Butembo, principale ville commerciale de l'est du Congo a observé ce mardi 1er avril une journée sans activés pour protester contre un possible retrait des militaires de l’armée ougandaise (UPDF) de Lubero (Nord-Kivu), ligne avancée du M23 au Grand-Nord, tel qu'annoncé le weekend dernier par le porte-parole de UPDF. A l'appel de la synergie des mouvements citoyens et groupes de pression, les habitants ont séché leurs activités pour demander à UPDF de maintenir ses verrous.
Boutiques et magasins sont restés fermés. Il en est le cas pour les banques et autres institutions de micro-finance. Le commerçant Viso, un vendeur de téléphones dans un complexe commercial au centre ville a déclaré à ACTUALITE.CD avoir respecté ce mot d'ordre en vue d'aider à faire entendre la voix des habitants.
« Nous devons être sincères. Si le M23 n'a pas progressé vers Butembo, c'est parce que les militaires ougandais se sont interposés à Lubero. On craignait le pire mais grâce à l’UPDF, nous pouvons dormir calmement, et ne rien craindre pour notre économie », explique ce commerçant qui déplore le comportement des militaires congolais et leurs alliés qui, d'après lui, décrochent facilement et se livrent à des pillages des biens de populations.
Pour Kasma Maghetsi, militant de la Lucha, et l'un des organisateurs de ces manifestations de soutien à l’UPDF, il ne s’agit pas de l'expression d'un discret des forces congolaises mais plutôt une reconnaissance des efforts des opérations conjointes FARDC-UPDF contre l'avancée des rebelles du M23.
« Ce n'est pas que nous avons placé toute notre confiance dans une armée étrangère. Nous voudrions plutôt faire pression aux autorités congolaises pour que l’UPDF reste à son verrou de Lubero, pendant que notre gouvernement organise les troupes aux fronts. Nos militaires congolais sont capables, mais il faut une discipline et une organisation. En attendant cela, nous avons besoin que l’UPDF reste à Lubero pour épargner Butembo de l'entrée des M23 », explique ce militant de la Lucha.
Face à ces journées villes mortes, le commandant de UPDF a improvisé des meetings dans des coins chauds de la ville, notamment à Nziapanda, à la sortie Sud, et à Furu, à la sortie Nord de la ville, en vue de rassurer les habitants que les militaires ougandais ne vont pas quitter le front de Lubero.
« Nous vous demandons de vaquer à vos occupations. Nous n'avons reçu aucune instruction nous demandant de quitter Lubero », a lancé un officier de l’UPDF à un groupe d'habitants réunis au siège du parlement debout de Furu. « Si nous avons une instruction, on le dira au maire et il l'annoncera via la radio », a-t-il indiqué, précisant que cette annonce n'est pas venue de la hiérarchie à Kampala. Des assurances qui ont apaisé les mouvements citoyens et groupes de pression qui ont décidé d'annuler leur marche de protestation qu'ils projetaient ce mercredi dans la ville de Butembo.
Éventuel retrait annoncé de l’UPDF, un chantage?
Présents en RDC depuis 2021, dans le cadre des opérations conjointes contre les ADF, les militaires ougandais se sont déployés à la mi-février à Lubero-centre, en vue de contrer l'avancée des rebelles du M23 vers Butembo puis Ituri, une zone d'influence de l'Ouganda. Grâce aux transactions commerciales avec des opérations économiques locales, l'Ouganda y gagne annuellement des millions d'argent, en plus de matières premières. Toute guerre dans cette zone aura une conséquence sur l'économie ougandaise qui considère l'est du Congo, notamment Butembo-Beni et l'Ituri, comme un débouché pour ses manufacturés.
Mais à Lubero, UPDF n'est pas que sur le front contre l'avancée du M23. Les militaires ougandais sont également déployés dans la région de Manguredjipa, 100 Km à l'ouest de Butembo, où s'est retranché un groupe des islamistes ADF. Se retirer de Lubero pour se concentrer à la traque des ADF n'est pas donc synonyme d'un retrait total de Lubero, mais plutôt uniquement du front du M23. Ce qui n'est pas réaliste, d'après un analyste local qui craint que l'Ouganda se livre à un simple chantage. « A Beni-Butembo, l'Ouganda a trois ennemis: ADF, un ennemi commun avec le Congo, le M23, un ennemi contre son économie, et le Rwanda, un concurrent régional que l'Ouganda, bien qu'allié, ne peut souhaiter avoir à ses frontières, dans sa zone d'influence. L'Ouganda a donc beaucoup plus d'intérêt à rester au Grand-Nord que même les congolais », estime l'analyste.
Claude Sengenya