Alors qu’un « calme apparent » s’observe sur le terrain après de violents combats à Goma (Nord-Kivu) entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, Alphonse Ntumba Luaba, coordonnateur du Mécanisme national de suivi (MNS) de l’Accord d’Addis-Abeba, a saisi les représentants des institutions garantes de cet accord.
Dans une lettre adressée aux garants de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération en RDC et dans la région, et parvenue à ACTUALITE.CD ce samedi 1ᵉʳ février 2025, il interpelle sur la prise de Goma par la coalition RDF-M23 et réclame des actions concrètes pour sanctionner les auteurs des violences.
Le coordonnateur du MNS estime qu’il est urgent de poursuivre et de sanctionner la hiérarchie politique et militaire du Rwanda et du M23 pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et violations de la Convention des Nations Unies sur la prévention et la répression du génocide.
« Il est temps de passer des simples condamnations aux sanctions effectives contre le Rwanda et sa hiérarchie politico-militaire. Le prétexte des FDLR, qui est un problème interne au Rwanda depuis trois décennies, ne peut plus justifier les actes de barbarie et de pillage des ressources congolaises. Il est impératif d’engager un dialogue politique entre le gouvernement rwandais et ce groupe armé pour trouver une issue durable », peut-on lire sur la lettre.
Alphonse Ntumba Luaba s’interroge également sur l’absence d’un Sommet extraordinaire de la CIRGL alors que, en 2012, sept réunions avaient été convoquées, dont un sommet conjoint SADC-CIRGL, pour gérer la prise de Goma par les mêmes acteurs.
Il fustige aussi le report continu du 12ᵉ Sommet du Mécanisme régional de suivi de l’Accord-cadre, initialement prévu pour 2024, mais repoussé par le président ougandais Yoweri Museveni à mars 2025, sans justification.
Dans sa lettre, le MNS réclame plusieurs actions immédiates la cessation des hostilités et le retrait total des troupes rwandaises du territoire congolais, la neutralisation du M23, une réunion d’urgence des garants de l’Accord-cadre, la convocation rapide des institutions concernées, et la tenue urgente de la deuxième réunion quadripartite (EAC, CEEAC, CIRGL, SADC) sous l’égide de l’UA, après celle du 27 juin 2023 à Luanda.
Le coordonnateur du MNS insiste sur le fait que de nombreux crimes graves et massifs ont été commis sous les yeux de la communauté internationale, touchant même les Casques bleus de la MONUSCO et les forces de la SAMI-DRC.
« Il est inacceptable de placer sur un même pied le bourreau (Rwanda) et la victime (RDC), l’agresseur et l’agressé. Comme l’a souligné le président Félix Tshisekedi, le Rwanda viole ouvertement et impunément les principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies et les accords régionaux », ajoute Alphonse Ntumba.
La prise de Goma par les forces M23-AFC-RDF aggrave la crise sécuritaire, humanitaire et économique dans la région. Les combats ont intensifié la détresse des populations locales, et Félix Tshisekedi a annoncé une riposte militaire pour récupérer les zones occupées.
Alors que la communauté internationale et les pays de la région appellent à une reprise du dialogue, la situation reste bloquée, notamment en raison de l’annulation de la réunion tripartite de Luanda. Si Kinshasa reste attachée au processus, Paul Kagame s’en distancie, multipliant les critiques à l’encontre de cette médiation dirigée par l’Angola.
Clément Muamba