Face à la dégradation continue de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC, le président Félix Tshisekedi réaffirme son ouverture à un dialogue entre Congolais. Ce dialogue, selon le chef de l’État, doit se tenir sur le sol national, être conduit par les institutions issues du suffrage universel et ne pas remettre en cause les institutions nées des élections de décembre 2023. Il ne peut ni relativiser l’agression extérieure dénoncée par Kinshasa ni servir à diluer des responsabilités établies, la justice devant suivre son cours normal « avec rigueur et sans complaisance ».
C’est dans ce cadre que les chefs d’État réunis à Luanda ont confié à l’Angola un mandat de consultations avec l’ensemble des parties congolaises concernées. Le président angolais João Lourenço, également président en exercice de l’Union africaine, est chargé de créer les conditions d’un dialogue intercongolais. Selon le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, il s’agit d’une phase de « pré-consultations », destinée à recueillir les positions des différents acteurs. Ces échanges n’ont pas vocation à se substituer au dialogue lui-même, lequel devrait, s’il se tient, avoir lieu en RDC.
Des lignes rouges posées par Kinshasa
Le gouvernement congolais encadre strictement cette perspective. Patrick Muyaya insiste sur le fait que le dialogue ne consacrera « aucune forme d’impunité », estimant que l’impunité dont bénéficient certains acteurs est à l’origine de la répétition des conflits dans l’est du pays. Le dialogue ne peut pas non plus être utilisé pour nier ou relativiser ce que Kinshasa qualifie d’agression extérieure, ni pour réhabiliter politiquement des acteurs impliqués dans les violences.
Le cas Joseph Kabila, un test pour les consultations de Luanda
Interrogé sur la réception à Luanda, en décembre dernier, de l’ancien président Joseph Kabila, Patrick Muyaya estime que ses prises de position publiques, notamment son soutien affiché au combat du M23 après des années de silence, l’apparentent à un complice de l’agression. Il précise toutefois que l’attitude de Kinshasa dépendra du rapport que le président Lourenço produira à l’issue de ses consultations, y compris avec les acteurs les plus controversés.
À ce stade, le processus reste en construction. La réunion de Luanda a d’abord débouché sur un appel à un cessez-le-feu, devant entrer en vigueur à une date et une heure à convenir, ainsi que sur une exhortation à accélérer la mise en œuvre des mécanismes de vérification du cessez-le-feu convenus à Doha le 14 octobre 2025. La phase suivante repose sur les consultations confiées à l’Angola. La convocation éventuelle d’un dialogue intercongolais, ses modalités, son calendrier et son cadre institutionnel n’ont pas encore été arrêtés.
Et l’opposition ?
Les positions des acteurs politiques congolais divergent fortement. Le pouvoir défend un dialogue encadré, piloté par les institutions de la République, excluant toute remise en cause de l’ordre constitutionnel et toute forme d’impunité. À l’inverse, le parti Ensemble pour la République de Moïse Katumbi rejette un dialogue conduit par le pouvoir et estime qu’il ne peut être crédible que sous l’égide du tandem formé par la CENCO et l’ECC, à l’origine d’une feuille de route commune pour un dialogue national. Cette formation qualifie le schéma présidentiel de « simulacre de dialogue ». C’est aussi la position de Martin Fayulu qui insiste sur le rôle des églises.
Les Églises et la société civile en arbitres contestés
Les confessions religieuses, en particulier la CENCO et l’ECC, défendent une approche inclusive du dialogue, tout en affirmant que l’inclusivité ne signifie pas l’impunité. Elles évoquent la possibilité de mécanismes de justice transitionnelle et appellent à un dialogue rapide afin d’éviter l’enracinement des groupes armés dans les zones occupées. D’autres acteurs de la société civile soulignent, à l’instar de responsables associatifs, que le dialogue « n’est pas une blanchisserie », tout en reconnaissant la nécessité d’un cadre de discussion pour sortir de l’impasse.
À ce stade, le dialogue national n’est toujours pas convoqué. Les initiatives diplomatiques parallèles, notamment les processus de Washington et de Doha, progressent sur le plan politique mais sans résultats tangibles sur le terrain, où la situation sécuritaire demeure dégradée dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Le mandat confié à l’Angola apparaît ainsi comme la principale séquence opérationnelle en cours, dans un contexte de méfiance persistante et de divergences profondes entre les acteurs congolais.