Dimanche 2 mai 2021 - 18:11

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RDC : l’actualité de la semaine, vue par Belinda Luntadila
Photo. Droits tiers

Investiture du gouvernement Sama Lukonde, manifestation des élèves et écoliers dispersée à coups de gaz lacrymogènes dans le Nord Kivu, interpellation et arrestation de Willy Bakonga, plainte du général Sylvano Kasongo contre des présumés membres de la famille présidentielle... La semaine qui s'achève a été riche en événements. Belinda Luntadila, avocate et rapporteure à la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH), revient sur les temps forts de la semaine.

Bonjour Madame Belinda Luntadila et merci de nous accorder cet entretien. La semaine a commencé par l’investiture du gouvernement Sama Lukonde.  Quelles sont vos attentes par rapport à cette équipe ? 

Belinda Luntadila : l’adoption du programme, avec une si forte majorité par l’Assemblée nationale, démontre à suffisance les attentes de la population à travers ses représentants au niveau national. S'agissant de ce programme qui s’est résumé à plus de 300 actions, nous attendons plusieurs résultats. Nous espérons qu’en ce temps record, le premier ministre et toute son équipe soient en mesure de réaliser toutes ces actions. Cela ne peut être possible qu’avec l’accompagnement de la population.  Au niveau de la Commission nationale des droits de l’homme, nous espérons, à l’instar de la CENI et le CSAC, le renforcement de la coopération entre le gouvernement et cette institution qui a tendance à être oubliée dans son rôle d’appui à la démocratie. Nous avons ressenti la volonté du premier ministre en concertation avec le Chef de l’Etat de mettre en exergue le renforcement et l’instauration de l’Etat de droit dans notre pays. Et parmi les institutions qui accompagnent le gouvernement dans cette mission, il y a notamment la CNDH qui a besoin d’être renforcée dans ses capacités d’action. 

Parmi les 15 postes confiés aux femmes, il y a notamment Rose Mutombo à la tête de la Justice. Qu'attendez-vous en matière de réformes judiciaires ? 

Belinda Luntadila : pour nous, c’est une fierté de voir ces postes être confiés aux grandes dames de notre pays. Madame Rose Mutombo est une magistrate connue pour ses actions dans la défense des droits humains. Tous ces postes sont très importants par rapport aux actions définies dans le programme du gouvernement. Nous applaudissons la promesse tenue du Chef de l’Etat et du premier ministre d'augmenter le nombre des femmes au sein du gouvernement et nous espérons que cela va continuer dans le sens de respecter la loi dans sa parité et même dans sa quotité pour faire équilibre dans la société entre les hommes et les femmes. Par rapport aux réformes de la justice, nous allons juste épingler un élément qui a été inscrit dans le programme du gouvernement, celui du renforcement du conseil supérieur de la magistrature. Quand cela sera fait, la corruption, la durée des procès, les frais de justice, tous les maux que dénonce la population au niveau de la justice pourront  trouver des solutions. 

Kinshasa et plusieurs villes du pays font face actuellement, aux problèmes d’inondations et d’érosions. Quelles pourraient être selon vous les pistes de solution pour Eve Bazaiba, la ministre chargée de l’environnement ? 

Belinda Luntadila : c'est également une femme forte qui a été nommée vice-premier ministre en charge de l'environnement. Les problèmes d'érosions et d'inondations vont de paire avec l'environnement, l'urbanisation, l'aménagement du territoire et  la planification. Il y a des endroits où la construction des maisons devait être interdite. Nous ignorons par quel mécanisme des gens obtiennent des permis de construire à ces différents endroits où le sol est très léger. Le premier ministre a suscité énormément d'espoir à la population en qualifiant son équipe des warriors, des grands guerriers. Nous pensons que l'imposition des règles va être appliquée au niveau des mairies, des quartiers, des bourgmestres. Parfois les décisions de construction se discutent au sein des commissions dans les gouvernements provinciaux. Il y a lieu de s'interroger si toutes les autorisations dans la ville subissent le même mécanisme. Nous souhaitons que toutes les recommandations qui atterrissent dans les rapports soumis aux différentes autorités commencent à être lues et appliquées.

