Le professeur et historien Jacques Usungo a interpellé les écrivains et historiens congolais à s'approprier et à enseigner l'histoire congolaise pour les nouvelles générations pouvant aider pour le développement du pays. C'était au cours de la journée de l'histoire tenue dans la ville de Bukavu sous le thème "Revisiter l'histoire de l'Afrique et du Congo : enjeux épidémiologiques et didactiques".
"L'objectif, c'est de revisiter notre histoire de l'Afrique et du Congo. Voir avec les historiens et d'autres disciplines comment est-ce que nous devons enseigner l'histoire. Comment est-ce que nous devons produire le savoir et comment le transmettre à la génération présente", a dit le professeur Jacques Usungo.
Pour cet historien et auteur de plusieurs livres et recherches, depuis la colonisation, l'histoire n'a jamais changé. Le Congolais vit l'histoire du colonisateur sans aucune idée sur le colonisé.
"Tout le monde se dit qu'il faut apprendre avant tout l'histoire de son propre pays avant de penser à l'histoire d'autres pays. Mais depuis l'indépendance, la situation n'a pas changé. On a plus accordé de priorités à l'histoire externe de notre pays qu'à l'histoire de notre pays", note cet historien.
M. Usungo a ajouté que la quasi-totalité de l'histoire enseignée aux élèves fait la part belle au colonisateur et à sa vision du monde.
"Les savoirs qui sont produits sont les savoirs produits par l'Europe. Maintenant il faut que les Congolais s'approprient leur passé, qu'ils produisent des manuels, qu'ils produisent de savoir et qu'ils apprennent d'autres méthodes stratégiques voire des enseignements aux jeunes afin que demain ou après demain nous puissions avoir une génération qui maîtrise son passé, qui a l'amour du pays et qui est prêt à sacrifier sa vie pour le pays car c'est ça l'histoire", explique le professeur Jacques Usungo.
Cet scientifique indique que les occidentaux avaient fait leur histoire, l’avaient écrite et l'ont fait copier, avec un coté dominateur.
"Il n'y a pas parlé du colonisé. On nous montre comment il arrive, comment il circule, comment il domine, c'est comme s'il n'y avait même pas de résistance, c'est comme si les Congolais avaient accepté qu'on marche sur eux. Nous nous disons, maintenant nous devons changer de vision parce que cette vision ancienne a changé, nous formons des gens qui n'ont pas l'amour du pays, nous formons des gens qui sont prêts à voler", ajoute ce dernier.
Pour le directeur du Centre de recherche Nichoir des acteurs scientifiques pour la sauvegarde de l'environnement NASSA, 65 ans après l'indépendance de la RDC, l'histoire n'est pas encore décolonisée, même le pays n'est pas décolonisé. Et de préciser que l'idée, c'est qu'il faut concevoir de nouveaux manuels, de nouvelles méthodes, de nouvelles sources de l'histoire qui existent maintenant.