à détourner l’attention et à réduire la pression internationale, notamment celle exercée par les États-Unis, sur Kigali, considéré par les Nations unies comme le principal soutien de cette rébellion. Sur le terrain, l’AFC/M23 poursuit ses conquêtes territoriales et met en place une administration parallèle échappant au contrôle des autorités de Kinshasa.
Ville stratégique dans le dispositif sécuritaire du gouvernement congolais au Sud-Kivu, Uvira était passée sous le contrôle de l’AFC/M23, renforçant ainsi l’emprise de la rébellion dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ce verrou sécuritaire est perçu comme un point clé susceptible de faciliter une avancée vers l’espace du Grand Katanga, considéré comme le poumon économique de la RDC.
Clément MUAMBA