Au sujet de la sécurité à l’Est, des élèves et écoliers ont multiplié les manifestations et nuits blanches à la mairie de Beni au cours de cette semaine, jusqu’à être dispersés à coups de gaz lacrymogènes et interpellés par la police locale. Quelle lecture faites-vous de cette situation ? 

Belinda Luntadila : le droit à la manifestation publique est un droit constitutionnel, qui est même inscrit dans les engagements internationaux auxquels la RDC a adhéré. Et voir la dispersion, à l'aide des gaz lacrymogènes, cela décourage la population et surtout les enfants, au moment où ils réclament la justice et la paix dans notre pays. Si les adultes qui se sont exprimés depuis de longues années, n'ont pas réussi à trouver une solution à cela, les enfants veulent joindre leurs voix à cette lutte, espérant être entendus. Nous espérons que la police va également respecter le droit à manifester librement.

Pendant ce temps, les FARDC déploient des nouvelles positions à l’Est. Notamment sur l’axe Beni-Kasindi (la frontière avec l’Ouganda) où un dispositif d’intervention rapide a même été installé en réponse aux attaques des présumés combattants ADF. Que faudrait-il, en plus du déploiement selon vous, pour rétablir la paix et la sécurité dans cette zone ?  

Belinda Luntadila : le déploiement des FARDC constitue déjà une partie de la concrétisation de ce qui est inscrit dans le programme du gouvernement, la pacification. Parce que nous sommes victimes des attaques guerrières, des attaques par des armes non conventionnelles, l'armée se déploie pour défendre notre territoire. Nous devons les accompagner dans cette mission difficile. Ce sont des personnes qui laissent aussi leurs familles pour défendre le drapeau congolais. Le gouvernement doit les doter des moyens nécessaires, contrôler ceux qui gèrent ces moyens. De la même façon que l'inspection générale des finances a été mise en place pour suivre de près les institutions publiques, il faut aussi que ce contrôle soit réalisé au sein de notre armée pour que nos vaillants soldats bénéficient de ce qui peut les motiver dans l'accomplissement de leur mission.

Pendant la conférence de presse qui a eu lieu lors de la visite de Charles Michel, président du Conseil européen à Kinshasa, Félix Tshisekedi a demandé aux élèves et écoliers de Beni de regagner leurs domiciles et ne pas se laisser manipuler par les adultes car, « il travaille sur des solutions efficaces ». Comment les habitants de ces territoires en proie aux violences devraient-ils accueillir les paroles du Chef de l’Etat ?

Belinda Luntadila : il sera important de bien interpréter ce qu'a dit le Chef de l'État. Il a demandé aux élèves de ne pas dévier dans l'action paisible et pacifique qu'ils sont en train de mener, par ce qu'il est vrai que certains adultes peuvent se saisir de cette opportunité pour détourner les enfants de leurs objectifs primordiaux. Il n'a pas empêché les élèves de réaliser des actions pacifiques et des appels de soutien pour leur ville.

Ritha Bola, ancienne DG de la Direction générale des Recettes de Kinshasa (DGRK), a été nommée Coordonnatrice de la brigade anti-fraude de la ville de Kinshasa alors qu’elle a été placée sous mandat d'arrêt provisoire à la Prison centrale de Makala pour un présumé détournement de plus de 2 milliards de francs congolais qui lui auraient été versés par la société MIDEMA avant d'être acquittée quelques jours plus tard. Quelles seront vos attentes pour ce nouveau poste lui confié ? 

