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Une femme vendeuse d'avocats sur avenue Kabinda dans la commune de Kinshasa.

En République Démocratique du Congo, les femmes débrouillardes se font de plus en plus nombreuses. Elles sont vendeuses de pains, de légumes, d’eau en sachet, de fruits comestibles voire des cireuses des chaussures. Chaque jour, elles traversent des communes pour gagner de quoi nourrir leurs familles.

Il est encore 7 heures à Kinshasa quand ACTUALITE.CD fait la rencontre de Clarisse, Lorraine, Matou et Théthé. Femmes au foyer, elles exercent des petits commerces pour subvenir aux besoins de leurs familles.

Clarisse et ses cris au petit matin

Pendant les premières heures de cette journée qui s’annonce très chargée, la voix de Clarisse, âgée d'une quarantaine d'années, se fait déjà entendre malgré différents chants d’oiseaux et des bruits des moteurs des véhicules. « Avocat, mateka yang’oyo eleki », hurle-t-elle portant sur sa tête une bassine de fruits.

« J’habite Kingasani. C’est dur. Je quitte la maison à 3 heures du matin pour la commune de Kinshasa. Malgré les kulunas (des brigands ndlr), Dieu nous aide. Vers 4 heures, on atteint le marché Somba Zigida. De là, nous attendons la levée du soleil pour aller acheter nos avocats. Ensuite, nous nous lançons au marché », explique-t-elle. Vêtue simplement d'une robe en pagne avec une paire de babouches, Clarisse parcourt environ quatre communes par jour pour vider sa marchandise.

Pour s'en sortir dans son petit business, Clarisse Matondo épargne et pratique le likelemba (ristourne). « On ne peut pas se sortir de ce commerce sans une petite économie. Ça ne rapporte pas assez. De mon côté, j’ai opté pour les likelemba et les cartes. Là, il faut  verser une petite somme à chaque fin de journée. A la clôture du mois, tu peux te retrouver avec un peu d’argent pour répondre à tes différents besoins. C’est là que ton argent a de la valeur », confie cette mère de cinq enfants dont un seul est scolarisé. «Seul mon premier enfant va à l’école. Le deuxième, lui n’y va plus parce qu'il s'occupe de son frère cadet qui est encore bébé. Dès que le bébé va apprendre à marcher, mon deuxième enfant reprendra le chemin de l’école », ajoute-t-elle.

Lorraine sait se partager entre ses balais et son bébé

Agée de 35 ans, Lorraine Sita, par contre, quitte sa maison à 5 heures avec son bébé de 9 mois sur son dos pour vendre ses balais. Le nourrisson ne prend son déjeuner qu'à partir de 9 heures, dit sa mère.  «Je commence d’abord par vendre jusqu'à 10 heures, environ. Ensuite je me rends dans un restaurant low cost pour déjeuner. Grâce aux petites recettes effectuées. Je commande du thé pour ma fille et moi. Ensuite nous reprenons la rue pour continuer la vente », dit-elle.

Lorraine sait que les balais constituent l'unique ressource pour la survie de son foyer. « Je n’ai pas un fonds de commerce. C’est ce que je reçois chaque jour qui nous paie à manger », dit-elle. Mais parfois cette mère de foyer se confronte aux barbaries de la société.  « Une fois, j’étais en route pour la maison quand j’ai rencontré quelques voleurs à Victoire. Ils ont coupé mon sac et sont partis a avec tout l’argent. J’ai marché à pied pour atteindre Makala où se trouve la maison », raconte-elle, la mine triste.

Théthé, enceinte mais dynamique

Sous un soleil de plomb, Théthé, avec une grossesse presqu'à terme, parcourt certains quartiers de la ville pour vendre des maniocs. « Je quitte la maison à 7 heures pour rentrer vers 15 ou 16 heures. Je marche pour vendre mes maniocs râpés. Le peu d’argent que je récolte en fin de journée contribue aux besoins de mon foyer », affirme-t-elle. Quelques gouttes de sueur sur son front, cette brave femme a plutôt l'air d'apprécier son activité. « Marcher, c'est aussi bien pour la santé de mon fœtus, je n’ai pas peur», ajoute-t-elle avec sourire.

Matou, l'infatigable vendeuse des légumes

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Matou, une cinquantenaire, parcourt une avenue de Kinshasa pour vendre des légumes

Agée d'une cinquantaine, Matou prend deux bus chaque jour pour atteindre la commune de Kinshasa où elle vend des légumes. Son objectif : garantir un avenir meilleur à ses enfants pour qu'ils s’occupent, à leur tour, de sa retraite. « Tous mes enfants sont à l’école primaire. Le premier est en 4ème année primaire. Leur père se débrouille dans les petits travaux. Je souhaite les voir grandir et s’occuper de moi quand je serai vieille. C’est en eux que j’ai tout mon espoir », dit cette habitante de Bikuku, dans la commune de Kimbanseke.

La Journée internationale de la femme célébrée cette année a eu pour thème « Penser équitablement, bâtir intelligemment, innover pour le changement ». Une thématique proposée pour réfléchir aux moyens innovants permettant de faire progresser l’égalité des sexes et aussi l’autonomisation des femmes.

Prisca Lokale