Dimanche 14 février 2021 - 07:54

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Combien de nos politiques sont réellement intègres ? (Op-ed)
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L’exercice de la politique exige d’agir selon les convictions politiques exprimées et défendues, en toutes circonstances. Il faut du courage pour faire montre d’intégrité politique, c’est-à-dire lier l’acte à la parole. Combien de politiques congolais sont réellement intègres aujourd’hui ?

Les récents événements survenus sur la scène politique congolaise ont abouti à des bouleversements spectaculaires des alliances politiques du fait notamment des processus inédits déployés au sein des institutions majeures de la République que sont l’Assemblée nationale et le Sénat pour y arriver. Des reproches ont fusé de cercles politiques et de la société civile pour dénoncer un large contournement des préceptes de la Constitution, des règles et des usages juridiques afin de monter, vaille que vaille, sans l’organisation d’une quelconque élection, une « nouvelle majorité » qui partagerait la même vision avec le président de la République. La naissance de la majorité présidentielle appelée « Union sacrée » – qu’est-ce exactement ? – a tout simplement été atypique et inquiétante du point de vue de la morale politique.

Les observateurs ont épinglé l’extrême versatilité de la classe politique congolaise. Des élus ont changé de camp sur proposition des « compensations » allant de 7000 à 10.000 dollars. Mais il semble que l’argument massue qui a décidé les « honorables » a été la menace du président de la République de dissoudre l’Assemblée nationale et le Sénat. La conséquence d’une telle décision aurait été la perte de leurs sièges et de leurs émoluments, sans parler du retour risqué devant leurs électeurs désillusionnés, ceux-là mêmes qui constituent le peuple, perspective par ailleurs peu rassurante pour des députés ayant renié leur appartenance politique d’origine.

Cependant, les honorables députés devraient savoir que dans un système réellement démocratique, il est périlleux pour un politique de se retrouver « trop loin du peuple », même si les Congolais n’ont pas encore prouvé qu’ils disposaient d’un réel potentiel révolutionnaire. Le moins que l’on puisse constater, c’est le manque de rôle attribué par les transfuges et leur nouveau leader au peuple congolais dans l’avènement de la nouvelle Union sacrée. Les honorables députés n’ont pris ni le temps ni la peine de démontrer à leurs électeurs qu’ils œuvraient pour le bien et le bonheur de tous.

Il est également inquiétant de constater que ces questions liées à l’intégrité et à la corruption, bien que dénoncées par-ci par-là, n’ont pas été suffisamment débattues ni dans le milieu politique ni dans la société civile tandis que les responsables des organes institutionnels chargés de combattre la corruption n’ont même pas bougé le petit doigt pour investiguer ni sévir. Comment dès lors peut-on prétendre construire un Etat de droit et bâtir une nation développée sur un terreau infecté par la corruption et le manque d’intégrité parmi les membres de la classe politique dirigeante ?

L’intégrité peut se concevoir comme une correspondance entre les valeurs adoptées et déclarées et les actes posés par une personne, un groupe de personnes ou encore par une entité quelconque. C’est un élément qui a un grand impact positif sur les attitudes des populations ou des organisations auxquelles on a présenté certaines valeurs avec promesse de les observer, en l’occurrence entre gouvernants et gouvernés.

En adhérant à l’Union sacrée dans les circonstances que nous connaissons, nombre d’élus congolais ont failli à leur engagement vis-à-vis de leurs électeurs en changeant de ligne et de position politiques en plein milieu de leurs mandats respectifs, faisant ainsi montre de manque d’intégrité. Circonstance aggravante, le débauchage monnayé a également été évoqué pour expliquer le passage de certains élus à la toute nouvelle Union sacrée.

A propos du concept d’intégrité, on peut donc évoquer l’existence d’une ligne directe entre la parole et l’action, comme pour prouver ou démontrer qu’il existe réellement un lien entre les valeurs que l’on a publiquement déclarées et les actes que l’on a posés par la suite.

Un comportement intègre ne peut pas être considéré sous l’angle de la simple bienveillance ni sous celle de la morale tout simplement. Il renvoie plutôt à des valeurs d’honnêteté. Pour évaluer un comportement intègre, on se pose ainsi la question de savoir si une personne a fait des promesses qu’elle n’arrive pas à tenir ou mieux si une personne a déclaré des valeurs qui ne correspondent plus finalement aux actes que cette personne pose.

Dans certains pays, les dirigeants ont mis en place ce qu’on peut appeler des systèmes d’intégrité. Il s’agit d’un ensemble d’institutions, de lois, de procédures, des pratiques et des attitudes destinées à encourager et à donner du support à l’intégrité dans l’exercice du pouvoir au sein de la société. Ces systèmes d’intégrité fonctionnent de manière à assurer que l’exercice du pouvoir se fasse de manière à correspondre aux valeurs, aux fins et aux devoirs pour lesquels le pouvoir a été accordé à certaines personnes, aux institutions ou aux entités. Ces systèmes ont notamment l’avantage de mettre en place des stratégies de lutte contre la corruption qui ne fondent pas leur efficacité dans l’existence d’une institution unique, comme c’est le cas en RD Congo, mais dans un éventail d’agences, de lois, des pratiques et de codes éthiques.

Aujourd’hui en RD Congo, de beaucoup de débats, il ressort que les échecs en matière de développement ou de progrès dans notre pays ont pour cause le manque de « leadership éthique » ou encore « l’absence d’intégrité dans le leadership ». Ce problème ne se pose pas seulement au niveau des individus mais aussi à celui des institutions et expliquerait en partie le retard enregistré dans le progrès de certains pays africains parmi lesquels la RDC.

L’observation des pratiques dans certains pays pousse à penser que l’intégrité et le leadership éthique ne sont pas seulement une question de renforcement des codes de conduite ou de lutte contre la corruption. L’intégrité est en fait le résultat de l’interaction entre les éléments suivants :

•      L’intégrité individuel : par exemple les choix moraux des individus ;

•      Les institutions du système d’intégrité : les codes moraux et les normes du comportement, y compris les règles légales ;

•      L’intégrité des institutions : il s’agit d’institutions cohérentes, considérées comme légitimes par les gouvernés et pouvant promouvoir le progrès.

Les manœuvres politiciennes qui ont été déployées par le camp du président de la République afin de créer une nouvelle majorité parlementaire constitue en fait un événement unique dans l’histoire de la RDC. Elles ont été radicalement mauvaises : la corruption et le débauchage politique y ont été pratiqués au plus haut degré. Comment pourra-t-on faire croire aux Congolais que leur bonheur futur puisse commencer dans des vices ? Comment leur faire croire que les vertus sortiront de la corruption et du débauchage ?

On peut le constater, la question de l’intégrité dépasse les considérations d’ordre purement éthique pour nous plonger dans des questions de développement ou de progrès de la RDC. L'absence de l'intégrité et la pratique généralisée de la corruption sont des freins à tout progrès. Tout responsable politique congolais se doit d’en être conscient. Tout électeur aussi.

Nawej Karl

 

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