Belinda Luntadila : vous avez parlé du "présumé détournement des fonds". La loi dit, lorsqu'il y a présomption de culpabilité, il y a également présomption d'innocence, tant que les preuves ne sont pas établies. Pour le cas de Madame Bola, nous laissons la justice faire son travail.  Mais, si l'État a estimé qu'elle avait encore des compétences, c'est que l'on suppose par rapport à sa présomption d'innocence que les faits lui reprochés n'ont pas été prouvés.

En justice, au cours de cette semaine, deux personnes ont été filmées en train d’insulter des policiers la nuit du dimanche à lundi à Kinshasa devant l’ambassade du Royaume de Belgique. La vidéo a été plusieurs fois partagée et commentée. Ces personnes sont pourtant indiquées comme proches parents du Chef de l’Etat. Comment analysez-vous ces faits ? 

Belinda Luntadila : en ce qui concerne les infractions, particulièrement des injures publiques, diffamation et autres, aucun statut ne peut prévaloir. Le Chef de l'État l'a précisé tout au début de son mandat. Et nous avons été nombreux à reprocher le fait que certaines personnes ne pouvaient pas être arrêtées, ni interpellées par ce qu'elles étaient proches de certaines autorités dans les mandats passés. Aujourd'hui, il s'agit de dire qui a insulté, qui sont ces citoyens qui ont posé un tel acte et que dit la loi quant à ce. Il en va de même pour les policiers, souvent il leur est reproché de procéder aux tracasseries lors des interpellations. Je ne dirais pas que c'est le cas. Nous n'avons vu qu'une partie de la vidéo. Nous devons juste nous conformer à la loi lorsqu'il y a injures publiques, diffamation et autres.  Cela doit être réciproque entre les citoyens et les policiers.

Au-delà d’une promesse, le Général Sylvano Kasongo, commissaire divisionnaire adjoint de la Police Nationale Congolaise (PNC) et chef de la Police Ville de Kinshasa, a déposé une plainte le 28 avril pour voies de fait, outrage et insultes contre les nommés Chris et Paul Mumba, les deux personnes dans la vidéo. Quelle justice pour les hommes en uniforme ? 

Belinda Luntadila : je le disais tantôt, la justice reste une et égale à tous. Nous sommes des humains, que la personne soit policier, militaire ou ministre, s'il y a une faute commise contre elle, cette personne a droit à la justice comme tous les autres et le contraire également.

En outre, l'ancien ministre de l'Enseignement primaire, secondaire et technique, Willy Bakonga Wilima, a été condamné à trois ans de servitude pénale principale ce jeudi 29 avril à Kinshasa à l'issue d'un procès en flagrance à la Cour de Cassation. Il lui est reproché le transfert illicite d’argent à l’étranger. Son fils a également été condamné à 6 mois de prison. Entre-temps, les dossiers des écoles fictives, des fonds alloués à la riposte contre Covid-19 dans les écoles et les frais de fonctionnement du ministère restent pendants. Quelles sont vos attentes à ce sujet ?    Belinda Luntadila : le ministre honoraire, Willy Bakonga et son fils ont été condamnés parce que les faits leurs reprochés ont été prouvés. La condamnation est une décision de justice. Nous demandons à l'État de droit, de faire subir ou bénéficier à tous la force de la loi. Nous applaudissons cette décision de justice en espérant que tout le monde se dise que la justice est faite sans discrimination. Nous espérons également que la justice va poursuivre son travail de sorte que les fonds alloués à l'enseignement soient restitués et que ceux qui viennent d'être nommés aux mêmes postes puissent bien exécuter leurs tâches.

Un dernier mot ?

Belinda Luntadila : en conclusion, je dirais que le programme du gouvernement reflète la volonté de tous les citoyens congolais à pouvoir redorer l'image de notre pays. Nous espérons que toutes les institutions de la République, celles d'appui à la démocratie, les entreprises publiques et privées, la population dans le formel et l'informel, nous pourrions tous accompagner le gouvernement. Nous lui souhaitons  bonne chance. 

Propos recueillis par Prisca Lokale

 

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